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Les partisans de la réduction
du temps de travail sont sceptiques sur l’aptitude d’une économie de croissance
à créer des emplois.
A
- La remise en cause d’une croissance riche en emplois
Les
économistes qui proposent une réduction de la durée de travail et le partage
du temps de travail comme remède au chômage sont en général très pessimistes
sur la possibilité d’une réduction du chômage grâce à un regain de croissance.
Les arguments mis en avant sont généralement de deux ordres :
1 - La croissance
ne crée pas forcément des emplois :
C’est une remise
en cause de la loi d’Okun (du nom de l’économistes américain) qui « démontre »
qu’une réduction de trois points de l’écart entre le produit intérieur
brut et le produit intérieur brut potentiel entraînerait une réduction
de un point du chômage. Or cette loi tirée de l’observation est – bien
entendu – instable puisque tirée de l’observation empirique de données
économiques fluctuantes. On s’aperçoit qu’elle ne « marche plus »
dès le milieu des années 70 (à un même taux d’utilisation des capacités
de production est associé un taux de chômage de plus en plus élevé).
L’augmentation
de la production se fait de plus en plus sans hausse correspondante de
l’emploi car les délais de réaction (d’ajustement de l’emploi à une augmentation
de la production) sont très lents. En effet plus les capacités de production
seront inemployées, plus la reprise de la croissance sera lente à se traduire
en nouvelles embauches (produire plus sans embaucher fait augmenter la
productivité). Le taux de croissance de la production se décompose en
fait entre taux de croissance de la productivité et taux de croissance
de l’emploi. Les entreprises peuvent en premier lieu choisir, dans une
logique intensive, d’améliorer leur productivité en s’équipant mieux et
en réorganisant la production. Elles cherchent à faire des gains de productivité,
dans un souci de croissance compétitive. Mais les entreprises peuvent
aussi choisir de croître dans une logique extensive, en augmentant l’embauche.
Il est évident, et ceci est extrêmement important, que ce choix entre
les deux options est largement dicté par les coûts relatifs d’utilisation
des ressources humaines : s’il est très coûteux d’embaucher un salarié
parce que les charges attenantes au salaire sont très élevées, parce que
la loi ne permet aucune souplesse du contrat de travail (autorisation
administrative de licencier etc…), alors il y a fort à parier que le choix
de l’entreprise ne s’orientera pas vers la création d’emploi. Alors que
pendant les années 80, les Etats-Unis font reposer leur croissance sur
une croissance de l’emploi, les Etats européens et notamment la France
font reposer la leur sur une croissance de la productivité, au détriment
donc de l’emploi. Mais, ce n’est pas parce que la « France a décidé
que … », mais bien parce que les entreprises ont répondu à un environnement
juridico-économique largement imposé directement (par les contraintes
législatives) ou indirectement (par les effets pervers non attendus des
politiques économiques : inflation …) par les autorités politiques.
2
- La création d’emplois n’entraînerait pas forcément une réduction du chômage
Durant la deuxième moitié des années 80 plus de 700 000
emplois ont été créés en France et pourtant l’effet a été quasiment nul
sur la réduction du chômage. On retient comme cause de ce phénomène l’effet
du travailleur encouragé par une reprise de la croissance et qui était
en dehors de la population active. La France se caractérise en effet par
un taux de flexion de l’activité (nombre d’actifs nouveaux attirés sur
le marché du travail / nombre d’emplois nouveaux créés) assez fort (de
l’ordre de 30 à 40 %).
Le chômage d’inadéquation entre la nature des emplois
créés et la qualification des chômeurs est aujourd’hui considéré comme
une des causes principales du maintien d’un chômage élevé. Les théories
de l’appariement (« Job match ») montrent que souvent l’offre
et la demande ne peuvent se rencontrer parce que les « services »
proposés par les travailleurs ne correspondent pas aux services demandés
par les entreprises. Il y aurait un problème de « capital humain »
inadéquat aux besoins des entreprises. Il peut en effet paraître curieux
qu’avec un taux de chômage d’un peu moins de 10 %, des entreprises en
France ne trouvent pas de travailleurs. On comprend dès lors mieux le
souci des politiques de formation.
