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LE CHOMAGE EST DE RETOUR 56.000 chômeurs de plus, admet
Madame GUIGOU. Sans doute beaucoup plus en réalité. Les mauvais esprits
diront que, puisque l'Etat est de retour, il est normal que le chômage,
véritable "scandale public", soit aussi de la fête ! En France nous n'avons guère à
nous poser de question sur l'origine de cette nouvelle poussée de chômage.
Comme de nombreuses économies du Vieux Continent la nôtre est sclérosée,
les emplois ne se créent pas du fait de la rigidité du marché du travail,
d'une réglementation étouffante, du poids des impôts et des charges sociales,
du gaspillage de l'épargne, des déficits budgétaires et des dettes publiques.
Comme rien n'a changé au cours de l'année 2001, et qu'on en a rajouté
une couche avec les entraves aux licenciements et l'extension des 35 heures,
il n'y a aucune raison pour que des emplois nouveaux soient créés. Voilà d'ailleurs une première conclusion
importante : d'origine structurelle, le chômage français ne doit rien
aux évènements mondiaux. D'ailleurs les chiffres publiés cette semaine
se rapportent à une période antérieure au 11 Septembre. Bien évidemment,
l'incertitude qui pèse sur le futur immédiat politico-militaire ne fera
qu'aggraver une situation déjà bien dégradée avant l'été. Mais en approfondissant l'analyse,
on peut chercher à s'interroger : - sur la durée de ce chômage renaissant
: à quand le bout du tunnel ? - sur les scénarios de conjoncture
au cours des prochains trimestres. A QUAND LE BOUT DU TUNNEL ? Le "bout du tunnel" est
un vieux thème éculé des discours politiques; il a servi des régimes successifs
et alternants. Les dirigeants ont toujours la
tentation de rassurer les populations, parce que ce n'est pas avec des
promesses de "sang et de larmes" que l'on séduit les électeurs.
La France n'est pas l'Angleterre de W.CHURCHILL ni l'Amérique de G.W.BUSH. Il se trouve que, cette fois-ci,
le bout du tunnel n'est pas visible à l'oeil nu, ni même avec des jumelles
socialistes à infra-rouge. Les consommateurs français n'ont
pas le moral, nos entrepreneurs ont perdu tout espoir. Leur pessimisme
est au plus profond depuis plus de cinq ans. Là encore les sondages sont antérieurs
au 11 Septembre. Le gouvernement veut en sortir
avec ce qu'il sait faire : la relance par la dépense, qui peut agréablement
se combiner aujourd'hui avec l'arrosage électoral. Lionel JOSPIN lance un appel au
"patriotisme des consommateurs". Quant à Laurent FABIUS, il
a recommandé "la mobilisation de tous pour que soit conforté le cercle
positif consommation-croissance-création d'emplois". Autant dire
que l'on se prépare à faire n'importe quoi, et que tout sera bon pour
donner à la population l'illusion qu'on maîtrise la conjoncture. La France compte sur la complicité
de l'Europe : pour financer le maintien des emplois dans les activités
touchées par les attentats (plan GAYSSOT), pour s'engager dans une politique
monétaire laxiste. Pourquoi ne pas s'affranchir des critères de Maastricht
sur la rigueur monétaire et la rigueur budgétaire? Les Français aimeraient
bien les jeter aux orties, ou au moins "assouplir" leur application,
les "interpréter" en fonction de la situation nouvelle. Monsieur
EMMANUELLI, président de la Commission des Finances, s'en est violemment
pris au plan de stabilisation d'Amsterdam. Enfin, les dirigeants français
pourront toujours évoquer, en toute mauvaise foi, la crise mondiale et
la récession américaine, pour légitimer une nouvelle vague d'interventions,
de protections, etc. Les socialistes aimeraient bien
que le percement du tunnel soit terminé pour le printemps 2.002. Mais
la roche économique est tellement dure... DE LA CRISE MONDIALE A L'EXCEPTION FRANCAISE Comment se faire une opinion sur
la façon dont la conjoncture évoluera en 2002 ? Il y a un premier scénario, qui
est celui de la crise mondiale, provoquée par une récession profonde et
prolongée de l'économie américaine. Dans ce cas, le chômage français passera
presque inaperçu, il sera accompagné d'un chômage généralisé. Ce qui n'est
pas rassurant pour les chômeurs, les consommateurs et les entrepreneurs,
mais ce qui fera l'affaire des dirigeants français. Il y a un deuxième scénario, qui
est celui de la reconversion progressive de l'économie américaine. Dans
ce cas, il faudrait quelques mois à l'économie américaine pour panser
les plaies des attentats, renforcer et réorganiser les forces de sécurité.
Les quelque cinq cent mille chômeurs américains supplémentaires dans les
secteurs touchés (compagnies aériennes, tourisme, assurances) pourraient
progressivement retrouver du travail, grâce à l'extraordinaire souplesse
de l'économie américaine. L'Europe accuserait également le coup, mais
pourrait gérer avec intelligence cette époque transitoire en réduisant
le train de vie de l'Etat pour rendre l'espoir aux entrepreneurs et maintenir
le pouvoir d'achat des consommateurs. Le troisième et dernier scénario
est une variante du précédent. Pour cause de calendrier électoral, les
dirigeants français se singularisent en sortant l'arsenal archaïque de
la lutte contre le chômage : subventions, primes, relance du marché intérieur.
La France ferait donc exception, comme à l'accoutumée. Tandis que le reste
du monde, à commencer par nos voisins, verrait s'éloigner le spectre du
chômage, nous accumulerions les chômeurs, victimes de l'incurie de nos
dirigeants. Ce sont peut-être eux qu'il faudrait mettre au chômage.
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