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Plus les grandes surfaces ont de clients, plus elles sont pourchassées par
les pouvoirs publics : en France on n’aime pas ceux qui introduisent
le progrès, ceux qui réussissent, ceux qui abaissent les prix en faisant
jouer la concurrence. La tempête n'a pas épargné les grandes surfaces. Déjà
mises en accusation par José BOVE à Seattle, symboles d'un mode de vie
"à l'américaine", les grandes surfaces encaissent les coups
que leur portent les paysans et, éventuellement les PME qui les fournissent.
Le gouvernement en chasse démagogique permanente n'a pas perdu l'occasion
de jouer les justiciers. L'affaire va au-delà d'un simple
incident politique. C'est tout un système de pensée qui est en cause :
c'est contre le progrès, c'est contre les gros, c'est contre les consommateurs,
c'est contre la liberté. La collectivisation du commerce serait-elle la
solution ? Beaucoup de Français n'aiment pas
le changement. Ils ont la nostalgie des années, voire des siècles passés.
C'est à dire de périodes où l'espérance de vie était inférieure à cinquante
ans, où un nourrisson sur deux mourrait, où l'on ne mangeait de la viande
qu'une fois par semaine, quand ce n'était pas par mois (à ce prix elle
pouvait avoir plus de saveur qu'aujourd'hui), où seule une minorité de
richissimes voyageait et prenait des vacances. Certes, çà sentait bon
la ferme, la soupe au choux et le crottin de cheval. Que tout ne soit pas parfait aujourd'hui
c'est évident : le progrès a des coûts, il consiste seulement en une différence
positive entre coûts nouveaux et avantages nouveaux. Les détracteurs du
progrès devraient refaire leurs calculs. S'il n'y a plus de paysans à l'heure
actuelle, c'est sans doute parce qu'ils ont trouvé plus avantageux d'aller
travailler ailleurs, ils pouvaient rester sur les terres et se contenter
du crottin, de la soupe au choux et de la ferme..... "Small is beautiful". C'est souvent vrai : ce qui est petit est beau. Et souvent c'est aussi ce qui est efficace. A tel point que le capitalisme post-industriel se développe à partir d'une myriade de PME, contrairement à la prédiction marxiste sur le futur du capitalisme qui ne devait cesser de se concentrer. Mais la prédiction, démentie dans les faits, a laissé une trace importante : on associe capitalisme et grandes entreprises. Et comme on n'aime pas le capitalisme, on n'aime pas davantage les grandes entreprises. Or il se trouve que dans quelques
secteurs, au demeurant rares, il existe des "économies d'échelle"
: on est avantagé quand on produit, quand on achète ou quand on vend en
grandes quantités. Voilà pourquoi les grandes surfaces sont rationnelles.
Il existe une autre raison : le temps de chacun est de plus en plus précieux
(sa valeur augmente avec sa rémunération, et on est de mieux en mieux
payé au cours du processus de développement).L'économiste Gary BECKER
a démontré que dans les choix du consommateur la considération du temps
épargné devient de plus en plus déterminante. En permettant au consommateur
de concentrer ses achats, la grande surface lui rend un service, qui est
apprécié. Mais l'opinion publique, bien que
faite de millions de consommateurs, raisonne plutôt en termes de producteurs.
Tout le monde se réjouit de ce que les prix baissent. Mais les mêmes déplorent
que le paysan soit plus mal rémunéré. Les deux choses sont cependant indissociables.
Il ne faut pourtant pas exagérer
les dommages causés aux producteurs. D'abord les producteurs se plaignent
d'avoir en face d'eux un seul acheteur. Mais d'une part cela leur procure
une certaine sécurité dans l'écoulement de leurs produits, d'autre part,
au prix d'un minimum d'organisation commerciale, rien n'empêche les agriculteurs
de mettre les grandes surfaces elles-mêmes en concurrence. Le marché des
produits agricoles n'est pas toute l'année un "marché d'acheteur"
; il y a des saisons et des produits où c'est le vendeur qui est avantagé.
Personne alors ne se plaint de traiter avec les grandes surfaces. Le producteur n'aime pas être mis
en concurrence, ici comme ailleurs. C'est oublier que seule la concurrence
l'oblige à être plus performant, c'est à dire à offrir des produits de
meilleure qualité à des prix inférieurs. Les grandes surfaces ont su travailler
pour le compte des consommateurs, qui ont aujourd'hui des produits frais
et sains (bien plus que par le passé), un choix étendu, et des prix imbattables
au point que l'alimentation ne représente plus aujourd'hui que 15 % en
moyenne du budget du ménage français contre près de 70 % en 1945. Que peut faire l'Etat ? Limiter les
grandes surfaces, comme l'ont voulu les lois Royer ou Raffarin ? Cela
crée évidemment un monopole pour ceux qui sont déjà installés. Les autorisations
de créer de nouvelles surfaces se négocient à prix d'or, et sous la table
: cela a été le moyen essentiel de financer les partis, Messieurs les
racketteurs Emmanuelli et Destrade en savent quelque chose. Chaque fois qu'en France (ou ailleurs) on a voulu "organiser le marché" ou réglementer la concurrence, on a eu en même temps la corruption, les pénuries, la bureaucratie. Cela n'a profité ni aux consommateurs, bien sûr, ni même aux producteurs ou petits commerçants car quelques années plus tard on s'aperçoit que la production est enserrée dans un carcan, que plus personne ne peut travailler. La société perd quelques-unes de ses libertés essentielles. On est retourné au temps de l'Ancien Régime ou des corporations de Vichy, quand ce n'est pas des Goum de Moscou.
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