ALLOCATIONS-CHÔMAGE : L’ESPAGNE S’ATTAQUE A L’ASSISTANAT

 


Le gouvernement espagnol de José Maria AZNAR vient d’annoncer une réforme substantielle des allocations chômage. Les Espagnols, pour lutter plus efficacement contre le chômage, ont choisi de s’attaquer à l’assistanat en durcissant les conditions d’attribution de l’allocation chômage. A l’opposé de la France qui persiste dans la logique de l’assistanat et qui s’accommode d’une grande rigidité du marché du travail, l’Espagne a compris que l’efficacité de la lutte contre le chômage ne peut passer que par l’incitation des chômeurs à reprendre le chemin de l’emploi…


La relative paix sociale dont a joui José Maria Aznar depuis son arrivée au pouvoir en 1996 est peut-être en train de se fissurer. Depuis que le gouvernement a entrepris une vaste réforme de la couverture du chômage, la grogne des syndicats ne cesse de s’amplifier dans le pays. Les deux syndicats les plus puissants agitent la menace d’une grève générale pour le mois de juin.

Malgré cela, le gouvernement campe fermement sur ses positions, et répète que la refonte de l’assurance chômage prévue est la condition nécessaire au retour du plein emploi. José Maria Aznar est persuadé de l’efficacité d’une telle mesure. En effet, en 1996, il avait misé sur la flexibilité du travail, en s’opposant aux syndicats. Il a obtenu une diminution du nombre des demandeurs d’emplois de pratiquement 11 points, avec un taux de chômage passant de 24 % à un peu moins de 13 %. Une telle baisse est révélatrice de l’efficacité de la politique du gouvernement espagnol pour lutter contre le chômage.

En quoi cette nouvelle réforme consiste t-elle ? Il s’agit de toute une série de mesures, décrites dans un texte transmis par le ministère du travail aux syndicats à la mi-avril, qui visent à « restreindre » les droits et les libertés des chômeurs. Désormais, il reviendrait aux services de l’emploi de décider quel peut être l’emploi adéquat pour un chômeur, et, ce, selon des critères que certains trouvent difficilement admissibles. Ne pourrait être refusée par un demandeur d’emploi au chômage toute offre de travail située jusqu’à 50 kilomètres de son domicile, ne nécessitant pas plus de trois heures de transport par jour et qui ne l’obligerait pas à débourser plus de 20 % de son salaire pour s’y rendre. De même, les chômeurs seraient tenus d’accepter des emplois qui ne correspondraient pas forcément à leur qualification exacte ou un emploi à durée déterminée, même s’il ne leur rapporte qu’un salaire inférieur aux allocations chômage. En cas de refus, les sanctions entreraient immédiatement en jeu. Au premier refus, le chômeur en question perdrait trois mois d’allocation chômage ; au deuxième, six mois ; au troisième, le chômeur perdrait tous ses droits et ne toucherait plus rien.

Au vu de la situation du chômage en Europe, la position du gouvernement espagnol semble tout à fait justifiée. Tout le monde connaît les effets pervers de ce système d’allocation chômage. De plus, différents pays sont actuellement confrontés à des problèmes de financement de l’indemnisation du chômage. En ce sens, certains pays européens, comme le Royaume-Uni, ont déjà entrepris des mesures réduisant ces dépenses. L’Espagne emboîte le pas. Actuellement en Espagne, 12,9% des dépenses publiques sont consacrées à l’indemnisation du chômage, alors que la moyenne de l’Europe des quinze est à 6,8%.

L’Espagne se met au diapason, des Etats européens qui ont choisi de mettre l’accent sur l’accompagnement et la formation des chômeurs. Ainsi, au Royaume-Uni, les jeunes chômeurs, âgés de 18 à 24 ans, bénéficient d’un accompagnement individuel d’une durée de six mois avec, soit l’obligation d’accepter un emploi, soit d’intégrer une formation à plein temps. Au Danemark, tout salarié qui perd son emploi a droit, au maximum après deux ans de chômage, à une offre d’emploi qu’il doit nécessairement accepter. D’autre part, si la qualification du demandeur d’emploi ne correspond pas à l’emploi disponible, une formation adéquate lui est alors offerte. En Suisse, après sept mois, le chômeur doit choisir entre soit une offre d’emploi, soit une formation parmi celles qui lui sont proposées. En cas de refus, l’indemnisation cessera. Aux Pays-Bas, le chômeur encourt des sanctions si, au delà de trois mois de recherche, il refuse un emploi correspondant à ses aptitudes et situé à moins de deux heures de son domicile. Ce type de sanctions, consistant dans la suspension des allocations chômage, existe dans plusieurs pays. A ce sujet, on peut noter, par exemple, que 18 % des chômeurs indemnisés au Royaume-Uni sont touchés par cette mesure. Ce n’est pas pour rien que ce pays détient le plus faible pourcentage des dépenses consacrées au chômage (3,2%).

La position de l’Espagne est plus que jamais justifiée. Cette réforme rejoint les mouvements initiés par les Etats européens, qui ont compris que l’assistanat des demandeurs d’emplois n’est pas un moyen efficace pour lutter contre le chômage. Et la France ? Elle se situe au dessus de la moyenne européenne. En effet, le pourcentage des dépenses publiques consacrés à l’allocation chômage en France est de 7,4 %. Ce qui est choquant dans le cas de la France, c’est l’accroissement continu des dépenses de l’assurance chômage depuis 1985. A cette date, les dépenses d’assurance chômage représentaient 50 milliards de francs. A la fin de l’année 2001, ces dépenses représentent environ 150 milliards de francs. Les dépenses en assurance chômage de la France ont donc triplé en seize ans !

Seule la France semble persister dans la logique de l’assistanat. A l’opposé, la réforme espagnole va permettre de diminuer les dépenses publiques, et par là même les impôts. Cette baisse des impôts et des charges sur les entreprises les amènera à embaucher. N’est-ce pas de cette manière que l’on devrait lutter contre le chômage ?

Mots clés : Allocations chômage, Chômage frictionnel, Economie souterraine.