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Le crépuscule des politiques macroéconomiques dans une économie mondialisée
par Victoria Curzon-Price[1] |
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L’essentiel dans : Jacques Garello, En finir avec
le chômage, Numéro spécial de la Revue des études humaines, 1996,
pp. 89-93. D’ailleurs les politiques macro-économiques sont rendues impuissantes par la mondialisation des marchés financiers. Aussi les gouvernements se contentent-ils de mesures ponctuelles, constituant par exemple «le traitement social du chômage». L’Europe a des atouts à faire valoir dans le commerce mondial ; il suffirait que ses dirigeants rompent avec les illusions macro-économiques. |
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Un trait caractéristique des résultats de l’économie française qui la distingue des autres pays européens comparables est que, depuis le premier choc pétrolier, le taux de chômage n’a cessé d’augmenter. A l’exception de l’Espagne, de l’Irlande, et de la Finlande, la France a aujourd’hui le taux de chômage le plus élevé en Europe de l’Ouest, où le taux moyen est d’ailleurs environ le double de celui des Etats Unis et le triple de celui du Japon. Ajoutons que plus de la moitié des personnes sans travail s’inscrivent dans un chômage de longue durée (d’au moins un an). On est en droit de se demander si les politiques qui sont censées réduire le chômage ne sont pas une cause majeure du chômage. En effet, toutes les politiques menées depuis une vingtaine d’années sont fondées sur plusieurs idées : - l’idée que le marché libre ne peut offrir du travail aux personnes qu’à des salaires trop faibles, c’est-à-dire au prix d’une profonde injustice, - l’idée que le marché libre substituerait la machine à l’homme en raison du progrès technique, - l’idée que l’économie industrielle est si complexe qu’elle manque de souplesse pour s’adapter à de nouvelles situations. En particulier, les prix seraient donc trop rigides et cela provoquerait inéluctablement un chômage massif. Ces idées véhiculent une méfiance profonde à l’égard du marché et de la libre entreprise. Les hommes politiques qui les adoptent considèrent que l’Etat doit se substituer au marché en se faisant lui-même employeur (indirectement ou directement). La concertation sociale contre le marché On assiste à une profonde incompréhension du processus de marché et à une grave présomption, selon laquelle l’intervention de l’Etat serait plus clairvoyante, plus efficace, et plus juste que les “forces aveugles” du marché. Et de considérer qu’une bonne concertation entre le gouvernement, les entreprises et les syndicats permettrait la mise en oeuvre de politiques macro-économiques garantissant le retour au plein-emploi. On n’a toujours pas compris que le problème économique fondamental est un problème d’information, que le marché est un véritable processus de traitement de l’information, qu’il parvient de ce fait à corriger les erreurs le plus vite possible, tandis que les politiques macro-économiques “éclairées” enfoncent les activités économiques dans l’erreur. Prétendre que la politique macro-économique keynésienne favorisée par la concertation sociale est apte à résorber le chômage n’est qu’une tromperie. La concertation sociale n’obéit pas à quelque rationalité économique que ce soit. Elle répond à des objectifs électoraux. Les politiques macro-économiques qui en découlent s’inscrivent dans un processus de décisions politiques qui n’a rien à voir avec le processus de marché. En d’autres termes, le problème est que le marché économique s’est amplement “politisé”. Se nourrissant de lui-même, le processus de décision politique a suscité toujours plus de politiques de régulation macro-économique. Cela signifie aussi que la “crise” que nous connaissons aujourd’hui n’est pas une crise de l’économie de marché, comme on voudrait nous le laisser croire. Elle est le résultat de l’omniprésence du processus de décisions politiques. Les politiques macro-économiques keynésiennes ne peuvent pas apporter de solution au problème de l’emploi qui, par essence, peut être résolu par la libre-entreprise. Pire encore, elles sont une cause majeure des difficultés économiques présentes. Les relances budgétaires L’on pense que le gouvernement est apte à réduire le chômage lorsqu’il finance de “bons programmes” (constructions d’autoroutes, etc). S’il dépense par exemple 15 milliards de francs