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CONJONCTURE DE LA NOUVELLE LETTRE
DU 11 OCTOBRE 2003 - N° 766 : |
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LA BATAILLE DES 35 HEURES |
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Le carcan des 35 heures L’histoire des 35 heures est d’une
grande banalité. Un gouvernement socialiste (et communiste) cherche
les moyens d’éloigner la France de l’économie de marché. Et il prend
pour cela des mesures très simples : il suffit d’imposer un carcan
quelconque, uniforme, valable pour tous les secteurs et toutes les entreprises,
à notre économie. Les 35 heures rentrent bien dans cette catégorie et
madame AUBRY savait parfaitement ce qu’elle faisait ; et elle l’a
fait. La suite est sans surprise : d’un
côté un surcoût gigantesque pour les entreprises, puisque les 35 heures
sont bien entendu payées 39 –l‘ancienne durée légale du travail. Et
comme c’est la faillite inéluctable de nombreuses entreprises, ce surcoût
est en partie compensé par l’Etat, c'est-à-dire par le contribuable :
on évalue ce coût des 35 heures à 13,4 milliards d’euros en 2004, soit
près de 100 milliards de francs. On conviendra que dans la situation
actuelle du budget, ce n’était pas une mesure très opportune :
elle s’est traduite par autant d’impôts supplémentaires et donc par
autant de destruction d’emplois dans le secteur privé : tout ce
qui a été payé en impôts. C’est autant qui n’a pas été dépensé dans
le secteur privé et le surcroît de charges diminue la compétitivité
et l’incitation à entreprendre. L’effet sur la gestion des entreprises
a été catastrophique. Les travailleurs ne sont pas interchangeables
et ce n’est pas parce que l’on réduit de 10% la durée du travail que
l’on va embaucher 10% de travailleurs en plus. Il y a de nombreux travailleurs
qui en raison de leur spécialité, de leur expérience, de leurs qualités
sont irremplaçables : les limiter à 35 heures va brider d’autant
la production, car personne ne pourra les remplacer, et va empêcher
l’embauche d’autres salariés, en créant artificiellement un goulot d’étranglement. Emplois fictifs ou chômage réel ? Le résultat de ces deux effets, c’est
que les 35 heures, loin de créer des emplois, ont créé du chômage par
un effet d’étranglement de l’économie française, par une rigidité artificielle
de l’offre. Certes l’INSEE vient de sortir un chiffre de 300 000
emplois créés comme un lapin du chapeau d’un prestidigitateur. Mais
ces emplois sont « fictifs » les effets pervers de cette mesure.
Par exemple l’effet sur les salaires : il est clair que les salariés
réduits aux 35 heures ne peuvent espérer une hausse du pouvoir d’achat,
alors que leur production diminue. L’effet sur la liberté individuelle :
celui qui voudrait travailler plus et gagner plus, pour financer par
exemple l’acquisition d’un logement, ou pour payer les études de ses
enfants, est empêché de le faire, puisque au delà des 35 heures la possibilité
de travailler plus est strictement limitée. Ne parlons pas des effets psychologiques
des 35 heures, avec en tête la dévalorisation du travail et la survalorisation
du non travail ; et en conséquence les phénomènes de démotivation
et le recours de plus en plus systématique à l’assistanat, puisqu’on
prend l’habitude de travailler moins et que l’Etat paie la différence ;
la perte du sens de la responsabilité et de la liberté individuelles,
puisqu’on ne peut plus choisir sa durée du travail ; la transformation
de la France « en un vaste parc de loisirs »; la perte
de compétitivité sur le plan international et donc la perte de marchés
intérieurs et extérieurs ; et la désorganisation de secteurs entiers
comme l’hôpital. Pas d’assouplissement, mais la suppression Faut-il rappeler que nous sommes parmi
les grands pays celui dans lequel la durée du travail est la plus courte,
et l’effort productif le plus faible ? Par exemple, le taux d’activité
des personnes de plus de 50 ans est l’un des plus faibles du monde.
Nous sommes en même temps le pays qui a le taux de chômage le plus élevé :
près de 10% désormais, contre 6% au Etats-Unis ou au Japon et 3,1% en
Grande Bretagne. Quant à la croissance, elle se traînera cette année
à moins de 0,5%, puisqu’elle est bridée par la rigidité de la durée
du travail. La première décision du nouveau gouvernement
aurait donc dû être l’abolition des 35 heures. M. RAFFARIN n’a pas osé,
M. FILLON et M. CHIRAC ne l’ont pas voulu ; on a donc conservé
les 35 heures. On a seulement cherché à assouplir les lois AUBRY :
c’est ainsi que le nombre maximum d’heures autorisées au delà des 35
heures est passé de 130 heures supplémentaires par an à 180 : cela
représente environ 4 heures par semaine, soit une possibilité maximale
de 39 heures. Mais évidemment ces heures comportent un surcoût, ce qui
veut dire que cet assouplissement est insuffisant, coûteux, et n’a rien
à voir avec la véritable liberté de la durée du travail, telle qu’elle
existe dans tous les pays étrangers. Car bien entendu personne n’a copié
notre merveilleux modèle et le soi-disant assouplissement apparaîtrait
partout à l’étranger comme le pire des étatismes. Un an plus tard, où en est-on ?
Tout l’effet pédagogique qu’aurait provoqué la suppression des 35 heures
n’a pas eu lieu, puisque nul électrochoc ne s’est produit. Le gouvernement,
parait-il, à en croire certaines déclarations, est prêt à reconsidérer
le problème. Mais c’est la cacophonie : Francis MER, François FILLON,
Jean Pierre RAFFARIN ont chacun leur interprétation : adaptation,
aménagement, assouplissement ne devraient pas remettre en cause les
« acquis sociaux ». De leur côté, les députés réformateurs,
menés par Hervé NOVELLI, ont lancé une vaste offensive médiatique sur
ce terrain en exigeant en particulier une commission d’enquête parlementaire.
Tant mieux. H. NOVELLI a parlé clair en décrivant une « dérive
mortelle pour notre économie » et un « évaporateur de
croissance ». Peut-être les autres députés et le gouvernement le
suivront-ils sur ce terrain ? En attendant, voilà une année gâchée
pour l’économie française. Gâchée pour l’emploi, le pouvoir d’achat
et la liberté d’entreprendre et de travailler. |
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