![]() |
||
|
EN DEPIT DE LA BAISSE DU CHOMAGE, LA FACTURE DES 35 HEURES AUGMENTE Officiellement, les 35 heures sont une réussite, elles seraient même victimes de leur succès. Martine Aubry s'apprête à annoncer que les accords de réduction du temps de travail couvrent désormais plus de quatre millions de salariés. Ce chiffre en croissance continuelle – seuls 2,1 millions de salariés étaient aux 35 heures l'an passé – serait même en deçà de la réalité. En intégrant les très petites entreprises et les délais de comptabilisation des accords, quasiment cinq millions de salariés à temps complet seraient déjà aux 35 heures. La réduction du temps de travail serait effective pour 43,3% des salariés du privé (respectivement 58% ou 5% des salariés des entreprises de plus ou moins de vingt personnes). Conséquence mécanique, la facture s'accroît. Le gouvernement, qui s'est engagé à aider les employeurs jouant le jeu de la réduction du temps de travail, tablait à l'automne 1999 sur un coût annuel de 64 milliards de francs. En réalité, il semblerait que la facture 2000 avoisine les 72 ou 73 milliards. L'an prochain, les allégements de charge destinés à compenser le surcoût associé aux 35 heures seraient encore supérieurs aux prévisions. Ils évolueraient entre 85 et 95 milliards. Ces dérapages, combinés avec l'annulation par le Conseil constitutionnel d'une taxe de 10% sur les heures supplémentaires, fragilisent le schéma de financement des 35 heures. Dans ce contexte, l'on comprend mieux l'attitude des pouvoirs publics vis à vis des partenaires sociaux. A l'automne dernier, Martine Aubry avait demandé aux représentants des régimes de Sécurité sociale et de l'UNEDIC de l'aider. Ils étaient censé mettre à profit leurs trésoreries pour financer quinze milliards d'allégements de charges promis aux entreprise mettant en oeuvre les 35 heures. Les partenaires sociaux ont naturellement répondu à Madame le Ministre qu'il ne leur incombait pas de financer la politique gouvernementale et qu'il serait, de toute manière, illusoire de chercher à "alléger" le coût du travail en ponctionnant des régimes sociaux, eux-mêmes financés par des cotisations sociales. Ayant reçu une fin de non recevoir, Martine Aubry, experte en rapport de force, est revenue à la charge après d'être dotée d'une monnaie d'échange. Cet été, elle a refusé d'agréer le projet de convention UNEDIC en arguant qu'il instaurait un traitement du chômage à deux vitesses et que son financement n'était pas assuré. Il s'agit à l'évidence de prétextes : le projet de convention intègre nombre de propositions naguère qu’elle défendait ; son financement, garanti par les excédents de l'UNEDIC, est nettement moins problématique que celui de la plupart des programmes du Ministère de l'Emploi et de la Solidarité… En réalité, l'objectif de Martine Aubry est clairement de monnayer sa signature auprès des partenaires sociaux. Elle souhaite obtenir, d'une manière ou d'une autre, la quinzaine de milliards qui lui manquent. En refusant de ratifier la convention, ce qui est sans précédent, elle a fait monter les enchères. Soit la majorité réformiste accepte de faire du donnant-donnant, c'est-à-dire à d'aider financièrement la Ministre en contre partie de l'agrément du projet de convention UNEDIC. Soit les réformistes refusent le chantage financier, pratiquent la politique de la chaise vide ou quittent l'assurance chômage. Le gouvernement n'aura dès lors plus aucun mal à faire main basse sur les réserves financières de l'UNEDIC. Ainsi, l'épineux problème du financement de la réduction du temps de travail serait résolu. Mais à terme, le coût des 35 heures ne ferait que s'alourdir. Non contente d'avoir affaibli le dialogue social en imposant les 35 heures, Martine Aubry se transformerait en fossoyeur du paritarisme. Elle léguerait ainsi un champ de ruine à son successeur. Au moment où l'appareil productif tourne à plein régime et où les entreprises ont de plus en plus de mal à recruter, cet acharnement autour des 35 heures est de plus en plus anachronique. Au risque de vexer nos lecteurs Lillois, il est grand temps que Martine Aubry abandonne son ministère pour se consacrer à sa future campagne municipale. Mots-clés : Assurance chômage, Paritarisme, Sécurité sociale, Syndicats.
|