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DEFICIT RECORD DE L’UNEDIC ET REPRISE DU CHÔMAGE EN 2002
C’est le tombeau des vanités. Il y a quelques mois, le gouvernement Jospin mobilisait les indicateurs économiques et sociaux comme autant de trophées, signes de sa compétence. A l’évidence, ce temps des vanités est bien révolu. Croissance molle, déficits publics, insécurité, reprise du chômage: ces faits, pourtant sous-jacents, refont surface avec d’autant plus de vigueur qu’ils ont été soigneusement masqués par des mesures cataplasmes et une conjoncture favorable. La prévision de l’UNEDIC concernant une hausse du chômage et un déficit record en 2002 constitue un exemple édifiant. Ce n’est malheureusement que le premier d’une longue série. L’UNEDIC,
organisme social géré par le patronat et les syndicats, prévoit un déficit
de 2.4 Milliards d’euros pour 2002, avec 50 000 chômeurs supplémentaires.
Ce déficit est le plus élevé de ces dix dernières années, et fait suite
à l’excédent de 247 millions d’euros de l’année dernière. A l’évidence,
les années se suivent mais ne se ressemblent pas. En effet, la situation financière de l’organisme d’assurance
chômage est étroitement liée à la conjoncture économique. Une reprise
de l’activité – par exemple, une croissance du PIB de 3% sur la période1997-2000-
génère des emplois, favorise la diminution du chômage et amorce
un double mouvement bénéfique ; les recettes de l’UNEDIC augmentent
tandis que ses dépenses diminuent. Mais ce lien conjoncturel incontestable
masque les origines structurelles du déficit. Ces raisons structurelles
sont imputables aux choix – ou à l’inertie- des décideurs publics en matière
de politiques économiques. Prenons
ainsi la croissance économique et son évolution. Le discours politique
et médiatique biaise en permanence l’interprétation des causes présidant
à l’évolution de l’activité. De bons résultats ? C’est grâce aux mesures de tel gouvernement ! Une diminution
de l’activité économique et une reprise du chômage ? C’est à
cause de la récession américaine, de l’essoufflement
extérieur. En fait, nos gouvernants n’ont rien à envier aux chefs des
sociétés primitives. Les problèmes
viennent toujours d’entités extérieures incontrôlables (la colère de dieux versatiles), leurs résolutions
sont imputables au savoir-faire du gourou ou du sorcier. Mais tout cela
est évidemment mensonge et démagogie. Car les fondamentaux économiques
(l’activité, l’emploi, le chômage, l’investissement, etc.) obéissent à
des tendances profondes, structurelles, qui ne distillent leurs effets
que sur le moyen ou long terme. Sans
rechercher l’exhaustivité, prenons par exemple le problème du chômage.
Les causes comme la médication sont aujourd’hui parfaitement connues des
économistes conseillers des politiques de tous bords. La solution au chômage
massif passe par deux voies principales. D’une part, la création spontanée
d’emplois par le secteur privé. Les entreprises créent d’autant plus d’emplois
que le marché du travail est déréglementé, et que le coût du travail est
allégé de la fiscalité. Ainsi, le coût du travail sur les bas salaires
est générateur de chômage chez les individus peu qualifiés. Même si des
mesures d’allègement ont été mises en place, elles n’ont pas été menées
avec envergure, car elles nécessiteraient une réforme complète du système
français de protection sociale. Ce que le gouvernement Jospin n’a pas
voulu entreprendre (conférer les autres articles de cette semaine dans
la rubrique sociale). L’autre
volet structurel de la diminution du chômage passe par la qualification
des travailleurs. Il ne sert à rien, dans une économie, d’avoir un volant
de secrétaires au chômage, alors que les entreprises recrutent des manœuvres,
des infirmières ou des ingénieurs systèmes. Or, cette inadéquation entre
emplois offerts et qualification des demandeurs d’emplois va aller croissant
dans les économies modernes. Mais notre « mammouth », l’Education
Nationale, est incapable de faire évoluer ses enseignements au rythme
des formations adaptées aux mutations économiques. Les décideurs publics
en sont parfaitement conscients. Mettent-ils en place une réforme de la
fonction publique, de l’Education Nationale ? Si chacun peut s’accorder
sur la nécessité d’une « formation tout au long de la vie »
- une idée d’Alain Madelin, reprise par les autres candidats à la présidence-
, reste à savoir quelles organisations seront les plus adaptées à la prodiguer.
Dans la mesure où l’Education Nationale est en échec face à ses missions
fondamentales (60 000 jeunes sortent chaque année sans diplôme, 1/5 des
collégiens entrant en sixième sont illettrés, etc.), doutons qu’elle puisse
accomplir ce projet. Plutôt que de créer de nouveaux organismes publics,
qui ne tarderont pas à stigmatiser les mêmes défauts que ceux du mammouth,
il vaudrait mieux laisser l’initiative privée prendre le relais (d’où
la proposition d’Alain Madelin de supprimer la carte scolaire et d’admettre
la concurrence de nouvelles écoles et de nouvelles filières de formation). Les
problèmes de fond de la France sont devenus les points forts des discours
électoraux des présidentielles, mais reste à savoir s’ils seront suivis
de changements structurels. Les réformes de la protection sociale et de
la fonction publique constituent le point de départ d’un enchaînement
vertueux. En générant un assainissement
des finances publiques, elles autoriseront une diminution de la
pression fiscale, qui stimulera l’activité et réduira le chômage. Cela,
tout le monde le sait. Mais quel gouvernant aura enfin le courage d’entreprendre
ces réformes ? Mots-clés :
Chômage,
Fiscalité. Dossiers : Chômage, Fiscalité, Protection sociale.
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