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Peut-on réformer les politiques ? |
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L’essentiel dans : Jacques Garello, En finir avec
le chômage, Numéro spécial de la Revue des études humaines, 1996,
pp. 102-106. Le politicien privilégie ce qui se voit, c’est-à-dire les résultats immédiats. Il néglige ce qui ne se voit pas, les effets pervers des diverses mesures qu’il prend, l’accumulation de la dette publique. Le politicien est prisonnier
des groupes de pression, à moins que
l’opinion publique ne se lasse de l’Etat Providence et veuille en venir
au marché. |
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Toute mon intervention a pour base la différence entre intentions et résultats. Elle justifie le travail de l’économiste. En effet, si les résultats suivaient les intentions, il n’y aurait rien à étudier. Les bonnes intentions seraient suivies de bons résultats et les mauvaises de mauvais résultats. Je voudrais aussi insister sur ce qui oppose les économistes aux politiciens. Ce qui est rationnel pour un politicien ne l’est pas forcément pour l’économiste. Il est courant d’entendre aujourd’hui dans le milieu politique que le chômage est un problème européen. Ils sous-entendent ainsi qu’avec un taux de chômage de plus de 11 % - soit deux fois plus que celui des Etats Unis - le chômage européen a besoin de solutions européennes. En fait, je ne suis pas d’accord avec cette démarche. Si vous regardez plus attentivement les taux de chômage des pays qui constituent l’Union Européenne, ils sont très largement différents, allant de 4,5 % en Suisse, à plus de 20 % en Espagne. Ils varient même entre régions d’un même pays, entre secteurs d’activité, entre hommes et femmes, entre jeunes et plus vieux. Ceci nous prouve que le chômage n’est pas un problème macro-économique supra-national. C’est en réalité un problème micro-économique qui doit être résolu au niveau national. Quand je dis que le chômage est la conséquence de l’action gouvernementale de destruction d’emplois, ce n’est pas parce que les gouvernements sont animés de mauvaises intentions. Au contraire, nos gouvernants ont d’excellentes intentions. Par exemple, dans la plupart des pays, et en particulier dans le mien, les politiciens sont convaincus que les salariés représentent la partie la plus faible dans la négociation du contrat de travail. Et de ce fait, ils doivent être protégés des licenciements arbitraires. C’est pourquoi il est très difficile de licencier du personnel en Italie, c’est même plus difficile que de divorcer. Mais en limitant les possibilités de licenciements, on décourage aussi les possibilités d’embauches, parce que les décisions d’embauches sont par nature incertaines. On ne sait jamais par avance si la personne embauchée conviendra au poste. Si l’employeur sait qu’il ne doit pas commettre d’erreur - parce qu’il ne peut pas licencier facilement - il embauchera moins. Son nombre d’employés sera stable, mais le nombre d’embauches sera limité. En rendant l’emploi plus stable, on rend aussi la durée de chômage plus stable et donc plus longue. Presque la moitié des chômeurs en Europe est sans emploi depuis plus d’un an. Ce chiffre est de 11 % aux Etats Unis, et de 70 % en Italie. Cette situation est simplement due au fait qu’il est devenu difficile de licencier. Les politiciens ont d’autres bonnes intentions. En considérant la femme comme sexe faible, on a introduit des lois en faveur de la protection des salariés féminins. L’intention était bonne, cependant dans mon pays les allocations pour maternité et autres aides ont rendu la main d’œuvre féminine plus coûteuse que la main d’œuvre masculine. Par conséquent, le taux de chômage est beaucoup plus élevé chez les femmes que chez les hommes. On a instauré aussi la non discrimination salariale entre individus occupant le même type de poste, quel que soit l’endroit où ils travaillent. Or les conditions de travail et de salaires que les régions riches peuvent se permettre ne conviennent pas aux régions pauvres. On a voulu aligner le Sud de l’Italie sur mêmes conditions de travail et de salaires du Nord. Dans ces conditions, il n’est pas surprenant que le chômage soit deux à quatre fois plus élevé dans le Sud que dans le Nord. Cette idée est très stupide. Si nous pouvions imposer à l’Inde les salaires de l’Allemagne, le taux de chômage serait énorme. Je suis aujourd’hui en campagne, et je tiens le même discours dans le Sud. Les gens comprennent. Ils préfèrent avoir un travail et être moins payés, au lieu d’être oisifs. Il y a aussi une autre cause de chômage, encore produite par de bonnes intentions, c’est le poids des prélèvements obligatoires qui grèvent les salaires. C’est une bonne intention de l’Etat Providence que de vouloir garantir une sécurité sociale. En Italie, le salaire net représente moins de la moitié du coût du travail. Si le coût