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CHÔMAGE EN HAUSSE, MORAL EN BAISSE
Selon une boutade célèbre, "il
est difficile de faire des prévisions, surtout lorsqu'elles concernent
l'avenir". Pourtant, les médias battissent de nombreux scénarios.
La plupart négligent que la France est plus mal lotie que les autres pays
occidentaux, parce que les structures économiques y sont plus sclérosées
et inadaptées qu’ailleurs. Peu de chances d’avoir un chômage en baisse. Les scénarios développés par nos médias ont un point commun : l'État
y apparaît comme le sauveur ultime, comme le commandant en chef de l'économie
(voir notre article sur le retour de Keynes). Son succès ne dépendra que
des moyens qu'il voudra bien se donner et de l'obéissance de la piétailles
que nous sommes à ses encouragements, voire à ses ordres. Les héros sont
les hommes politiques, les gouverneurs des banques centrales etc., qui
grâce à "leurs" milliards et à leur sagesse, sauront nous sortir
de ce mauvais pétrin dans lequel nous nous trouvons à cause du… libéralisme. La semaine dernière nous avons montré ce qu'il fallait penser de cette mystique
de l'État-sauveur. Rappelons que l'intervention de l'État n'a pas la même
nature lorsqu'elle est destinée à mutualiser les risques nouveaux induits
par la guerre contre le terrorisme(schéma américain) ou, au contraire,
à maintenir les économies dans la situation précédant les attaques, comme
si rien ne s'était passé (schéma français). Le redressement des économies ne se fera pas grâce aux dépenses : la
croissance, c'est la création de richesses. Elles sont produites pour
être consommées, mais il ne faut pas confondre la cause et l'effet, les
moyens et l'objectif. Autrement dit, c'est le travail des individus qui
permettra de renouer avec la croissance (sous-entendu "des richesses
produites"). Cependant, toute activité humaine est tournée vers un
avenir plus ou moins lointain, d'où l'importance du "moral des ménages",
c'est-à-dire de la confiance dans cet avenir. De ce point de vue il paraît évident que certains États sont mieux lotis que
d'autres. Les États-Unis, après vingt ans de croissance, avec des excédents
budgétaires et une économie nettement plus souple, sont en mesure de s'adapter
rapidement à la nouvelle situation. Certes, les licenciements annoncés
par dizaines de milliers font la une des journaux. Pourtant, c'est la
première étape d'une réorientation vers d'autres activités : la réembauche
de tous ces gens attirera moins l'attention de nos analystes Un licenciement
chez Boeing est plus intéressant qu'un emploi créé par une obscure PME.
Nos médias s'inquiètent bruyamment de ce que le chômage augmente aux États-Unis.
En effet, il pourrait même atteindre les 5,5%, chiffre que les gouvernements
français promettent toujours pour la décennie suivante. Grâce à la flexibilité
de l'économie américaine, la hausse du chômage et la baisse de la production
seront seulement temporaires aux États-Unis. La situation est tout autre en France. Le moral des ménages baisse également,
bien que l'attaque terroriste n'ait pas visé et touché (directement) notre
pays. Les annonces de licenciements et les liquidations d'entreprises
se succèdent. Il y a au moins depuis quatre mois 60 000 chômeurs de plus,
que même les maquillages statistiques de Madame Guigou ne peuvent cacher.
C'est le quatrième mois consécutif de hausse, ce qui ajoute à la gravité
de la situation. Cependant, le plus inquiétant est que rien ne permet
d'anticiper une amélioration : même durant la longue période de croissance
connue par l'économie mondiale, le chômage français a diminué moins qu'ailleurs
et son "noyau dur" n'a pas été touché. Ce ne sont pas les "assouplissements"
de la loi des 35 heures ou le traditionnel saupoudrage électoral qui changeront
quelque chose, d'autant plus que la marge de manœuvre du gouvernement
français est particulièrement réduite. Comment en serait-il autrement
si pendant quatre ans de croissance rien de sérieux n'a été fait pour
réduire le poids de l'État, des impôts, de la réglementation ? Comment
espérer une amélioration en cas redémarrage de l'économie mondiale si
les entraves qui ont pénalisé notre économie sont toujours là ? De
ce point de vue, ceux qui comparent le gouvernement Jospin à la cigale
de la fable ont tort : la cigale n'avait pas le pouvoir de taxer
la fourmi, ni de l'obliger à travailler seulement 35 heures. Et la cigale
ne prétendait pas non plus avoir bien travaillé pendant tout l'été. Ces considérations nous conduisent à trois scénarios, qui sont sans doute
plus proches de la réalité que ceux que nous proposent les conjoncturistes : 1 – scénario-catastrophe : en dépit de ses qualités, l’économie américaine
d’enlise durablement, les talibans ont gagné, le chômage se généralise
–y compris en France bien sûr. 2 – scénario de l’exception : les Etats-Unis et le reste des pays développés
surmontent une crise de transition, le chômage décroît, mais la France
ne peut suivre, et nous continuons à avoir plus de chômeurs. 3 – scénario de la libération : le même que le précédent mais la France
change de politique et libère ses forces créatrices et neutralise ses
forces parasites. Le chômage est vaincu – durablement. Pour résumer, les ménages américains et français ont en commun d’être inquiets
pour l'avenir, ce qui est tout à fait compréhensible compte tenu des circonstances.
Cependant, l'inquiétude des Français est plus justifiée que celle des
Américains : pour l’instant notre économie va mal en période de crise
et pas très bien le reste du temps. Mots-clés : Chômage,
Conjoncture,
Flexibilité, Travail.
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