et si les entreprises concernées augmentent leurs embauches de 100.000 personnes, on considèrera que c’est une grande victoire. Mais comment l’emploi dans les autres branches d’activité est-il affecté ? Les effets négatifs sur l’emploi lui-même sont en réalité importants mais moins visibles parce qu’ils s’étendent sur des centaines de milliers d’employeurs (moyens et petits) qui vont être inéluctablement touchés parce qu’il faut financer les 15 milliards : les augmentations d’impôts, l’augmentation des taux d’intérêt et l’inflation qui érodera le pouvoir d’achat se répercuteront défavorablement sur l’emploi. L’inclination à la dépense publique provient du caractère immédiatement visible des emplois créés, tandis que les emplois perdus à travers les différentes branches d’activités ne sont pas imputés aux dépenses du gouvernement. Il est pourtant frappant de constater que dans la longue période l’augmentation démesurée des dépenses publiques s’accompagne d’une augmentation du chômage. Il est en réalité impossible d’attendre un résultat favorable émanant de la politique budgétaire keynésienne, car chaque branche de l’activité économique finit par se trouver endommagée. L’accroissement considérable des dépenses publiques s’explique conjointement par l’extension du système de protection sociale et par l’accumulation des interventions de l’Etat. Dans les deux cas, on a débouché sur une situation où l’on consomme plus de ressources qu’on en crée. La création de richesses décline, et l’emploi également. Beaucoup ont prétendu qu’il fallait imputer la dégradation de l’emploi non pas à la politique budgétaire mais plutôt à la politique “monétariste” du Franc fort. Le franc fort Le monétarisme est supérieur au keynésianisme parce qu’il est très respectueux des mécanismes de marché. Mais la politique monétaire française des dernières années n’a rien à voir avec le véritable monétarisme. La crédibilité des pouvoirs publics ne s’acquiert pas seulement en contrôlant la quantité de monnaie de façon rigoureuse, mais aussi sur d’autres fronts, en libérant les initiatives. D’une part, pour les monétaristes, le taux d’intérêt est un prix qui doit librement se déterminer par la loi de l’offre et de la demande. D’autre part, la proposition monétariste de monnaie forte n’a de sens que dans un système de changes flexibles (ou flottants) car, une fois encore, le taux de change est un prix qui doit librement se former. Vouloir fixer le taux de change est un artifice qui a le plus souvent un caractère politique et dont les répercussions sur l’activité économique sont loin d’être négligeables. Même si la politique monétaire française, directement préoccupée par la réalisation de l’unification monétaire européenne, est engagée depuis janvier 1994 sur une cible de progression annuelle de 5 % de l’agrégat M3, c’est toujours le “pragmatisme” qui prévaut. La cible privilégiée reste le taux d’intérêt. Mais les deux cibles sont incompatibles. La seconde, d’obédience keynésienne, entraîne des distorsions dans les mécanismes de marché, quand ce n’est pas un rejet du processus de marché. C’est pour cela que le Franc français est faussement fort. La France est toujours une “économie d’endettement” où la vérité des prix des fonds prêtables n’est pas plus respectée que la vérité du prix du travail. La politique monétaire ne crée pas d’emplois D’aucuns considèrent pourtant qu’un peu plus d’inflation serait bénéfique pour l’emploi. Certaines thèses pro-keynésiennes soutiennent que la stabilité des prix est trop coûteuse en pertes de production (potentielles, ou même permanentes en raison de l’effet d’hystérésis). Peut-on admettre qu’une inflation “modérée” est préférable à la stabilité des prix ? Outre le fait que le terme “inflation modérée” est très ambigü sur le plan scientifique, les divers arguments avancés ne sont pas du tout convaincants. Agir sur les taux ? Ce qui est le plus à redouter, c’est le caractère sournois et trompeur de ces politiques qui viseraient à illusionner provisoirement les acteurs de la vie économique (salariés et entrepreneurs). Il est bien difficile d’admettre que la politique monétaire soit un facteur approprié pour traiter les problèmes qui se posent au marché du travail (comme les frictions du marché ou la sous-optimalité du taux naturel de chômage). En réalité, ces problèmes sont surtout dus à la fiscalité et la parafiscalité qui se rattachent aux salaires. Les taxes sur les