LE CHOMAGE REPART A LA HAUSSE


Tout le monde voulait croire à la thèse, longtemps défendue par le gouvernement, d’une croissance française « autonome » ; le mythe est pourtant en train de s’effondrer, confronté à la réalité d’un contexte économique et social en net ralentissement d’activité (Voir notre article de conjoncture en rubrique économie). Résultat, le chômage lui-même repart à la hausse, dans un climat général dégradé.


Certes, pour la première fois depuis 1994, l’enquête annuelle élaborée par L’INSEE et publiée la semaine dernière révèle un évident recul du chômage entre Mars 2000 et Mars 2001. En effet, le taux de chômage est passé de 10 % à 8,8 % de la population active (26 millions de personnes) en un an, touchant en priorité les catégories sociales les plus exposées : la baisse de l’emploi précaire est nette, de -1,5 % pour les CDD à -10 % pour les « contrats aidés » par l’Etat, comme par exemple les contrats emploi-solidarité. Le temps partiel a également reculé et, plus intéressant, la proportion de chômeurs de longue durée (à la recherche d’un emploi depuis plus d’un an) est passée de 40,1 % à 35,3 %. C’est évidemment le tertiaire qui a offert le plus d’opportunité, en proposant près de 182.000 emplois supplémentaires sur l’année, soit une hausse de l’offre de 6,3 %.

Hélas, ce tableau encourageant est dores et déjà assombri et peut-être relégué à la catégorie du bon souvenir. Car l’enquête de l’INSEE laisse entrevoir un proche avenir nettement moins favorable. L’emploi intérimaire, considéré comme un indicateur particulièrement performant de la situation économique nationale, se tasse désespérément depuis plusieurs semaines, après avoir progressé de 12 % en un an. La baisse de régime est sensible depuis le début de l’année, ce qui laisse supposer que les entreprises sont en perte d’activité. Les créations d’emplois se ralentissent, et l’ANPE déclare déjà avoir enregistré une augmentation du nombre d’inscriptions, notamment durant le mois de mai, avec environ 5000 demandeurs d’emploi supplémentaires (+0.3%), tandis que les licenciements économiques progressent. C’est la première hausse mensuelle du chômage depuis juillet 2000. En particulier, le chômage des hommes de moins de 25 ans progresse. Tout cela intervient alors que l’année 2000 avait semblé plus favorable à l’emploi. au demeurant, on doit prendre en compte que l’habillage statistique du chômage (avec les CES et les emplois-jeunes) est mieux fait en France qu’ailleurs, de sorte qu’une estimation raisonnable (dossiers de l’IFRAP) fait apparaître entre 4 et 600 000 chômeurs réels masqués.

Enfin, il n’y a aucune perspective d’embellie à court terme. Comme un malheur n’arrive jamais seul, les différentes prévisions concernant le chiffre de la croissance pour cette année la placent aux alentours de 2,3 % au lieu de l’hypothèse initiale de 3,3 %. L’opération vérité entreprise par Laurent FABIUS Mercredi dernier ne s’est d’ailleurs résumée qu’à ce triste constat : « la croissance sera peut-être inférieure à 2,5 % »…(Voir notre article en rubrique économie Croissance en baisse : "Adieu veaux, vaches, cochons, couvées...).

Si l’on ajoute à ce bilan déjà alarmant la confirmation d’une poussée de l’inflation, atteignant 2,3 % sur les 12 derniers mois, alors ce n’est pas faire preuve de cynisme que d’affirmer que la France se dirige allégrement vers ce que les économistes appellent une situation de « stagflation ». Le chômage, associé à l’inflation, est hélas un des pires maux que les nations aient connus lors du siècle dernier, et malheur à ceux qui n’ont pas su profiter des leçons de l’histoire pour épargner leur pays !

Alors bien sûr, à moins d’un an des échéances présidentielles, les responsables politiques se veulent rassurants. Il suffirait, paraît-il, d’assouplir le régime des 35 heures (dixit FABIUS) ou celui des heures supplémentaires (dixit CHEVENEMENT), pour respirer à nouveau le bon air de la croissance et de la création d’emplois.

Il suffirait surtout d’arrêter de faire croire aux Français que l’on peut réussir dans la troisième voie, et que c’est au détriment des objectifs économiques que le social se portera mieux. La France connaîtra ses heures de gloire si, et seulement si, le gouvernement admet que les entreprises sont le moteur du dynamisme, que la création de richesses passe irrémédiablement par l’offre. En pénalisant fiscalement l’entreprise, la France se prive de la croissance, de l’innovation, de cette puissance auto-générante de richesses et de la création d’emplois

Mots clés : Chômage, Croissance, Entreprise, Inflation, Offre, Stagflation.