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La stabilisation des chiffres
du chômage en France est due pour partie aux habiletés statistiques qui
permettent de masquer quelque 600000 chômeurs, pour partie à la croissance
lésée par la nouvelle économie. Les 35 heures n’y sont pas pour grand
chose.
Le gouvernement français, socialiste, a réussi à « faire
passer » l’hiver dernier la loi sur la réduction du temps de travail.
La loi dispose que la nouvelle durée légale du travail passe à 35 heures
au 1er Janvier 2000 pour les entreprises de plus de 20 salariés,
au 1er Janvier 2002 pour les autres. La durée annuelle du travail
ne doit pas dépasser 1600 heures. Les heures supplémentaires seront décomptées
à partir de la 36ème heure. Cependant certains accords prévoient
un aménagement du temps de travail sur l’année : les heures y seront
décomptées au delà de la 1600ème. La loi incite à changer les
modalités d’organisation du travail (modulation des horaires sur l’année,
réduction du temps de travail sous forme de jours ; temps partiels
…). La loi prévoit des allégements des cotisations patronales pour réduire
le coût du travail pour les bas et moyens salaires. Elle prévoit aussi
un dispositif de garantie de rémunération pour maintenir la rémunération
pour les salariés payés au SMIC bénéficiant de la réduction du temps de
travail. Cette politique
a pour but affiché de remédier au chômage, en « partageant le travail ».
Mesure populaire s’il en est, le « cadeau » des socialistes
aux salariés semble être accompagné lui aussi d’un cadeau de la conjoncture
économique aux socialistes eux mêmes : le chômage connaît une décrue
sans précédent. De là à faire le lien avec les trente cinq heures, il
n’y a qu’un pas.
Selon le gouvernement, au 22 mars 2000, la loi aura permis
28 000 accords, 180 000 emplois créés ou préservés et 3 125 000 salariés
concernés. Le gouvernement précise que ces chiffres sont minorés car ils
ne prennent pas en compte les passages à 35 heures par application directe
d’un accord de branche : ceux-ci seront connus ultérieurement par
les déclarations aux URSSAF pour le bénéfice des nouveaux allégements
de cotisations patronales. Toujours selon le
gouvernement 87 % des emplois correspondent à des créations d’emplois
et 13 % à des emplois préservés. En termes d’accords, 94 % seraient « offensifs »
(avec augmentation de l’emploi à terme) et 6 % « défensifs »
(sans réduction des effectifs). Le gouvernement précise que si la proportion
du nombre d’accord défensifs apparaît faible au regard du nombre total
d’accords, la réduction du temps de travail apparaît néanmoins comme un
levier majeur pour éviter des licenciements économiques. Depuis juin 1998,
les trois quarts des plans sociaux ont été accompagnés par une réduction
du temps de travail. 90 % des entreprises qui ont eu recours aux 35 heures
sont parvenues à éviter tous les licenciements (dans 56 % des cas, la
Réduction du Temps de Travail aurait suffit à elle seule, et dans 34 %
des cas, elle a été combinée avec d’autres mesures – préretraites, aide
au passage au temps partiel…)
Au 22 mars 2000
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Total
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Accords ouvrant droit
au bénéfice de l’aide incitative *
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Autres accords dans
le champ des allégements seconde loi
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Accords d’entreprises
hors champs des allégements **
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Emplois créés ou préservés
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179 430
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130 506
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30 104
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18 120
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Effectif concerné
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3 126 085
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1 666 316
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862 630
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597139
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Nombre d’accords
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27 977
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25 721
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2 250
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6
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(*)RTT <10 % d’emplois créés ou préservés ; ces
accords ouvrant droit au bénéfice des nouveaux allégements sur les bas
salaires.
(**) en raison du caractère de monopole ou des concours
prépondérant de l’Etat.
Source : Site Internet du Gouvernement français
La première remarque que l’on peut
adresser à ce bilan optimiste est qu’il n’est pas possible de savoir si,
sans la loi, les entreprises n’auraient pas embauché du fait de la croissance
économique. La vague de la nouvelle économie n’aurait-elle pas été la
cause de ce reflux du chômage ? L’autre explication est bien évidemment
démographique : l’arrivée sur le marché du travail de générations
creuses. Déjà le passage aux 39 heures avait divisé les économistes, mais
à l’époque, la plupart avaient été plutôt pessimistes concernant les effets
réels sur l’emploi de la mesure. L’autre bilan en effet n’est pas « visible ».
Les emplois créés ou préservés (si tant est encore qu’ils l’aient été
du fait de la loi) c’est ce qu’on voit. Les emplois détruits ou non créés
à cause des effets pervers de la régulation, c’est ce qu’on ne voit pas. En effet, il nous
faudra étudier la critique théorique de cette loi pour comprendre les
effets « qu’on ne voit pas » induits par cette nouvelle régulation.
Avant cela nous analyserons la dimension théorique des arguments en faveur
de la réduction du temps de travail, puis son historique.
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