C’EST NOUVEAU : L’UNEDIC EN DEFICIT DE PLUS DE 2,4 MILLIARDS

 


Le déficit de l’UNEDIC dépassera 2,4 milliards d’euros cette année. La hausse du chômage, le coût du PARE et la suppression de la dégressivité des allocations alourdissent les dépenses que les rentrées de cotisations dues aux créations d’emploi ne compensent pas. Les difficultés de l’assurance-chômage posent le problème de son rôle, autant que de ses modalités. A quand la vraie réforme ; qu’on lance partout en Europe ?


Le déficit de l’Unedic prévu en mars par le dernier conseil d’administration s’élevait à 2,4 milliards d’euros, le plus fort depuis dix ans. Il représente 10 % des dépenses. Mais il pourrait dépasser ce niveau et le régime devrait connaître des difficultés de trésorerie d’ici à la fin de l’année.

Mécaniquement, ce déficit s’explique par la croissance des dépenses, plus rapide que celle des recettes. L’expansion des dépenses est due à la hausse du chômage, à la suppression de la dégressivité des allocations et au coût du PARE. Les recettes progressent peu en raison de faibles rentrées de cotisations consécutives aux créations d’emplois nettement insuffisantes.

Pour résoudre partiellement et provisoirement le problème, les partenaires sociaux, responsables de l’assurance-chômage, renonceront à la baisse des cotisations prévue au 1er juillet prochain. Peut-être décideront-ils de différer le paiement du début des indemnisations. Sans doute demanderont-ils un moratoire sur les 1,2 milliards d’euros qu’ils doivent verser à l’Etat à l’automne.

Mais le problème de fond soulevé par le versement des indemnités de chômage vient du rôle qu’elles doivent remplir. Et de ce rôle découle la philosophie des modalités de versement. L’assurance-chômage doit-elle se contenter de verser des allocations ou doit-elle accompagner les chômeurs dans leur recherche d’emploi ? C’est cette dernière qui a prévalu en France avec la création du « projet d’action personnalisé » (PAP) et du « plan d’aide au retour à l’emploi » (PARE).

Le PAP élaboré avec l’ANPE définit les aides à trouver pour favoriser la réinsertion et les types d’emploi qui correspondent aux qualifications et compétences du demandeur d’emploi dans le mois qui suit son inscription, et il est réactualisé tous les six mois. Le PARE est réservé aux chômeurs qui ont droit à une indemnisation et répondent à des conditions minimales de travail antérieur. Il formalise les droits et les engagements réciproques de l’assurance-chômage (ASSEDIC) qui versera une indemnité de retour à l’emploi et financera les aides favorisant la réinsertion et du chômeur qui, lui, s’engage à participer aux entretiens avec l’ANPE et à effectuer des « actes positifs de recherche d’emploi ».

Aux termes du code du travail, le chômeur qui ne respecte pas ses engagements peut voir ses allocations suspendues ou supprimées. Il est encore un peu tôt pour tirer un bilan du système mis en place au 1er juillet 2001 et, notamment, pour savoir si certains chômeurs ont fait l’objet de sanctions pour recherches insuffisantes d’emploi ou refus répété d’offres correspondant à leurs qualifications ou compétences. Financièrement, il risque d’être lourd.

Confrontée au même problème que la France, l’Espagne tente une réforme (voir en archives dans cette même rubrique) qui ressemble au PARE avec notamment la suppression des indemnités pour trois refus d’un emploi « adéquat » à moins de 50 kilomètres du domicile du chômeur. Elle aussi a un fort taux de chômage, elle aussi est confrontée au travail noir dont le poids est l’un des plus élevés d’Europe (23,4 % du PIB), juste derrière l’Italie (27,8 %), mais devant la Suède (20 %) et la France (14,9 %).

L’étendue de l’économie parallèle pose le problème du mode d’indemnisation du chômage. La Commission européenne dans sa « stratégie pour l’emploi » annonce clairement sa préférence pour une méthode qui favorise le travail d’abord. Cette méthode est connue depuis longtemps. Les économistes libéraux l’ont appelée « impôt négatif ».

Le nouveau directeur de l’ANPE allemande Florian Gester, jusque-là ministre du travail social-démocrate de la Rhénanie-Palatinat, est à l’origine d’un dispositif de soutien à l’emploi appelé kombilohn qui pourrait être étendu à toute l’Allemagne, dans lequel l’Etat prend en charge une partie des cotisations sociales des salariés les moins bien rémunérés pour inciter les chômeurs à accepter un emploi plutôt que de percevoir l’aide sociale.

L’impôt négatif procède de la même philosophie : travailler d’abord. Et, plus vous travaillez, plus votre revenu est élevé. En d’autres termes, si vous ne travaillez pas, vous percevez un revenu familial minimum. Mais lorsque vous trouvez un emploi, même à temps partiel, même quelques heures, ce que vous gagnez ne supprime pas le bénéfice du revenu minimum, il est cumulé à une partie de ce revenu jusqu’à ce que le total des gains atteigne le seuil à partir duquel vous devenez imposable. L’analyse économique a amplement démontré la supériorité de ce système sur celui de l’indemnisation pure et simple tant en matière d’incitation à l’emploi qu’en matière de charge sur les salariés, cotisants et contribuables.

A quand la réforme de l’assurance-chômage ?

Mots-clés : Assurance-chômage, Chômage, Impôt négatif.

Mots-clés : Chômage, Impôt.