LE CHOMAGE BAISSE A CHAQUE ELECTION

 


Madame le ministre Elisabeth Guigou affiche un grand enthousiasme à la lecture des nouveaux chiffres du chômage publiés jeudi 28 février par ses services. Il faut dire qu'une baisse de 0,1% de la catégorie 1 des chômeurs, après huit mois de hausse consécutive du chômage, a de quoi nous faire exploser de joie ! Curieux cycle du chômage, qui disparaît au moment opportun.


Régulièrement, nous sommes abreuvés de statistiques concernant le chômage auxquelles personne ne comprend rien. En effet, suivant les organismes analysant les données de l'emploi, les conclusions ne sont pas les mêmes. Il faut d'autant plus se méfier des chiffres annoncés lorsqu'ils sont publiés par le Ministère de l'Emploi, parce que les gouvernements ont tendance à embellir les situations, surtout quelques semaines avant les élections.

Le dernier rapport du Ministère de l'Emploi pour le mois de janvier annonce une baisse de 0,1% des chômeurs de la catégorie 1, mis à part les personnes concernées. Personne n'est censé savoir à quoi correspond cette catégorie. Or il est important de connaître les critères du Ministère de l'Emploi auxquels doivent répondre les Français pour avoir la chance d'être pris en compte dans les statistiques du chômage. Et, justement, il est assez déroutant de voir combien la définition du "vrai" chômeur est restrictive. En effet, les services d'Elisabeth Guigou ne considèrent que les métropolitains inscrits à l'ANPE, immédiatement disponibles et à la recherche d'un travail en contrat à durée indéterminée.

Finalement, l'indicateur officiel du chômage sous-estime substantiellement le nombre de demandeurs d'emploi et reflète mal son évolution. Et pour cause ! Sont exclus les chômeurs des départements d'Outre-mer (environ 200 000), les personnes voulant travailler à temps partiel (environ 452 000), les personnes désirant travailler en CDD ou en intérim (230 000), les demandeurs d'emploi exerçant une "activité occasionnelle ou réduite" de plus de 78 heures par mois (570 000), les personnes de plus de 57,5 ans rayées des liste ANPE (364 000), et les chômeurs en formation ( 250 000)[1]. Par conséquent, si on prend en compte tous les types de chômeurs, les "vrais" comme les "faux", il y aurait à l'heure actuelle environ 4 293 000 chômeurs au lieu des 2 209000 annoncés par le Ministère de l'Emploi. Rien de réjouissant, Mme Guigou !

Une tendance à la baisse de 0,1% des chômeurs de catégorie 1 ne fait pas oublier les autres tendances alarmantes. En effet, si l'on intègre les chômeurs travaillant à temps réduit, la tendance s'inverse, elle est de +0,9% pour le mois de janvier. Plus révélateurs encore sont les chiffres concernant le chômage des jeunes, qui a progressé de 0,8% toujours sur la même période (sur un an cette progression s'estime à 10,4%), et celui des inscriptions à l'ANPE consécutives à des licenciements : +13,3%. D'ailleurs le ministre de l'Emploi et de la Solidarité est retombé sur terre et a concédé que cette situation était quelque peu préoccupante.

C'est pour ces raisons que Madame Guigou a annoncé que les restructurations n'étaient pas achevées (il y a eu, en 2001, 1053 plans sociaux qui ont été notifiés à l'administration, contre 880 en 2000). Elle a expliqué que des mesures d'application de la loi de modernisation sociale seraient bientôt mises en œuvre, en insistant sur le fait que la progression des licenciements économiques devait être enrayée. Il semblerait que notre ministre n'ait pas encore compris qu'on ne peut pas « façonner » le marché du travail. On ne peut pas et ne doit pas créer des emplois publics sous pretexte que le chômage est trop élevé et on ne peut pas interdire aux entreprises de licencier. Si, aujourd'hui, le chômage progresse ou du moins ne diminue pas, c'est justement parce que l’Etat intervient trop sur le marché du travail. La loi sur les 35 heures a été un véritable désastre. L'emploi n'est pas reparti et les entreprises doivent faire face à des coûts tels qu'elles sont parfois obligées de licencier. (cf article libres.org de la semaine du 04 février). Comme si cela ne suffisait pas, le gouvernement de Lionel Jospin a injecté 80 000 contrat emploi solidarité (CES) supplémentaires en juillet et en octobre 2001. On ne résorbe pas le chômage en créant de "vrais-faux" emplois. La preuve en est que les jeunes ayant obtenu un emploi-jeune créé sous ce gouvernement pour une durée de 5 ans, se retrouveront au chômage (mais peut-être pas dans la catégorie 1 !)

Apparemment, le gouvernement persiste, en faisant croire aux Français que s'il n'intervenait pas comme il le fait, la situation serait insoutenable.

Il n' y aura pas d'effet "35 heures", ni même d'effet "euro" sur le chômage, il y a cependant un effet "élections présidentielles". Il faut ouvrir les yeux et oublier tous les chiffres que l'on peut nous annoncer. On peut faire dire tout et son contraire à des chiffres. Ce qu'il faut retenir, c'est que le chômage en France reste malheureusement très élevé et qu'il existe énormément d'exclus du marché du travail. Toutes les mesures prises par le gouvernement de Lionel Jospin n'ont pas été concluantes. Il serait temps de comprendre que ce sont justement ces mesures qui perturbent l'activité économique et qu'elles sont la source de distorsions sur le marché du travail et de la dégradation de celui-ci.

Mots clef : Chômage, 35 heures, Licenciements.

Dossiers : Chômage, 35 heures, Licenciements.

[1] Chiffres de Capital mars 2002