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La politique monétaire a-t-elle un effet sur le chômage ? |
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L’essentiel dans : Jacques Garello, En finir avec
le chômage, Numéro spécial de la Revue des études humaines, 1996,
pp. 93-97. L’inflation est pourtant capable de réduire le chômage à court terme, mais les efforts que l’on devra faire ensuite pour revenir à la stabilité monétaire seront encore plus coûteux en termes de production et d’emploi. A long terme, le taux de chômage est donc insensible à l’inflation. Il existe un taux naturel de chômage (NAIRU), qui a tendance à baisser actuellement aux Etats-Unis sous l’effet de la libéralisation de l’économie. Le choix des autorités monétaires françaises en faveur d’un franc rattaché au mark n’a pas été heureux, et a causé sans doute un ralentissement de la croissance. La politique monétaire anglaise a été bien supérieure. |
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Il existe peu de relations de long terme stables entre variables économiques réelles et nominales. En particulier ce qui nous intéresse ici est qu’il n’existe aucun arbitrage de long terme entre chômage et inflation - pas de “courbe de Phillips” de long terme. Si l’on étudie la relation chômage-inflation pour les Etats-Unis sur la période 1954-1994, on constate pour cette période une relation légèrement positive (mais non significative) entre taux de chômage et taux d’inflation. Chômage et inflation sont des problèmes fondamentalement indépendants qui doivent donc être traités par des politiques différentes - le chômage par des politiques de l’offre, l’inflation par la rigueur monétaire. Les évidences en faveur de cette position semblent suffisantes pour décourager toute tentative visant à réduire le chômage par une relance de la demande. Ces mêmes évidences devraient encourager ceux qui soutiennent que chômage et inflation peuvent être diminués grâce à une combinaison appropriée de politique économiques. Accroissement du NAIRU Mais l’histoire ne se termine pas là. Un changement dans les conditions économiques nominales peut engendrer des changements temporaires dans les conditions réelles. En particulier, une augmentation du taux d’inflation conduit habituellement à une réduction temporaire du taux de chômage. Nous trouvons une illustration de ce phénomène aux Etats-Unis, toujours pour la période 1954-1994. Pour cette période, nous observons une relation négative forte entre le taux de chômage et les variations du taux d’inflation. Dans le langage inélégant des économistes, cette relation est appelée fonction NAIRU. NAIRU, en l’occurrence, n’est pas un chef indien mais les initiales pour “Non-Accelerating Inflation Rate of Unemployment” (littéralement en français : le taux de chômage qui correspond à un taux d’inflation constant). En détaillant cette période, nous sommes conduits à un certain nombre d’observations et de questions : 1. Pourquoi le NAIRU a-t-il augmenté d’environ 2,4 points (passant de 5,15 % à 7,6 %) entre 1973 et 1977 ? Parmi les réponses plausibles nous avons : le premier choc pétrolier, la fin du contrôle des prix (excepté sur le pétrole), le coût engendré par de nouvelles réglementations sur l’environnement, les troubles politiques. 2. Pourquoi le NAIRU a-t-il perdu depuis 1977 environ 0,1 point de pourcentage par an ? Parmi les réponses possibles nous avons : les libéralisations progressives des prix et des marchés, les réductions du salaire minimum réel, de la part relative des travailleurs syndiqués, et de la volatilité des politiques monétaires. 3. Un seul paramètre est resté inchangé au cours de cette période, c’est l’effet à la marge d’un changement du taux d’inflation. Cet effet ne diffère pas sensiblement de moins l’unité dans chacun des échantillons, l’estimation obtenue ici étant légèrement supérieure aux estimations de ce même coefficient obtenues dans d’autres études. Ces résultats empiriques ont des conséquences importantes en terme de politique économique : une politique macro-économique visant à maintenir des taux d’inflation faibles n’a pas d’impact sur le taux de chômage. Cependant, le ralentissement de la demande que nécessite une réduction du taux d’inflation conduira à un accroissement du chômage d’ampleur identique (en terme de pourcentage). Les gouvernements peuvent être tentés, surtout à l’approche des élections, par une politique visant à réduire le chômage grâce à une stimulation de la demande ; mais ils doivent alors s’attendre à ce que la réduction du chômage soit