salaires, les impôts sur les revenus, les charges sociales, les allocations chômage, le salaire minimum, “punissent le travail et le tuent” (E. PHELPS). En 1994, pour combler le déficit public, la France a relevé l’impôt sur le revenu de 10 % et le taux de chômage a augmenté de 1 point, s’élevant ainsi à 12,6 %. Le mouvement vers un taux de chômage plus élevé s’explique davantage par un déplacement du taux naturel de chômage que par un glissement le long d’une courbe de PHILLIPS dû à une désinflation de type monétariste. Qu’elle agisse par le canal de l’”effet liquidité” ou par le canal du crédit, une politique monétaire “modérément” inflationniste n’a aucun effet probant. La réduction d’un point ou deux des taux d’intérêt ne serait certainement pas suffisante pour résorber le chômage que nous connaissons. Un taux d’intérêt réel élevé n’est d’ailleurs pas forcément quelque chose de néfaste pour l’économie. Nous avons connu des périodes où les investissements industriels ont baissé alors même que les taux d’intérêt réels ont été très bas, voire négatifs ; et inversement. La leçon la plus importante que l’on peut tirer, à la fois de l’observation des faits et de la théorie, est que le débat (actuel) sur le caractère plus ou moins élevé des taux d’intérêt n’est pas le bon débat. Agir sur les taux d’intérêt n’est pas la panacée. Il faut plutôt leur rendre leur liberté afin qu’ils reflètent la véritable rareté des fonds et qu’ils révèlent les activités les plus utiles et les plus efficaces. La nécessaire “transition” de l’économie française vers le marché Le problème du chômage en France est de nature institutionnelle. Il faut sortir du Keynésianisme et libérer le sens entrepreneurial. Au-delà même d’une politique de l’offre, certes nécessaire, il faut (r)établir les grands principes de fonctionnement normal du processus de marché. Il est urgent qu’un certain nombre de changements s’opèrent : 1 - Déréglementer l’économie afin de stimuler la concurrence et rendre les marchés flexibles. 2 - Alléger les entreprises des charges sociales qui ont un effet si restrictif sur l’emploi. 3 - Libérer le prix du travail. A l’heure actuelle, et depuis longtemps, le taux de salaire n’est pas le véritable prix du travail. Le véritable partage du travail est celui qui résultera du prix du travail, en liaison avec la productivité du travail. 4 - Privatiser les entreprises publiques, ce qui faciliterait le remboursement de la dette publique et diminuerait la pression et la manipulation des taux d’intérêt. 5 - Réduire les dépenses publiques, dont on a pu constater qu’elles ne sont qu’un leurre à l’égard de l’augmentation de l’emploi. 6 - Réduire la pression fiscale et parafiscale, ce qui aurait un impact non négligeable sur les prix relatifs et les incitations à l’effort au travail, à l’effort d’épargne, et à la réalisation des gains de productivité. Cela implique d’opérer la transition du système actuel de “sécurité sociale” vers un système authentique d’”assurances sociales”. 7 - Privatiser les banques et organismes financiers. 8 - Déréglementer les marchés des crédits et des capitaux afin de canaliser les flux financiers en fonction de la rentabilité des investissements et non selon des critères administratifs. Cela faciliterait la création de nouveaux produits financiers (par exemple des fonds privés de pension ou des comptes d’épargne-santé) et stimulerait l’épargne, facteur de croissance économique. 9 - Ne pas s’engager dans des accords intenables de parités fixes et laisser au marché des changes, c’est-à-dire au marché des monnaies, son véritable rôle : repérer les monnaies qui sont authentiquement bonnes et celles qui le sont moins. 10 - La privatisation des institutions bancaires et financières et la déréglementation de leurs opérations exigent une totale non-ingérence des pouvoirs publics dans la gestion monétaire. Dans ce but, le seul véritable remède ne peut-être qu’une privatisation de la banque centrale elle-même et, corrélativement, une dénationalisation de la monnaie. La privatisation de la banque centrale nous mettrait à l’abri du pire des monopoles : le monopole monétaire public. Ce serait un moyen de changer les idées sur le rôle du gouvernement dans une démocratie. En cette ère de libertés politiques, de globalisation économique et de mondialisation, il n’y a jamais eu de meilleure occasion pour promouvoir la décroissance de l’Etat et les vertus de la libre entreprise. |