du travail est de 100, l’employé ne touche en réalité que 49 ou 48. Si une entreprise décide d’embaucher, elle va payer une “pénalité” de 10.000 Francs pour chaque 10.000 Francs acquitté au salarié. Ceci décourage l’embauche. Que peuvent donc faire les politiciens ? Nous proposons que toute embauche supplémentaire nette soit exonérée de toute contribution sociale pendant trois ans. Par embauche supplémentaire nette, nous voulons dire toute augmentation du nombre d’employés par cette entreprise. Nos adversaires se demandent comment nous allons payer la différence. La réponse est très simple. Si ces personnes ne sont pas employées, alors elles ne paient pas ces taxes. Le gouvernement ne perd rien, que les personnes soient ou non embauchées. Les réglementations en matière d’environnement sont aussi un facteur d’aggravation du chômage. On considère l’homme comme un ennemi de la nature. L’homme est un danger pour l’environnement, donc on essaie de limiter son activité dans le but de protéger l’environnement. Par exemple, en Sicile, on a ouvert un immense parc naturel dans lequel on ne peut ni construire ni modifier des routes, des maisons, on ne peut pas développer d’industries, on ne peut pas changer les moyens de production agricole traditionnels, on ne peut donc pas développer le tourisme. Le résultat est que le chômage atteint 50 %. En réalité, on n’a pas créé un parc naturel mais un cimetière. “Ce qui se voit, ce qui ne se voit pas” La question que je me pose maintenant est pourquoi le gouvernement s’engage régulièrement dans la destruction d’emplois. La réponse se trouve dans le livre merveilleux de Frédéric BASTIAT intitulé “Ce qui se voit, et ce qui ne se voit pas”. En économie, toutes les politiques comportent des données invisibles. Derrière les intentions des politiciens, il y a des conséquences “qui se voient” et d’autres “qui ne se voient pas”. Ce qui est visible c’est que les politiciens veulent protéger l’emploi des femmes ; ce qui n’est pas visible, c’est le taux de chômage féminin élevé, etc. Ce contraste entre le visible et l’invisible explique les très grands déficits budgétaires. Mais personne parmi les économistes ne pense que l’on puisse promouvoir la croissance et l’emploi par un déficit du budget. Cependant, les dépenses budgétaires créent une “disymétrie” qui favorise la croissance des dépenses budgétaires elles-mêmes. Prenons l’exemple des avantages concentrés et des pertes réparties. Si on doit dépenser 55 millions de francs qui doivent se répartir en 55 bénéficiaires, chacun de ces bénéficiaires a une motivation d’un million de francs d’encourager cette proposition. Mais si le coût de cette proposition est répartie équitablement entre tous les français, chaque français paierait un franc. Donc ceux qui sont susceptibles de gagner, gagnent 1 million de francs, alors que les perdants ne perdent qu’un franc. De plus, étant donné la diffusion de l’information, ceux qui vont gagner savent exactement combien ils vont gagner s’ils soutiennent cette proposition - l’information vaut la peine d’être connue -, alors que ceux qui vont perdre limitent leur perte à un franc, et cela ne vaut pas la peine d’être informé. Finalement, les gouvernants sont tentés de prendre des mesures à effets positifs immédiats, dont les coûts sont laissés en héritage au gouvernement suivant. Et c’est particulièrement vrai en Italie où les gouvernements ont une durée de vie moyenne de 10 mois. La disymétrie veut dire qu’il y a une tendance à financer les dépenses de manière à répartir les coûts sur une grande partie de la population, et de différer le paiement de la charge financière. Un tel outil existe et il s’appelle le déficit. Le déficit est un impôt réparti sur toute la population. Il est invisible parce que pas tout le monde le comprend. Que pouvons nous faire ? Aujourd’hui nous devons satisfaire aux critères de Maastricht, dont le fameux critère qui concerne la réduction des déficits budgétaires. Mais faut-il le faire en augmentant les impôts ? On risque d’aggraver le chômage en Europe. Ceci est absurde du point de vue de la mise en ordre de la “maison publique”, et du point de vue de l’Europe. Si on dit aux gens qu’ils vont payer plus d’impôts à cause de Maastricht, alors ils vont en conclure que Maastricht n’en vaut pas la peine, et ils vont refuser de payer les impôts. Si on leur dit que la hausse des impôts va créer plus de chômage, alors ils seront davantage anti européens. Dans ce contexte, nous devons continuer à prêcher la bonne parole, comme nous le faisons tous actuellement dans ce colloque. Si nos idées sont acceptées par l’opinion publique, alors les politiciens suivront l’opinion publique. N’oublions pas que les politiciens voient la lumière quand ils sentent la chaleur. C’est ce que nous avons fait en 1994 quand nous avons créé un nouveau parti et que nous avons gagné. Et nous espérons que cela se reproduira. |