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CHOMAGE :
« LA ROUTE DE L’ESPOIR EST OUVERTE »
C’est Jean-Pierre RAFFARIN
qui s’exprime ainsi, en commentant les derniers chiffres du chômage. Aux
yeux du Premier ministre, la stabilisation du chômage ce mois-ci lui donne
quelque raison d’espérer. Nous ne partageons pas les illusions de J.P.
RAFFARIN et les statistiques du chômage nous semblent au contraire obscurcir
encore l’horizon économique français.
UNE HAUSSE DE 5,1% EN UN AN
En apparence, la situation s’est
stabilisée en septembre, puisque le nombre de demandeurs d’emplois est
resté presque inchangé, à 2 278 800, soit à peine 700 chômeurs de plus
que le mois précédent. Mais la hausse est néanmoins de 5,1% en un an :
le chômage continue donc d’augmenter à long terme. Notons toutefois que
ces statistiques, qui portent sur la catégorie 1 des demandeurs d’emplois
inscrits à l’ANPE, excluent depuis quelques mois ceux qui ont travaillé
plus de 78 heures dans le mois. Or, sans ce toilettage statistique, le
nombre de demandeurs d’emplois serait de 2 678 200, soit 400 000 de plus.
Bien entendu, cela ne concerne que les personnes immédiatement disponibles,
cherchant un travail à durée indéterminée et à temps plein. En d’autres
termes tous ceux qui cherchent un contrat à durée déterminée ou un travail
à temps partiel sont exclus de ces statistiques ! Sans cela, le chiffre
serait considérablement supérieur.
Si l’on s’intéresse au taux de chômage,
la situation est également stable en septembre, avec 9% de chômeurs par
rapport à la population active. Mais ce qui compte ici, ce sont les comparaisons
internationales. Or ici la situation de la France est loin d’être favorable.
Tout d’abord, si l’on regarde l’ensemble de l’OCDE, c’est à dire les économies
de marché développées, le taux de chômage moyen est actuellement de 6,9% :
la France est donc plus de deux points au dessus.
Mais la comparaison est plus inquiétante
par rapport à certains pays. C’est d’abord le cas de la Grande-Bretagne,
où nous avions signalé ici même il y a quinze jours que le taux de chômage
était tombé à 3,1% de la population active. Même si l’on corrige ces données
pour les rendre homogènes et comparables d’un pays à l’autre, le taux
de chômage anglais reste faible à 5,1% soit quatre points en dessous de
celui de la France.
DES COMPARAISONS INTERNATIONALES ACCABLANTES
Comparaison intéressante aussi par
rapport aux USA, où, à en croire les médias français, la situation ne
cesse de se dégrader. Cela n’empêche pas le chômage américain de se situer
à 5,7%, bien en dessous du nôtre, mais aussi de la moyenne de l’OCDE.
De même, le Japon, qui est en mauvaise posture économique et en pleine
récession et qui a commis de nombreuses erreurs de politique économique
et en particulier monétaire, reste avec un taux de chômage de 5,5%. On
sait en revanche que la situation est très dégradée en Allemagne, en raison
en particulier de la mauvaise situation des lander de l’Est. Toutefois,
même si le taux de chômage y est élevé, à 8,3%, calculé en données standardisées,
il reste prés d’un point en dessous du nôtre. Bref, au total la comparaison
n’est guère en faveur de la France et aucun grand pays n’a autant de chômage
que nous. Parmi les pays plus petits, il n’y a guère que l’Espagne et
la Finlande qui fassent moins bien que nous. Nous avons donc ici la troisième
plus mauvaise performance européenne. Nous ne voyons pas où J.P. RAFFARIN
trouve des raisons d’espérer. Ne parlons pas de l’avenir, puisque les
prévisions, pourtant très prudentes, de l’INSEE, font état d’un taux de
chômage d’au moins 9,3% de la population active en décembre, donc en hausse
sensible par rapport à septembre (9%).
QUI EST CHOMEUR ? POURQUOI ? POUR COMBIEN DE TEMPS ?
Si l’on regarde maintenant le chômage
français dans sa structure, on ne trouve guère non plus de raison d’être
optimiste. Le chômage des jeunes par exemple est en hausse de 0,9%. Un
jeune actif sur quatre est au chômage. Pourquoi ce surchômage n’existe-t-il
pas en Allemagne ? Que dire des problèmes de formation en France,
ainsi que du rôle négatif du SMIC qui joue comme un véritable élément
d’exclusion des jeunes non qualifiés du marché du travail ?
En un mois, 367 800 nouveaux demandeurs
d’emplois se sont inscrits à l’ANPE, dont une grande part à la suite d’un
licenciement économique (en hausse de 11,2% en un an), d’une fin de contrat
à durée déterminée (+ 10%). Les sorties de l’ANPE sont au contraire en
repli sensible et s’expliquent en grande partie par un « nettoyage »
des fichiers : en un an, les radiations administratives ont progressé
de 72,8% et pour le seul mois de septembre 32 076 personnes ont été ainsi
éliminées des statistiques.
Signe encore plus important de dégradation :
la durée du chômage augmente, s’aggravant de 2,1%. La durée moyenne du
chômage est de l’ordre de dix mois. La comparaison est accablante avec
les Etats-Unis où la durée du chômage n’est que de quelques semaines.
Les Américains connaissent donc avant tout un chômage de mutation, lié
aux frictions du marché du travail et au temps normal de recherche entre
deux emplois ; la France connaît au contraire un chômage de longue
durée, donc beaucoup plus structurel.
Faut-il s’étonner de cette situation ?
La plupart des pays étrangers ont fait un effort de flexibilité sur le
marché du travail. Nous avons accentué les rigidités, depuis les 35 heures
jusqu’aux licenciements rendus plus difficiles : nous en payons le
prix. Nous ne voulons pas non plus voir en face les problèmes de coût
de la main d’œuvre, le poids excessif des charges sociales et le niveau
trop élevé du SMIC pour les travailleurs les moins qualifiés. Enfin il
faut évoquer les rigidités fiscales, administratives et sociales qui découragent
les entrepreneurs et empêchent la création d’emplois. M. RAFFARIN se trompe :
la route de l’espoir ne sera pas ouverte tant que le gouvernement français
refusera les mesures de libéralisation du marché du travail et de réduction
des impôts et des charges.
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