Cependant le fait d’insister sur la nécessaire adéquation
entre les désirs des entreprises et ceux des demandeurs d’emploi peut
conduire à une mini « dictature » de certains de ces derniers :
les assurances chômage et autres allocations sociales permettent de protéger
certains demandeurs d’emploi aux prétentions extrêmes, que cela soit en
matière de salaire ou de contenu des tâches ( A ce titre le « Plan
d’aide au retour à l’emploi » proposé par le Medef et deux syndicats
au début de l’été 2000 aurait permis de résoudre ce problème, mais le
gouvernement a préférer rester dans la politique politicienne et l’a refusé).
Ce phénomène a été d’autant plus accentué que les facilités universitaires
ont conduit à une inflation des diplômes. Or, les détenteurs de diplômes
estiment leur diplôme à sa valeur « faciale » ou « nominale »
et non pas réelle, ce qui conduit à des dysfonctionnements du marché du
travail. Les voies de garage universitaires permettent d’éviter le chômage
à la sortie du bac mais le favoriseraient encore plus à la sortie des
diplômes. Heureusement ce phénomène s’observe de moins en moins aujourd’hui,
et ce pour une raison qui est rarement notée : la décrue démographique.
Les premières générations du baby boom commencent à partir en préretraite,
et les générations nouvelles sont des générations « creuses »,
ce qui permet de rétablir un équilibre.
B
- La « solution » de la Réduction du Temps de Travail
La solution proposée par les socialistes consiste donc
à partager le travail disponible, comme un gros gâteau. Cette initiative
est à la fois économique et sociale. Dans une logique keynésienne, elle
tente en effet de réconcilier l’économique et le social, et même tente
de mettre le social au service de l’économique. En effet, partager le
travail disponible devrait permettre d’accroître l’emploi, mais aussi
de laisser plus de temps libre aux travailleurs. Plus de temps libre se
traduit sûrement par une meilleure qualité de vie, mais cela signifie
forcément aussi, plus de temps libre pour consommer. On sent derrière
cet argument la logique keynésienne de relance par la demande, ou plus
précisément ici par la consommation.
Dans les entreprises, la réorganisation du travail et
sa réduction pour chaque individu sont censées accroître la productivité
du travail, qui est un facteur de croissance économique. Parce qu’ils
travaillent moins les individus se sentent mieux, et travaillent donc
mieux. Mais ceci n’est pas forcément vrai partout et pour tout le monde.
Imaginez le sentiment de frustration pour ceux qui s’accomplissent au
travail en travaillant 60 heures par semaine. Tout cela pour expliquer
que voir la productivité des personnes comme uniquement fonction du temps
de travail est une vision un peu simpliste des choses. D’autres facteurs
entrent en jeu et bien souvent un nombre d’heures conséquent est capital
pour la productivité d’un individu. Tout dépend des personnes, des emplois,
des contextes. Rien n’est fixé d’avance.
Les économistes libéraux ou classiques se basent pour
la plupart sur la « loi de Say » pour expliquer comment le moteur
de l’économie se situe du côté de l’offre : ce sont donc les entreprises
qui permettent en premier lieu de créer des richesses et de redistribuer
des revenus, de telle manière que les « services s’échangent contre
des services » : la division du travail, expliquant et expliquée
par la spécialisation, permet au producteur de dégager un profit à partir
de la valeur du service qu’il crée et échange. Cependant rétorquent les
keynésiens, sans demande, il n’y aurait pas d’offre. D’où cette logique
de stimuler la demande pour faire « repartir la machine ». Mais
la demande ne peut pas être « construite » à partir de la distribution
de faux droits, auquel cas encore une fois ce que l’on voit serait en
fait compensé par des effets pervers que l’on ne voit pas.
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