CHEQUES ALLEMANDS DE RECHERCHE D'EMPLOI

 


Depuis quelques mois le chômage ne cesse d'augmenter en Allemagne. Face à cette hausse inquiétante, six mois avant les élections législatives du 22 septembre, le gouvernement  Schröder a proposé une loi qui pourrait bien accélérer le processus de réinsertion des chômeurs, sans emploi depuis plus de trois mois.


Vendredi 15 mars 2002, le Bundestag a voté une loi dans le cadre de la réforme de l'Office fédéral du travail, l'équivalent allemand de l'ANPE et de l'Unedic. Si ce texte de loi est accepté par la chambre des Länder (Bundesrat), les chômeurs de plus de trois mois bénéficieront à partir du 1er avril d'un chèque leur permettant de payer les services d'une agence privée de placement.

La réforme de l'Office fédéral du travail devenait nécessaire depuis que la Cour fédérale des comptes avait révélé dans un rapport que l'Office faisait des placements plus que douteux. En effet, 70% des actions de placement de main-d'œuvre comptabilisés dans 5 de ses 188 agences n'étaient pas "clairs". Il lui a été reproché de surévaluer systématiquement le nombre d'emplois qu'elle trouve pour les chômeurs. C'est pour cette raison que le président de l'Office, mis au fait des irrégularités, a été contraint de démissionner en février dernier : son successeur a alors pour mission de réformer  l'Office.

L'objet de cette loi est de donner des chèques recherche d'emploi aux individus inscrits à l'Office depuis au moins trois mois. Le chèque sera proportionnel à la durée du chômage : 1500 euros à partir de trois mois de recherche, 2000 euros à partir de six, et 2500 euros à partir de neuf mois. Les chômeurs auront alors la possibilité de payer, avec ce chèque, les services d'une agence de placement privée.

Cette réforme s'est imposée parce que l'Office fédéral du travail a fait l'objet d'un scandale. Les agences publiques, quelles qu'elles soient, sont plus menacées par le manque de transparence que les agences privées, dans la mesure où les premières ne peuvent être effectivement contrôlées, alors que les secondes sont, elles, soumises aux pressions de la concurrence.

Les agences publiques ont pour vocation de servir « l'intérêt général », mais les individus travaillant au sein de ces agences n'ont aucun intérêt personnel à être performants. D'autre part, leur situation de monopole leur  confère une position si confortable qu'elles ont la capacité d'abuser de leur position. Il devient alors quasi impossible de contrôler ces agences, i.e. de s'assurer qu'elles fonctionnent effectivement et de façon strictement légale. Par conséquent, les fonctionnaires dans ces agences ne sont, individuellement, que très peu responsables. Ce genre d'environnement est alors propice au développement d'une certaine forme de corruption ou du moins de certaines irrégularités qui sont source d'inefficacité.

Il n'y a pas trente six façons de s'engager dans la lutte contre le manque de transparence et l'inefficacité des agences publiques. Le type de réforme engagée par l'Allemagne est certainement un exemple dans la mesure où elle transfère un service public au privé. Les chômeurs auront le droit de choisir l'agence privée offrant des services de placement. Ces agences sont en compétition sur le marché et les individus y travaillant ont tout intérêt à être efficaces parce qu'ils n'ont justement pas un statut aussi confortable que dans les agences publiques.

Les agences privées ont une sorte d'obligation de résultat, puisqu'elles ne peuvent recevoir plus que la valeur du chèque en cas de succès. Plus elles sont efficaces, plus vite elles encaissent le chèque, et il vaut mieux recevoir 1500 euros pour 15 jours de travail que pour un mois de travail !

Quoi qu'il en soit, ces agences privées étant dans un environnement concurrentiel ont tout intérêt à être loyales envers leurs clients, parce qu'elles engagent leur réputation. Et une entreprise qui n'a pas la confiance du public ne peut être une entreprise viable.

Cependant la loi a tenu à préciser que les cabinets privés devront faire l'objet d'une certification dans les deux ans à venir afin d'imposer des coûts à l'entrée et d’empêcher que cette activité privée n'attire des gens mal intentionnés.

Il faudrait cependant essayer d'évaluer le montant du chèque non pas par tranche et en fonction du nombre de mois de chômage, mais plutôt de façon individuelle, parce que deux chômeurs de trois mois d'inactivité n'ont pas forcément les mêmes caractéristiques et ne seront pas, par conséquent, également réintégrables sur le marché du travail.

La réforme engagée va encore plus loin. Le ministre allemand du Travail, Walter Riester, a déclaré, samedi 23 mars, qu'il désirait supprimer, à partir de l'année prochaine, les subventions accordées chaque année par l'Etat fédéral à l'Agence nationale pour l'emploi. Celle-ci a estimé que le "trou" (différence entre les rentrées et les dépenses) pour l'année à venir se chiffre à 2 milliards d'euros. Cette révélation suffit à répondre aux critiques de certains opposants du gouvernement qui considèrent que la réforme engagée serait trop coûteuse.

Il est souvent délicat d'engager de grandes réformes parce qu'elles paraissent coûteuses. Cependant ces coûts sont souvent de court terme, alors que les gains sont de long terme. Il y a certains gouvernements suffisamment courageux et soucieux de la croissance de leur pays qui sont prêts à remettre en question l'efficacité de certaines organisations publiques. Et la seule façon de rendre certains services publics performants est de les transférer à des entreprises privées.

Quand on voit comment fonctionne l'ANPE française, on envierait presque nos voisins allemands.

Mots clef : Chômage, Inefficacité, Office fédérale du travail (ANPE), Transparence.