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La
crise financière aura été l’occasion d’un grand bond en arrière, nous
ramenant aux années 1970 : c’est le grand retour de Keynes, de la
relance par la demande et de l’interventionnisme étatique. Pour certains,
ce serait même la fin du libéralisme, le retour à la régulation et à l’Etat :
les anciens marxistes mal reconvertis, les socialistes de gauche et de
droite, les écolos plus rouges que verts jubilent. Voilà que notre confrère
Les Echos, dans son supplément « Enjeux » de décembre, s’y met
à son tour : « Keynes, l’homme de l’année ». Il est clair
que Keynes est de retour. Mais c’est une erreur majeure et nous allons
la payer, sur-le champ, et longtemps. Il faudrait donc limiter les dégâts
dans la mesure du possible. La résurrection de Keynes Il y a eu une première
révolution keynésienne, avec la parution de La crise qui suit le
choc pétrolier donne à penser aux gouvernements. Jusque là, ils étaient
convaincus que l’inflation était une garantie de plein emploi, voilà que
l’on commence à observer tout le contraire : les pays les plus inflationnistes
sont ceux qui connaissent le chômage le plus lourd. On parle de « l’inversion
de la courbe de Phillips ». Tout le monde va désormais
porter attention aux économistes opposés à Keynes, qu’il s’agisse des
monétaristes (Friedman) ou des autrichiens (Hayek) ou des « économistes
de l’offre » (Laffer). Chefs d’états capables de rompre avec les
erreurs du passé, Ronald Reagan et Margaret Thatcher vont donner le coup
de grâce à Keynes : en 1980 Keynes était mort et bien mort. La crise
avait eu des effets salvateurs : vingt ans de croissance vont suivre. La crise actuelle offre
aux hommes politiques l’occasion de prendre leur revanche. Depuis deux
ans, les vieilles recettes keynésiennes qui avaient échoué partout et
montré leur inefficacité et leur nocivité reviennent en grâce et en force.
Ce
grand retour de Keynes peut être symbolisé par le numéro de décembre d’Enjeux
Les Echos. La photo de Keynes est en couverture et, en lettres énormes
un sous titre : « La fin du libéralisme ? », avec,
il est vrai, un point d’interrogation. A l’intérieur, l’éditorial d’Eric
Le Boucher, qu’on avait connu mieux inspiré, sous le titre « La revanche
de Keynes sur l’ultralibéralisme ». Un « retour en majesté » Dans
un pays où la dépense publique représente 54% du PIB, parler d’ultra-libéralisme,
c’est faire de la désinformation. Mais Eric Le Boucher ne manque pas d’arguments.
Il cite Alan Greenspan,
qui avouait qu’il avait commis « une erreur intellectuelle »
et que « le laisser-faire » (sic) auquel il avait cru pendant
quarante ans, la faculté des marchés à se corriger eux-mêmes, à avoir
toujours raison, était « une idéologie fausse ». Et Le Boucher
de souligner « Le retour en majesté de John Maynard Keynes ».
Presqu’en une journée, « l’énormité de la crise le rétablit ».
