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LES PLANS SOCIAUX : AUCUN IMPACT SUR LE CHOMAGE Impact psychologique, impact médiatique, impact politique, impact bien évidemment sur les salariés prochainement licenciés, mais pas d’impact véritable sur le recul du chômage. Comme si les lois économiques défiaient la volonté politique : la vague de licenciements a choqué parce qu’elle a été massive et voyante, mais elle n’est pas différente des nombreuses micro-vagues de petites entreprises qui doivent licencier pour se réadapter aux desiderata des consommateurs. Parce qu’elles touchent des grandes entreprises et indirectement leur sous-traitants et l’économie locale, elles ont fait mal. En substance, chaque fois qu’une petite entreprise licencie, c’est aussi un peu moins de revenus redistribués au niveau local. Mais la réaffectation des ressources fait que de nouveaux revenus vont être redistribués ailleurs. Au total, la création de services étant effectuée de manière plus efficace, des ressources supplémentaires vont être dégagées pour créer encore plus et donc créer plus d’emplois utiles. Même si on ne peut que compatir au sort de gens qui ont passé 30 ans à faire la même chose dans la même usine et qui tout à coup, n’ayant jamais envisagé de faire autre chose, se trouvent accablés, force est de constater que le malheur de quelques uns (mais pour lequel personne ne doit se sentir coupable : il n’y a pas un droit à l’emploi à vie, sauf dans les régimes totalitaires) fait le bonheur des autres : des ressources sont dégagées pour créer plus de valeur et faire avancer les choses. On ne penserait pas aujourd’hui à s’apitoyer sur le sort des fabricants de carrosses parce qu’ils ont été détrônés par l’automobile au début du siècle. Le phénomène intéressant dans ce cas est que les fabricants d’automobiles étaient la cause directe de la faillite des fabricants de carrosse et qu’elle était perceptible et perçue comme telle. Se développait alors une sorte d’anti-progrès : la réaction contre le machinisme est une forme de protectionnisme anti-technologique. Pourtant, après coup, tout le monde s’accorde à reconnaître que cette destructuration locale a conduit à une meilleure coordination globale de l’activité économique. Qui défendrait sérieusement aujourd’hui la protection de l’industrie des messagers de poches si vite tombée dans l’oubli ? Sinon, à raisonner de la sorte, nous serions tous encore vêtus de peaux de chèvres. Dans les licenciements d’aujourd’hui on ne perçoit pas immédiatement la cause : ou du moins, ce serait le vilain actionnaire. Pourtant le problème est strictement le même d’un point de vue économique : affecter des ressources à des usages plus valorisants (sans doute ne sait-on pas encore lesquels). Premièrement le fait qu’il n’y ait pas un concurrent direct expliquant les licenciements laisse les gens dans la perplexité. Et ce d’autant plus que les entreprises qui licencient sont parfois bénéficiaires : « Pourquoi licencier si tout va bien ? » se disent-ils. A cela près que les bénéfices ne sont pas le seul indicateur de bonne santé d’une entreprise, ni la garantie absolue de sa pérennité (d’où l’importance d’indicateurs relatifs tels que la rentabilité de l’entreprise comparée à celle du secteur). Deuxièmement, les ressources vont être redéployées de manière fragmentée à des usages différents, ce qui dilue grandement la sensation d’utilité éprouvée par les gens dans de telles opérations : on a l’impression que les ressources s’envolent uniquement dans les poches des actionnaires. Alors qu’en réalité, les usages concurrents de ces ressources vont bien créer de l’emploi ça et là, au gré des taux de profits sectoriels et des innovations. Le développement économique est fait d’adaptations nécessaires. Les ressources dégagées vont créer de l’emploi ailleurs. Mais il est tellement plus simple de se concentrer sur ce que l’on voit, plutôt que sur ce que l’on ne voit pas (et le fait qu’il y ait plus d’émotion suscitée lorsque ce sont des grandes entreprises qui licencient un peu, plutôt que lorsque ce sont des milliers de petites qui licencient beaucoup illustre parfaitement ce phénomène). C’est pour cette raison que le chômage ne sera pas affecté par ces plans sociaux. Bien entendu, des ressources dégagées en France seront ré-affectées ailleurs dans le monde : l’effet n’est pas complètement franco-français, et on a envie de dire « fort heureusement », car cela permet en effet à d’autres pays de se développer. Le fait est que depuis la vague de la nouvelle économie en 1997 le nombre de licenciements économiques en France s’est réduit de moitié (autour de 15 300 par mois). Un autre élément intéressant concerne la possibilité pour les entreprises de grande taille de « faire du social » lors des plans de restructuration, en partie pour soigner leur image de marque : les suppressions d’emplois se soldent rarement par des licenciements secs (Chez Moulinex sur 2 100 emplois supprimés en 5 ans, on n’a compté que 19 licenciements économiques…). D’autre part, les conventions de conversion permettent d’étaler les effets des suppressions d’emplois dans le temps. Selon le Ministère de l’Economie et des Finances, l’économie française aurait déjà créé 100 000 emplois au premier trimestre. L’Unedic prévoit de son côté plus de 360 000 créations d’emplois dans le secteur concurrentiel pour 2001. La loi des débouchés jouant, au niveau global, la réaffectation des ressources issues des restructurations contribue directement à l’emploi, et, par le regain d’efficacité, y contribue aussi de manière indirecte. En conclusion, l’opinion publique est alertée sur un faux problème : les quelques licenciements « massifs » qui ont fait la une des journaux (Danone, Marks and Spencer, AOM, etc.) se ramènent en réalité à quelques dizaines de licenciements « secs », et fait oublier deux choses importantes : - Premièrement des centaines de milliers d’emplois ont été créés et ont permis d’embaucher une grande partie des personnes licenciées. - Deuxièmement, ce principe des « vases communicants » est à l’œuvre en permanence dans une économie en croissance. au lieu de réglementer et de freiner les licenciements, l’Etat ferait mieux de rendre la liberté aux entrepreneurs, aux demandeurs d’emplois : un marché du travail plus souple et plus libre permet de résoudre sans heurt les difficultés nées des inévitables licenciements. Mots-clés : Chômage, Croissance, Emploi, Licenciement, Valeur.
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