EMPLOIS-JEUNES : QUITTE OU DOUBLE ?


Chaque emploi-jeune coûte 120.000 francs dont 95.000 à la charge de l’Etat. Alors que le Parti Communiste vient de lancer une campagne pour tenter de convaincre le gouvernement de pérenniser les emplois-jeunes, Matignon hésite. Martine Aubry en reste une partisane convaincue, mais certains membres de la majorité s’accordent à reconnaître que l’avenir est menacé pour ces emplois subventionnés.


Depuis le lancement de son programme en 1997, Martine AUBRY ne tarit plus d’éloge sur les emplois-jeunes. Elle ressert à qui le lui demande son slogan « nouveaux services, nouveaux emplois », et démontre l’efficacité du système en présentant les chiffres : 220.500 « emplois » créés en 4 ans. En économiste renommée, elle peut alors expliquer les deux conséquences logiques d’une telle politique : la première est que ces embauches ont largement contribué à remonter le moral des Français, leur donnant confiance dans l’avenir et leur permettant ainsi de faire preuve d’initiative en menant à bien leurs projets ; la seconde est que parallèlement, la baisse subventionnée du niveau de chômage entraîne une hausse de la consommation, et donc une augmentation de la production et des offres d’emplois. CQFD, la boucle est bouclée. Le gouvernement assume sans complexe la responsabilité de la reprise de la croissance et du progrès de la nation.

Or, étrangement et bien discrètement, on observe depuis quelques semaines un net revirement des initiatives politiques en ce domaine. Les services publics les plus majoritairement concernés par les emplois-jeunes se substituent de plus en plus à l’ANPE, cherchant à mettre en contact leurs jeunes employés avec le secteur concurrentiel. On observe par exemple une mobilisation sans précédent de l’éducation nationale. Des accords sont signés entre les Rectorats et des entreprises privées ou semi-publiques comme MacDonald’s, Eurodisney ou Air France. L’administration fait un véritable travail de pré-sélection en se mobilisant pour que ses aides-éducateurs de niveau BAC ou BAC+2 soient recrutés. Si, à l’heure actuelle, cet exercice n’a pu aboutir qu’à une offre de 3600 places de la part des entreprises, le ministère de l’éducation estime à 20.000 le nombre d’emplois qui, dans les trois prochaines années, leur seront offerts par ce biais.

L’interrogation à laquelle il semble intéressant de répondre est pourquoi, alors que le gouvernement nous explique depuis quatre ans que les emplois-jeunes sont source de progrès et de dynamisme économique, décide-t-il aujourd’hui de s’en séparer en les proposant au secteur privé ? La logique politique semblerait au contraire vouloir leur dicter l’attitude inverse.

La raison en est évidente : le programme de Martine AUBRY est inéluctablement condamné à l’explosion. Il est en effet déterminant de souligner que les postes créés sont pris en charge par l’Etat pour un coût prohibitif. Chaque emploi-jeune coûte 95.000 francs par an à l’Etat et 24.000 à l’employeur (quand c’est l’éducation nationale qui embauche, la facture est de 120.000 francs pour l’Etat). Et cela dure cinq ans ! Or ces emplois correspondent à des fonctions artificielles, en ce sens qu’elles ont été « inventées » par le gouvernement, sans répondre à des besoins réels. Ce qui explique qu’il est très rare de voir ce type de contrat se consolider. Les jeunes confrontés aux lacunes du marché du travail ne postulent à un emploi-jeune qu’en dernier recourt ; ils ne le considèrent certainement pas comme un débouché, mais plus comme une garantie financière le temps de trouver un vrai poste. La grande majorité se plaint d’ailleurs du peu d’intérêt des activités dont ils ont la fonction, et se dispensent de les indiquer dans leur CV : ça fait mauvais effet !

Néanmoins Martine Aubry persiste et signe. Elle veut créer 110.000 emplois-jeunes de plus pour arriver au chiffre de 350.000 en un an. Pourquoi un an ? S’agirait-il d’un nouvel habillage statistique pour améliorer encore les chiffres de l’emploi ? Y aurait-il des élections dans un an ?

Mots-clés : Chômage, Confiance, Electoralisme, Politique de relance.