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L’essentiel dans En finir avec le chômage, Numéro
spécial de la Revue des études humaines, 1996, pp. 54-57. En même temps que la nature du travail change, ce qui séparait les employés et les employeurs tend à disparaître. Dans ce contexte les syndicats ne peuvent pas s’adapter facilement, ils redoutent les entreprises de faible taille où l’action syndicale n’a pas de prise. Les syndicats demandent protections et subventions pour les entreprises nationales, de façon à éviter la sanction du marché mondial du travail : la délocalisation. |
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On constate qu’actuellement les économies mondiales subissent une rapide et profonde transformation comparable à la Révolution Industrielle. En effet, à cette époque, l’agriculture cédait sa première place de source d’emplois et de revenus au secteur industriel grandissant, et aux transports qui ouvraient de nouveaux marchés, à la fois intérieurs et extérieurs. Aujourd’hui, les événements économiques sont liés à la technologie informatique qui révolutionne le monde du travail, améliore l’efficacité des communications et abaisse leurs coûts. Pendant la dernière décennie, le coût du calcul a été divisé par mille, et des puces de plus en plus puissantes continuent d’être développées. On utilise ces puces pour les téléphones cellulaires, les fax, les ordinateurs, les robots, et aussi pour contrôler les procédés industriels. La manière de travailler change rapidement ; et, plus important, le lieu de travail perd son sens. La technologie informatique est maintenant accessible aux producteurs partout. De cette manière, le travail se délocalise vers des endroits où l’on fabrique à moindre coût. Le commerce international s’étend et va continuer à prendre de l’expansion. Tout pays qui espère prospérer dans ce nouvel environnement technologique doit être capable de lutter face à la concurrence sur les marchés mondiaux. Les pays dans lesquels les coûts de production sont élevés seront boudés par les investisseurs, verront leur taux de chômage augmenter, et rencontreront inévitablement à long terme une stagnation économique. Les syndicats : un rôle
négatif Les syndicats, par leur activité économique et politique, augmentent le coût du travail, découragent l’adoption de nouvelles technologies, empêchent une production efficace, encouragent davantage la méfiance et l’animosité sur le lieu de travail que la coopération, perturbent l’activité économique, et promeuvent souvent des politiques créatrices d’inflation et d’instabilité économique. Les leaders syndicaux ont pour préoccupation principale de maintenir leur clientèle. La substitution des nouvelles technologies au travail humain aux Etats-Unis - révélée par la diminution des effectifs dans les entreprises - permet au travail d’être réalisé plus efficacement. La taille des grandes entreprises diminue en terme d’emplois, et de fait, tous les nouveaux emplois sont créés aux Etats Unis par des petites entreprises de 50 salariés ou moins. Les syndicats sont vivement opposés à de telles procédures de diminutions de coûts pour deux raisons. Premièrement, la perte d’emplois dans les grandes entreprises entraîne la perte d’adhérents. Deuxièmement, les syndicats ne peuvent pas facilement pénétrer dans les petites entreprises parce que cela leur coûte plus cher. Les règles de travail recommandées par les syndicats et leur opposition à l’adoption de nouvelles technologies diminuent la productivité et accroissent les coûts du travail. Ainsi les entreprises comportant un syndicat sont moins compétitives sur les marchés internationaux. Un autre inconvénient dû aux syndicats est qu’ils entretiennent une hostilité employeur-employé sur le lieu de travail. Ces relations conflictuelles profitent bien aux syndicats. Pour bénéficier pleinement des avantages tirés des nouvelles technologies, les employeurs et les employés doivent coopérer - les machines feront davantage la part de travail, alors que les employeurs utiliseront mieux les activités intellectuelles. Ce qui séparait les employés et les employeurs tend aujourd’hui à disparaître, en même temps que la nature du travail change. Dans ce nouveau contexte, les syndicats ne peuvent pas s’adapter facilement et ne font aucun effort pour coopérer. Dans l’arsenal des syndicats, les grèves représentent l’arme ultime contre les employeurs. Mais les grèves sont perturbatrices et coûtent cher à la fois aux employés et aux entreprises. Les troubles sur le lieu de travail développent la méfiance. Par conséquent les clients seront plus enclins à se tourner vers des fournisseurs situés dans des pays où de telles perturbations ne se produisent pas et où les sources de production sont plus fiables. Délocalisation ou déréglementation
du travail C’est pourquoi beaucoup d’entreprises américaines ont délocalisé une partie de leurs usines et de leur main d’œuvre dans des pays comme le Mexique, Taiwan, la Corée, et bien d’autres endroits dans le monde. On constate que dans le secteur privé, le nombre d’adhérents aux syndicats en pourcentage de la main d’œuvre baisse aux Etats-Unis, en Europe, et même au Japon. Les syndicats sont de plus en plus repliés sur le secteur de production des biens manufacturés, où ils gardent un certain pouvoir. Avec le temps, les pressions de la concurrence vont obliger les entreprises confrontées à des syndicats intraitables de délocaliser leurs usines à l’étranger ; il n’y a pas d’autre alternative que les subventions massives du gouvernement pour compenser les coûts plus élevés. Et ceci représente un autre danger des syndicats. Ces derniers sont, par définition, des institutions politiques : ils doivent utiliser le pouvoir de l’Etat et le protectionnisme pour se protéger, à la fois sur les marchés intérieurs et extérieurs, de la concurrence et des entreprises non syndicalisées produisant à moindres coûts. Ils exercent une pression sur le gouvernement pour obtenir des subventions dans le but de soutenir leurs industries, ils encouragent des politiques fiscales conduisant à l’inflation, et recommandent des politiques nuisibles pour l’économie. La réalité économique nous prouve que le marché du travail doit être déréglementé. Si un pays prospère, le gouvernement ne doit pas offrir de protections spéciales ou de privilèges aux syndicats parce qu’ils ont un effet négatif sur la croissance économique. La Nouvelle Zélande a récemment réécrit son code du travail et désormais les syndicats n’ont plus autant de pouvoirs. La Nouvelle Zélande avait peu de choix : son économie stagnait et la concurrence qu’elle rencontrait de la part des pays du Pacifique était intense. A l’avenir, d’autres pays vont suivre nécessairement l’exemple de la Nouvelle Zélande. Mais ce sont ceux qui l’auront fait le plus tôt qui obtiendront un avantage compétitif sur les autres.
[1] James T. Bennett est professeur d’économie à l’université George Mason (Virginie). Il est spécialiste dans les domaines liés à la politique économique, la bureaucratie et de façon plus générale la décision publique. |