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III - REALITE HISTORIQUE DE LA REDUCTION DU TEMPS DE TRAVAIL
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A - La Loi des quarante heures et ses conséquences économiques
Dans
un contexte de hausse continue du chômage, les différents gouvernements
qui se sont succédés ont élaboré des plans en faveur de l'emploi, pour
la plupart inefficaces. L'idée de la réduction du temps de travail n'est
pas nouvelle. Elle avait déjà été adoptée et mise en œuvre en 1936 par
le gouvernement Blum, et en 1982 par le gouvernement Mauroy. Depuis lors,
l'idée d'une réduction du temps de travail généralisée à l'ensemble de
l'économie n'avait plus été évoquée par les responsables politiques français.
Le ministre du travail en 1992 déclarait que « Cette mesure était
dangereuse pour l'économie, néfaste pour l'emploi, inadaptée aux besoins
des entreprises et que cette fausse bonne solution devait être écartée
une fois pour toutes du débat social ». Ce ministre n'était autre
que Martine Aubry, actuelle ministre du travail initiatrice de la mise
en œuvre des 35 heures… « L'action
en faveur de la réduction du travail fait corps avec la doctrine socialiste,
depuis plus d'un siècle; il serait donc surprenant qu'elle ne prenne pas
sa place à une époque où le travail semble manquer. Ici encore, il s'agit
d'un raisonnement arithmétique ; le travail disponible doit être réparti
entre tous… » Cette
diminution du temps de travail, qui correspond à l'octroi de l'équivalent
près de deux mois de congé supplémentaire aura des effets désastreux sur
la production industrielle qui déclinera de 6% entre mai 36 et mai 38.
Si dans un premier temps, les effets sur l'emploi semblent être bénéfiques
(les établissements industriels et commerciaux de plus de 100 salariés
enregistrant une hausse de 10.6% de leurs effectifs), ces mesures ont
conduit à enregistrer un surcoût salarial proche de 20% et eurent pour
effet de limiter la production des entreprises. En juin 37, l'essor de
l'économie est brisé, le chômage partiel réapparaît (son taux passe de
12.1% fin 36 à 20% en 38). La contraction des investissements et la chute
de la production nationale conduiront à l'effet inverse recherché par
la loi, à savoir une hausse du nombre de demandeurs d'emploi. Devant cette situation, des mesures d'assouplissement
furent prises par le gouvernement Daladier qui avait pris conscience que
la réglementation sur la durée du travail était devenue un facteur de
blocage pour l'économie. Ainsi, dés le mois d'août 38, des facilités sont
accordées sectoriellement afin de permettre d'étendre la durée hebdomadaire
de travail au delà des 40 heures. Progressivement, la prolongation de
la semaine de travail jusqu'à 60 heures s'effectue pour toutes les entreprises.
L'effet sur la production est immédiat et conséquent puisque celle-ci
augmente de 20% en neuf mois. Le chômage partiel diminuera, l'inflation
ralentie et le pouvoir d'achat du salaire hebdomadaire sera augmenté de
5.8% dans la même période. Il ne faut pas non plus ignorer le passé vichysiste de
la loi. Le 13 Août 1940, le maréchal Pétain décrète une nouvelle loi qui
organise « la répartition du travail disponible entre le plus grand
nombre possible » grâce à « la limitation de la durée du travail ».
Ce texte est proposé à Pétain par René Belin, ancien secrétaire général
de la C.G.T., futur Ministre secrétaire d’Etat à la production industrielle
et au travail[6].
Jusqu'en
1968, il 'y a pas de véritable tendance généralisée à la réduction des
horaires (cf tableau INSEE suivant)
Source:
Ministère du travail, INSEE La
réduction hebdomadaire de travail n'a repris qu'à la fin des années 60,
c'est-à-dire lorsque les gains de productivité et le contexte de croissance
élevé ont permis de satisfaire à la fois les aspirations à une amélioration
du pouvoir d'achat des salariés et à une demande de plus de temps libre.
Elle s'est alors effectuée dans une optique de répartition des fruits
de la croissance que permettaient le niveau élevé de celle-ci. Ainsi,
à la suite des événements de mai 68, les accords de Grenelle qui en découlent
prévoiront la réduction progressive des horaires de travail en vue d'aboutir
à la semaine des 40 heures. La forte croissance qui caractérisaient les
années d’après guerre commence dès 1973 à se dégrader. La production chute
en 1975, et la croissance est irrégulière. Ces données conduisent à une
chute des investissements et à un ralentissement de la réduction des horaires
. Il faudra attendre l’ordonnance du 17 janvier 1982 pour remettre au
premier plan de la législation du travail la réduction du temps de travail
à l’ordre du jour. Dés
l’installation du gouvernement d’union de la gauche au pouvoir en 1981,
la question de la réduction du temps de travail comme solution au chômage
par l’intermédiaire d’une politique de partage du travail, refait son
retour en force. Les conséquences d’une telle mesure, en 1936, semblent
avoir été oubliées. Les
effets attendus sur l’emploi ne se sont pas réalisés (certains modèles
prévoyaient la création de plusieurs centaines de milliers d’emplois).
Ces mauvais résultats s’expliquent par le caractère imposé et généralisé
de ces mesures ainsi que par la compensation salariale intégrale qui a
conduit à une hausse des coûts salariaux pour les entreprises. D’autre
part, la baisse de la durée du travail a induit une perte de compétitivité
des entreprises, qui explique que l’effet sur l’emploi n’aura finalement
porté que sur la période 1982-1983 (le chômage n’augmentant que de 0.2
point). Au total, ces mesures ont joué négativement puisque 40000 emplois
ont été perdus[8]. |