FIN DU CHOMAGE ? POISSON D’AVRIL


Les statistiques publiées le 31 mars et l’annonce d’une baisse du « chômage » en France de 10,5% en janvier à 10,2% en février 2000 ont été le prétexte recherché par le gouvernement socialiste pour crier au retour proche au plein emploi et pour rappeler les « vertus » économiques de la loi des 35 heures. Cependant, s’il y a réellement une baisse, elle se serait produite non pas grâce, mais en dépit, de la loi sur la réduction du temps de travail.


Tout d’abord s’il y a une baisse des demandeurs d’emploi (65 500 en moins pour la catégorie 1) au mois de février, la tendance à plus long terme (par rapport à juin 1997, par exemple) est loin d’être aussi claire pour plusieurs raisons :

1° - Suivant le mode de calcul de 1997, le nombre des demandeurs d’emploi actuels serait de 2 992 700 et non de 2 499 400 : voilà qui rend incomparable le passage actuel sous la barre des 2,5 millions et celui, au même niveau, de mars 1991 où les modes de calcul étaient différents. Grâce au truquage, le gouvernement a réussi à « effacer » des statistiques médiatisées quelque 493 300 chômeurs.

Ce truquage est d’autant plus facile que le système de comptabilisation des demandeurs d’emploi (en 8 catégories différentes, dont seule la catégorie 1 est officiellement considérée dans la définition du chômage et est largement médiatisée) est complexe.

Par exemple, en plus des chômeurs de plus de 55 ans (en 1997), les personnes entre 50 et 54 ans (la catégorie 3 a ainsi gonflé, grâce à elles, de 75 000 demandeurs en plus entre 1997 et 1999) ont également été sorties de cette catégorie 1 (demandeurs sans aucun emploi).

Un autre exemple concerne les personnes « ayant exercé dans le mois une activité occasionnelle ou réduite de plus de 78 heures » qui ne font plus partie de la catégorie 1, mais de la catégorie 6 (qui augmente sur 2 ans de 113 000 et qui est en augmentation même en février 2000).

2° - Deux autres artifices permettent de faire sortir des demandeurs d’emploi de la catégorie 1. D’un côté, les stages en entreprise (qui ne sont pas des emplois) font gonfler la catégorie 4 (ceux qui cherchent mais qui ne sont pas disponibles) avec 10 000 en plus sur deux ans.

De l’autre côté, il y a les emplois jeunes : ces véritables « parkings » pour futurs chômeurs font augmenter de 100 000 sur deux ans la catégorie 5 (« ayant un emploi et qui en cherchent un autre »).

3° - Les hommes politiques tirent un profit électoral de la définition ambiguë et trompeuse du « chômage ». Alors que dans le langage ordinaire du citoyen commun il désigne les personnes qui désirent travailler mais ne trouvent pas d’emploi, dans les chiffres officiels il ne désigne que les personnes de la catégorie 1. Le citoyen-électeur serait sans doute surpris d’apprendre que (en plus de ceux des catégories 3 et 6 évoquées ci-dessus), les demandeurs d’emploi (saisonnier, à temps partiel ou très court) des catégories 2 (102 000 demandeurs en plus sur 2 ans), catégorie 7 (26 000 en plus) et catégorie 8 (26 000 en plus) ne font pas partie des « chômeurs ».

En dépit de tous ces truquages statistiques, admettons qu’il y ait réellement une baisse du chômage en France (malgré les doutes légitimes que nous pouvons avoir quant à la réalité-même d’une telle baisse). Est-ce pour autant le fruit des 35 heures ou autres « gadgets » du traitement social du chômage et des politiques de plein emploi ?

Statisticiens, journalistes et hommes politiques semblent s’accorder sur le fait que 50 000 emplois seraient créés grâce aux 35 heures au premier semestre 2000. Or, en, réalité, si ces emplois ont été rendus possibles (sans provoquer des suppressions dans d’autres secteurs de l’économie), c’est grâce à la croissance économique et aux gains de productivité des entreprises.

Ayant pour origine la nouvelle économie et les opportunités d’investissement directs pour l’épargne des particuliers (qui n’est plus gaspillée dans les circuits financiers de l’Etat), mais aussi à la mondialisation et à la bonne conjoncture internationale, ils ont permis de payer le surcoût du travail dû au passage aux 35 heures. Ce n’est pas grâce, mais malgré la logique de cette loi, que ces 50 000 emplois ont été créés et, sans la loi, le chiffre des emplois créés aurait, sans doute, été plus élevé. Il n’est qu’à voir par comparaison le rythme de création des emplois dans des pays comme l’Espagne depuis deux ans. D’autre part la croissance étant tirée par le commerce extérieur et non par la productivité nationale, celle-ci demeure faible et tributaire de réformes qui ne se font pas. En revanche, il est possible qu’une partie des nouveaux emplois serait due à la baisse des charges sociales qui joue en sens inverse sur le coût du travail que la réduction du temps de travail. Auquel cas, on ne peut que conseiller de les baisser de façon générale dans tous les secteurs de l’économie (ce qui va à l’encontre des idées socialistes et de leur interventionnisme d’Etat).

En conclusion, il faut se rendre à l’évidence que la loi des 35 heures va à l’encontre de la baisse du chômage (même si une telle baisse peut toujours être observée pour d’autres raisons). Une amélioration durable du niveau de l’emploi passe inévitablement par des réformes structurelles. Ne cédons donc pas à l’optimisme du « politiquement correct » : non seulement de telles réformes ne sont pas prévues mais la conjoncture favorable à l’emploi risque de se détériorer avec « la planification » européenne de la nouvelle économie, annoncée à Lisbonne, et la généralisation de la loi sur les 35 heures. Malheureusement, le plein emploi en France n’est pas pour demain.


Mots clés : 35 heures, Chômage, Emploi, Réduction du temps de travail.