1996 : l’état du modèle suédois par Ingemar Stahl[1]

L'essentiel dans : Jacques Garello, En finir avec le chômage, Numéro spécial de la Revue des études humaines, 1996, pp. 41-43.


Le modèle suédois a fait faillite.

Une fiscalité élevée, des transferts sociaux et des «droits acquis» considérables ont finalement dissuadé les Suédois de travailler.

Jusqu’en 1990 le dopage de la croissance par le gonflement des dépenses publiques et la création d’emplois de fonctionnaires ont pu faire illusion. Aujourd’hui la dette accumulée est considérable. Il faut libérer le marché du travail si l’on veut retrouver la croissance et résorber un chômage qui en fait approche les 20%.

La  Suède a été célèbre pour sa politique de plein-emploi et jusqu’en 1990 le taux de chômage était approximativement de 1 à 2%. Nous avons maintenant un chômage “apparent” (open) de près de 8 %, auquel il faut ajouter les 4 ou 5 % correspondant aux programmes sociaux de lutte contre le chômage, de sorte que le chômage réel est de près de 20 %.

Pourquoi la Suède a-t-elle eu d’aussi bons résultats jusqu’en 1990 ? Il y a eu création incessante d’emplois publics alors que les emplois dans le secteur public n’ont connu aucune augmentation. Les déficits et la dette publique se sont gonflés en conséquence. D’autre part, on avait surdéveloppé l’investissement immobilier grâce à des taux d’intérêt réels négatifs, du fait d’une inflation très rapide (1 DM qui valait 1,25 CS en vaut maintenant 4,53). Aujourd’hui ce soutien artificiel de la croissance n’est plus possible.

Parmi les réformes qui s’imposent, il doit y avoir par priorité celle du marché du travail, aujourd’hui cartellisé par les syndicats (y compris au niveau européen). Il faudrait libérer les travailleurs du cartel syndical, et autoriser chaque individu à négocier de façon autonome son contrat de travail. Il faut ensuite alléger la fiscalité qui pèse sur les entreprises, il y a pénurie d’entrepreneurs en Suède. De façon générale la fiscalité est démotivante. Un salarié suédois moyen paye entre 60 et 75 % de son revenu en impôts directs. Les individus n’ont aucun intérêt à travailler davantage contre des revenus monétaires : ils réduisent leur activité ou travaillent au noir ou travaillent pour eux-mêmes.

Enfin, le niveau des allocations versées à divers titres est tel que les gens préfèrent  être subventionnés plutôt qu’employés. Voici par exemple une large majorité de Suédois qui partent en préretraite à 55 ans ; voici des gens logés gratuitement ou pour un loyer dérisoire s’ils sont sans ressources salariales, voici des Suédois qui abusent de “l’assurance maladie”. Le chômage suédois, c’est donc essentiellement la rançon de l’Etat Providence, de la réglementation, de la fiscalité.


[1] Ingemar stahl est professeur à l’université de Lund (Suède). Il a mené des recherches appliquées sur l’effet de l’économie du bien-être et de l’état providence dans les domaines de l’éducation, la santé, la politique du logement. Plus récemment, il s’est intéressé à la théorie du Public-Choice et l’analyse institutionnelle.