« La demande privée implose, l’Etat doit intervenir ». Les chefs
d’Etat se félicitent un an plus tard. « Ca a marché. Grâce à Keynes,
une réplique de la grande dépression a été évitée. Il est sans conteste
l’homme de l’année ». Certes, Le Boucher en
appelle au débat « entre les bons économistes ». Sous entendu,
le débat n’est pas clos. Mais le « dossier spécial » qui suit
(35 pages !) ne nous convainc guère : peu ou pas de libéraux
dans ce débat largement à sens unique et le seul libéral de service fait
surtout l’éloge de… Ricardo. Personne de l’ALEPS ou des nouveaux économistes,
bien entendu. Nous épargnerons à nos lecteurs le résumé de cette hagiographie
keynésienne. Le
seul point d’accord avec ce dossier, c’est le constat du retour majestueux
de Keynes. Encore nous faut-il préciser que le retour à Keynes s’était
déjà manifesté dans la classe politique bien avant la crise, et que le
keynésianisme était pour beaucoup dans la crise, à commencer par la politique
d’« argent facile » d’Alan Greenspan (avec des taux d’intérêt
maintenus artificiellement à leur plus bas niveau), par la banalisation
des déficits publics, et par la redécouverte des « vertus »
de l’Etat au prétexte de lutte contre le terrorisme. La crise des subprimes,
c’est Keynes, ce n’est pas l’ultra-libéralisme. Et le « stimulus »
d’Obama a soigné le mal par le mal : le déluge monétaire et le gouffre
budgétaire. Les
folies de la relance keynésienne La relance budgétaire
a eu une ampleur sans précédent : partout ou presque, des hausses
de dépenses publiques, au prétexte d’investissements ou plus souvent de
dopage de la consommation privée, sous forme de prestations sociales voire
de chèques directs. Dans tous les cas, on a atteint des déficits sans
précédent, comme plus de 12% aux Etats-Unis (la moitié du budget fédéral
est financé à crédit), autant en Angleterre, 141 milliards de déficit
en 2009 en France, portant la dette publique à 80% du PIB ; des charges
d’intérêt absorbant la quasi-totalité de l’impôt sur le revenu ;
et en France le gouvernement croit utile d’y ajouter un emprunt public
nouveau. On nage en plein keynésianisme. Jusqu’à quand ? Après un an de folie,
voici quelques timides retours en arrière. A l’inverse, la nomination
de Michel Barnier comme commissaire européen couvrant aussi la finance
ne laisse rien présager de bon. Le président Sarkozy a présenté cette
nomination comme une victoire de Nous venons de perdre 30 ans de progrès de la science
économique Les
folies keynésiennes ont d’ores et déjà un coût. Les déficits budgétaires massifs provoquent des besoins de financement
énormes. Comment les combler ? S’ils sont comblés par la monnaie
(politiques monétaires « non conventionnelles"), c’est l’inflation
assurée pour demain, et une nouvelle vague de chômage pour après demain,
car l’inflation désorganise toute l’activité économique, pénalise l’épargne
et l’effort et encourage la spéculation. S’ils sont comblés par l’emprunt,
l’effet d’éviction joue à plein et la relance est nulle, la diminution
des dépenses privées compensant la hausse des dépenses publiques. De plus,
il faut assurer le service de la dette, et peu à peu le marché financier
se méfie des emprunts d’Etat : le déclassement de l’Etat grec par
les agences de notation est un signe avant coureur : la signature
des Etats se disqualifie rapidement. Enfin, n’oublions pas
que Keynes négligeait le commerce extérieur, le protectionnisme étant
dominant à son époque. Or, nous sommes dans des économies ouvertes et
mondialisées. Et relancer a pour effet d’entraîner des importations massives
de produits étrangers. L’effet intérieur est nul. Déjà la relance Mitterrand
de 1981 avait relancé l’économie allemande. Les relances actuelles vont
bénéficier aux pays émergents dynamiques, exportateurs à bas prix. Tout cela semble avoir
été négligé par nos gouvernants. Face à la crise, ils se sont crus obligés
de faire quelque chose. De ce point de vue, le keynésianisme est bien
la providence de l’Etat providence : l’électeur aime recevoir des
choses gratuitement. Il est plus facile de dire « dépensez l’argent
qu’on vous donne gratuitement », plutôt que d’expliquer que la richesse
se crée par du travail, de l’épargne, de l’esprit d’entreprise, de la
liberté responsable. En réalité, les gouvernants
viennent de créer les conditions de déséquilibres durables qui pénaliseront
la vraie croissance. Keynes est bien l’homme de l’année, l’année de toutes
les erreurs, de l’oubli de la vraie science économique. Il n’a eu et n’aura
de succès qu’auprès des hommes politiques. Face à la crise, la meilleure
attitude de l’Etat aurait été de se désengager de son dirigisme, de ses
dépenses, de ne plus se mêler de la conjoncture et de laisser jouer le
marché. Tout au contraire, en ressuscitant Keynes, les politiques viennent
de nous faire perdre 30 ans de progrès de la science économique et de
nous préparer de sombres années. Jean-Yves Naudet
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