ACTUALITE DE LA NOUVELLE LETTRE
DU 8 NOVEMBRE 2003 -
N° 770 :

LES 35 HEURES ONT ACCRU LES INEGALITES


L’INSEE vient de publier, comme chaque année, le « Portrait social » de la France, qui fourmille d’informations intéressantes. On y apprend par exemple que les revenus d’activités sont en perte de vitesse, mais que « le dynamisme des transferts sociaux a limité le décrochage du revenu disponible des ménages ». C’est ainsi que les prestations sociales perçues par les ménages ont augmenté de 5,1%, progression la plus forte depuis dix ans. Bien entendu, l’INSEE s’en félicite. 

Nous serons plus circonspects : que les Français gagnent moins par leur effort productif et plus par les mécanismes d’assistance est en soi inquiétant. Mais ce que l’INSEE oublie de préciser, c’est que de fortes prestations sociales signifient de forts prélèvements : ce que les uns ont gagné dans le grand jeu de la redistribution, les autres l’ont perdu. Parfois ce sont les mêmes qui perdent et gagnent à la fois… Plus inquiétant encore : cette hausse des prestations sociales s’explique avant tout par une progression de 13,6% des allocations chômage. Ce n’est pas le signe d’une économie en bonne santé.

Mais ce qui nous a semblé le plus intéressant, c’est que l’INSEE doit reconnaître que les 35 heures ont accru les inégalités. Nous avions déjà passé en revue, dans un article de conjoncture, tous les inconvénients des 35 heures, facteurs entre autres de chômage. Mais nous avions oublié celui-ci, que l’INSEE nous rappelle opportunément.

Pour les entreprises, l’accroissement du coût du travail, en raison des 35 heures, a été beaucoup plus lourd à porter dans les petites et moyennes entreprises que dans les plus grandes (or ce sont les PME qui créent le plus d’emplois). Le coût horaire de la main d’oeuvre de 1996 à 2000 a augmenté de 16,5% pour les entreprises de 10 à 49 salariés, de 15,6% pour celles de 50 à 249 salariés et même de 17,6% pour celles de 250 à 499 salariés. Ce n’est que pour les firmes de plus de 500 salariés, qui ont pu plus tôt bénéficier des réductions de charges et des aides, que la hausse a été faible : 1,2% seulement. En moyenne le coût horaire moyen a progressé de 10,4%. Inutile d’insister sur les effets dévastateurs de cette situation sur les entreprises petites et moyennes. Pour survivre, les entreprises ont diminué les effectifs et limité toute augmentation des salaires.

Pour les salariés, la réduction du temps de travail a accru l’écart entre hauts et bas salaires. « Entre 1996 et 2000, l’éventail des salaires s’est élargi vers le haut et resserré vers le bas ». C’est ainsi que tandis que les cadres de la finance voyaient leur rémunération augmenter de 16,4%, le salaire moyen des employés du secteur immobilier n’enregistre une hausse que de 3,5%. De plus, la proportion des salariés percevant moins de 1,2 fois le SMIC est passée de 22% en 1996 à 30% en 2000. La proportion de ceux qui sont rémunérés en dessous du SMIC est même passée de 7% à 12%.

Il n’y a pas de doute, comme le dit Madame AUBRY, les « 35 heures sont une grande mesure sociale » : elles créent du chômage et ceux qui ont la chance de conserver leur emploi et qui sont en bas de l’échelle des revenus ne peuvent accroître ceux-ci. Oui, c’est vraiment une mesure « sociale » et comme tout le monde s’accorde à affirmer que c’est aussi une catastrophe économique, la conclusion s’impose : conservons ces merveilleuses 35 heures. C’est un message que le Président, le gouvernement et le Parlement ont bien compris.