LE CHOMAGE DES JEUNES NE DIMINUE PAS


Le gouvernement se flatte d’une certaine baisse du chômage, plus statistique que réelle. Cependant il ne peut masquer que le chômage des jeunes (1.100.000) ne diminue pas. N’est-il pas le plus inquiétant pour l’avenir ?


 

La dernière étude d'INSEE Première(n° 699, Février 2000) sur l'activité des 15-29 ans fait apparaître que depuis 4 ans la situation des jeunes semble se stabiliser.

Concernant leur taux d'activité, celui-ci s'est stabilisé depuis 1995, aux alentours de 48 %. En effet, depuis le milieu de la décennie 80, celui-ci ne cessait de diminuer, du fait de l'allongement croissant des études sur la période. L'inflation trop élevée des diplômes semble donc avoir finalement freiné sa course. Pour beaucoup, le prolongement des études constituait une voie de garage ou sans doute une solution au problème du chômage : il est vrai que le diplôme protège toujours du chômage puisque seulement "10 % des jeunes actifs diplômés du supérieur sont au chômage, contre 35 % des actifs sans diplôme". Mais, par ailleurs, "entre 1990 et 1999, l'évolution du taux de chômage des jeunes a été pratiquement la même quelque soit le niveau de diplôme". En fait inflation des diplômes rime avec dévaluation des diplômes sur le marché du travail. Sans doute une prise de conscience que "Bac + 5 = chômage" a-t-elle freiné les ardeurs studieuses. Cette situation concerne aussi les plus diplômés, c'est à dire les docteurs, comme l'a rappelé un colloque tenu à Marseille la semaine dernière sur le sujet.

Le taux d'activité des jeunes en France est bien plus faible en France que dans des pays tels que la Grande Bretagne ou l'Allemagne. Pourtant le taux de chômage des jeunes chez nous reste assez élevé (10 points au dessus du taux de chômage des 30-49 ans) et a progressé en 10 ans (+ 11% de chômeurs). Malgré une tendance démographique à la baisse (- 7 % de personnes sur la décennie dans la catégorie des 15-29 ans), malgré le boom des technologies de l'information et la reprise, malgré les emplois-jeunes (rappelons qu'un emploi jeune est financé en réalité par la destruction d'un emploi potentiel et utile ailleurs) qui "truquent" les chiffres, le taux de chômage des jeunes se situe toujours autour de 20%, même s'il baisse légèrement depuis 1997.

Ce taux de chômage élevé est dû à deux facteurs :

-         du côté des demandeurs d’emplois, les prétentions élevées de gens toujours surdiplômés, en inadéquation avec les demandes du marché du travail, induisant ainsi une forme de chômage volontaire

-         du côté des offres d’emplois : pour les moins productifs (35% de taux de chômage chez les non-diplômés) l'existence d'un salaire minimum est, quoi qu'on en dise, une barrière à l'emploi, car leur productivité est bien trop faible pour le SMIC.

La situation risque de s’aggraver avec la récente réforme universitaire. Elle risque de contribuer à l'altération du capital humain de jeunes qui auront pu passer 4 ou 5 à la Fac pour obtenir à peine un DEUG, parfois un DEUG "invendable", alors qu'ils auraient peut-être pu avoir une expérience de travail, si les conditions institutionnelles permettaient l'embauche souple et non subventionnée de jeunes inexpérimentés.

1.110.000 jeunes au chômage en 1999, c'est beaucoup. Il faudrait le courage politique de reconnaître que le problème ne se situe pas seulement au niveau de la formation, mais surtout au niveau des possibilités d'embauche réduites du fait de barrières institutionnelles "politiquement correctes".

Mots-clés : Chômage, Salaire minimum, Taux d'activité.