temporaire et l’ accroissement de l’inflation durable. Le choix des institutions monétaires Le choix des institutions monétaires est important même si les politiques monétaires ne peuvent réduire le taux de chômage de long terme. Le choix des institutions monétaires importe car l’inflation, le chômage, les taux d’intérêt, la croissance de la productivité et les variations temporaires du chômage sont également des sujets qui nous concernent. Dans le cas de la France, l’issue la plus importante dans le domaine de la politique monétaire est de savoir s’il faut préserver le taux de change fixe entre le franc et le deutsche mark - la politique de “franc fort”. Ma conclusion est que la France a payé un prix élevé pour maintenir une parité fixe entre franc et mark. Votre gouvernement ferait mieux de faire ce qui est bon pour la France, plutôt que de soumettre la politique monétaire française à des paramètres qui conditionnent la valeur du mark. Au mois de septembre 1992, les gouvernements des pays européens périphériques avaient décidé de laisser flotter leurs monnaies par rapport au mark. La France n’a pas voulu. Il est donc intéressant de regarder les évolutions économiques de ces pays au cours des trois dernières années pour mesurer les effets de ces différents choix monétaires. Le tableau ci-dessous résume les changements - indice de la production industrielle, taux de chômage et taux d’inflation - constatés en France, et dans les grandes nations périphériques entre l’été 1992 et le printemps 1995 (les données pour l’été 1995 ne sont pas encore disponibles pour toutes ces nations). Changements dans les conditions économiques entre 1992 (3ème trimestre) et 1995 (2ème trimestre) Les leçons à tirer de cette expérience sont très claires. La France a connu une croissance de la production industrielle plus lente que celle des grandes nations ayant opté pour un taux de change flottant. Sa production a augmenté bien moins vite qu’en Finlande et en Suède et nettement moins vite qu’en Grande-Bretagne. Les autres indicateurs sont plus mitigés. Le taux de chômage a augmenté partout sauf en Angleterre. Le taux d’inflation a chuté partout sauf en Italie. Dans le cas de la France, le maintien d’une parité fixe avec le mark a été suffisant pour contenir l’inflation mais ce n’était pas nécessaire : la plupart des autres nations ont réduit leurs taux d’inflation d’autant, si ce n’est plus. Et le coût d’opportunité en termes de production a été élevé. Les prémices à la discussion sur le franc fort ont pu être faussées dès le départ. Il y a deux arguments très différents en faveur de taux de change fixes : en premier lieu, les bénéfices commerciaux qui accompagnent une diminution de la variance des taux de change peuvent être supérieurs à la perte de production qu’engendre l’impossibilité d’ajuster les taux de change. Cela n’a des chances d’être vrai cependant que si l’on considère des nations exposées à des chocs externes de même type. En second lieu, lorsqu’une banque centrale n’est pas capable de résister aux pressions inflationnistes qu’engendrent les décideurs politiques de son pays, elle peut parvenir à contrôler l’inflation en subordonnant sa politique monétaire à une monnaie plus forte. Quels qu’aient pu être les mérites de ces arguments en 1987, ceux-ci ne sont plus valides aujourd’hui. La fin de la guerre froide et la réunification de l’Allemagne ont conduit à une appréciation substantielle du mark (ainsi que des monnaies attachées au mark), alors que dans un même temps les Etats-Unis et le Japon traversaient une récession dont les conséquences étaient sévères pour les pays à forte exportation industrielle. En résumé, des pays sujets à des chocs très différents devront supporter des coûts d’ajustement plus élevés s’ils maintiennent des taux de change fixes. De plus l’indépendance fraîchement acquise de la Banque de France devrait mieux protéger celle-ci des pressions inflationnistes en provenance de la classe politique française. Votre gouvernement ainsi que la Banque de France feraient bien de maintenir une croissance lente et régulière de la demande domestique, quelle que soit l’évolution des conditions affectant les autres monnaies. Il y a de bons arguments en faveur du maintien d’un taux d’inflation faible : l’expérience des Etats-Unis, par exemple, indique qu’une inflation faible contribue à la croissance de la productivité. Il y a peu de bénéfices supplémentaires mais un certain nombre de risques à attendre d’un taux de change fixe avec le mark. Un franc fort ? Oui. Un Franc subordonné au mark ? Non. |