LES
« ABUS DE POSITION DOMINANTE »
DE LA COMMISSION
La Commission européenne a confirmé, mardi 14 mars, sa
décision de rejeter les projets de fusion de Volvo-Scania, d’un côté,
et d’Alcan-Pechiney-Algroup (APA) de l’autre. Loin d’être la « gardienne
de la concurrence », elle abuse de son pouvoir politique arbitraire
et introduit une dose supplémentaire d’incertitude dans le marché européen.
Cette double décision est contraire à la nature de la libre concurrence
et ne fait que favoriser les comportements de lobbying et de « recherche
de rente ».
La Commission, grâce à ses
quelques dizaines de fonctionnaires au sein de l’unité Merger Task Force (créée le 21 décembre 1989), est la seule, en application
de la politique de concurrence, à disposer du pouvoir illimité d’autoriser
ou interdire toute concentration (fusion ou acquisition) de dimension
communautaire. Cette dimension est définie, elle aussi, de façon arbitraire
par le chiffre d’affaire combiné de 2,5 milliards d’euros et/ou un chiffre
d’affaire par compagnie de 100 millions d’euros dans au moins trois pays
membres de l’Union.
Entre 1989 et 1999, l’arbitraire
de la bureaucratie bruxelloise s’est exercé dans 1228 affaires, dont 11
refus et 57 abandons de projets (sachant que les entreprises peuvent retirer
leur projet jusqu’au dernier moment et en déposer ou pas un autre modifié).
A ces 11 refus viennent s’ajouter ceux de Volvo-Scania (deux constructeurs
de poids lourds suédois) et des producteurs d’aluminium Alcan (Canada),
Pechiney (France) et le suisse Algroup.
Cette procédure de notification
préalable obligatoire et de soumission du marché à la bonne volonté de
l’administration européenne est non seulement une source d’incertitude
supplémentaire pour les entreprises et leurs propriétaires (le contrat
sera-t-il ou non interdit par la Commission ?), mais elle va à l’encontre
du libre marché et de la liberté d’entreprendre pour une double raison
:
- d’abord, elle ignore la
véritable nature du marché, de la libre entreprise et de la libre concurrence.
Le marché est un processus, fondé sur le respect des droits de propriété
privée. De ce respect découle la liberté et le respect des contrats et
un système de prix, dont les vertus (informationnelles, coordinatrices
et incitatives) ont été étudiées en détail par la science économique.
Or, les critères européens
de la concurrence (statique) font référence à des marchés et sous-marchés
quand il faut parler en réalité de secteurs
(interconnectés par le système des prix). Mais au-delà du vocabulaire
ambigu, ils sont à l’origine de décisions qui portent atteinte à ce cadre
de droits de propriété privée, à la liberté d’entreprendre et aux prix
qui en découlent.
Ainsi le commissaire Mario
Monti et ses collègues, responsables de la concurrence, ont-ils provoqué
par leur refus le mécontentement des dirigeants de Volvo et Scania, et
celui des propriétaires de Pechiney qui se sont mis à vendre (provoquant
une chute du cours de l’action de 20 %).
La Commission est aussi en
mesure de « faire chanter » les candidats à la fusion en exigeant
des concessions et des ventes forcées de parts de marché à des concurrents,
contrairement au respect des droits de propriété.
La politique de concurrence
peut avoir des conséquences économiques et sociales désastreuses : la
mondialisation et le libre échange permettent, dans certains secteurs
et en cas de fusion, des synergies et des économies d’échelle, au profit
du consommateur. La taille des entreprises, dans cette concurrence mondiale,
a tendance à augmenter. Les en empêcher, risque de les fragiliser artificiellement
avec des dangers de licenciements (inutilement provoqués par la décision
européenne). A cet égard, les spécialistes évoquent la position délicate
et la perte de compétitivité de Pechiney (s’il reste seul), et celle de
Volvo qui a misé gros sur la fusion dans le secteur des poids lourds.
- ensuite, la procédure de
notification obligatoire suit une logique politique en favorisant les
transferts forcés de richesses aux dépens de leur création dans les échanges
marchands. De façon générale, l’interdiction de fusionner profite (en
entravant la concurrence) aux grands groupes déjà créés. Ainsi, le rejet
de Volvo-Scania (en fragilisant Volvo) profite au groupe Volkswagen qui
s’intéresse au secteur des poids lourds et à Fiat, avec son pôle poids
lourds Iveco, qui a annoncé son intérêt pour le groupe suédois. De même
l’américain Alcoa profite du rejet de la création du méga-groupe APA (la
fusion entre Alcan et Algroup étant uniquement autorisée) qui aurait été
pour lui un concurrent sérieux.
Mais l’effet le plus néfaste
de cette politique de « concurrence », est de fournir des prétextes
nouveaux aux grands groupes pour investir à Bruxelles en pressions et
lobbying afin d’obtenir auprès des tout-puissants bureaucrates des décisions
qui leur soient favorables. Il faudrait sérieusement penser à mettre des
limites à l’« abus de position dominante » des instances européennes.
Aujourd’hui la compétition ne se déroule plus sur le marché et face aux
clients, mais dans les bureaux face aux commissaires bruxellois.
Mots-clés : Bureaucratie,
Concurrence,
Europe, Lobbying.
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