LE DYNAMISME DU PACIFIQUE ATTIRE LES Etats-Unis


La visite du président Obama en Asie n’est pas passée inaperçue et ses déclarations marquent un infléchissement sensible de l’orientation économique américaine, même si le basculement de l’Atlantique vers le Pacifique a commencé depuis des années. La réunion de l’APEC (Coopération économique Asie-Pacifique) a confirmé la volonté de créer dans cette région la plus vaste zone de libre-échange du monde. Cela ne manque pas d’interpeler la vieille Europe, empêtrée dans ses jeux politiciens et nostalgique de ses politiques communes, et protectionnistes, agriculture en tête. Le centre économique du monde se déplace vers le Pacifique et l’Europe déclinera si elle n’accepte pas de choisir la liberté. 


Obama, l’homme du Pacifique


Les déclarations du président Obama lors de sa tournée asiatique retiennent l’attention. Dès son arrivée au Japon, il a rappelé qu’il était né à Hawaï et qu’il avait vécu enfant en Indonésie (ajoutons que son demi-frère vit en Chine et a épousé une Chinoise). Et de préciser que « le Pacifique a contribué à forger ma perception du monde ». Pour lui, l’Europe n’est plus le centre du monde, et d’ailleurs il n’est pas venu aux cérémonies marquant la chute du mur de Berlin. Il avait raconté à une autre occasion qu’étudiant, il avait visité l’Europe, apprécié la beauté des monuments, mais qu’il y était comme extérieur : «  ce n’était pas mon histoire ».


Il a précisé sa pensée à Tokyo : « Les Etats-Unis sont nés dans les villes et les ports de la côte atlantique. Mais, pour bien des générations, nous sommes également une nation du Pacifique. Ce grand océan ne sépare pas l’Asie des Etats-Unis, il les relie. Ma propre vie est une partie de cette histoire ». Enfin, « il faut que chaque Américain sache que nous avons un intérêt dans l’avenir de cette région, car ce qui se passe ici a un impact direct sur nos vies ».


Au-delà de l’équation personnelle du président américain, il y a aussi la réalité économique. Lors de son passage en Chine, Obama a ménagé ses interlocuteurs, qui n’ont cédé sur rien, pas même sur la valeur artificiellement faible de leur monnaie. Obama a été plus que discret sur les droits de l’homme. Pourquoi ? Parce que, dans leur dérive ultra- keynésienne, portant déficits et dettes à des niveaux inégalés, les Etats-Unis ont besoin de la Chine pour assurer le financement de leurs dépenses publiques. Environ 900 milliards de dollars sont entre les mains des autorités chinoises. Que le robinet chinois se ferme, et le Trésor américain sera aux abois. Il ne peut compter sur l’épargne intérieure, quasi-nulle, pour prendre la relève des Chinois, et il ne restera plus qu’à faire tourner la planche à billets verts !


L’APEC : 50% du commerce mondial


Mais il n’y a pas que les finances publiques américaines qui ont besoin des Chinois. Les Etats-Unis veulent aussi bénéficier du dynamisme économique de cette zone asiatique du Pacifique. Avec plus de 8% de croissance du PIB en 2009, la Chine a à peine senti passer la crise et l’a surmontée aussitôt. Et ce n’est pas le seul cas dans la région. La reprise en Corée est spectaculaire ; tous les dragons d’Asie du Sud-est sont en plein boom. C’est ici, et pas dans la vielle Europe, que se fait la reprise mondiale, et que les échanges internationaux s’intensifient. C’est cette réalité incontestable qui pousse Obama vers le Pacifique, indépendamment de ses inclinaisons personnelles.


Voilà pourquoi il a été le premier président américain à se rendre à la réunion annuelle de l’APEC, en Indonésie. L’APEC existe depuis vingt ans et regroupe tous les pays du pourtour du Pacifique (21 au total) : la Russie comme les Etats-Unis, le Mexique comme le Japon, l’Australie comme la Chine, et ainsi de suite. Beaucoup de vrais poids lourds et dans la plupart des cas, des pays émergents, et en émergence rapide. Si l’APEC représente 40% de la population mondiale, elle représente surtout 50% de tout le commerce mondial et 51% du PIB mondial ; comment les Etats-Unis pourraient-ils s’en désintéresser ? Le centre du monde a longtemps été la Méditerranée ; puis l’Atlantique. Il est désormais autour du Pacifique. 


Le libre-échange, moteur du développement


Ce déplacement vers le Pacifique signifie aussi une nouvelle donne du commerce mondial, car le véritable objectif de l’APEC est de créer à terme une véritable zone de libre-échange. Mais, bien au-delà de la zone pacifique, c’est dans le monde entier que l’APEC entend mettre fin au protectionnisme. Il faut méditer ce qu’a déclaré le ¨Président chinois Hu Jintao devant Barak Obama : « Nos deux pays doivent s’opposer au protectionnisme et le rejeter ». Et le communiqué de l’APEC va exactement dans le même sens : tout faire pour rejeter le protectionnisme. Il n’y a rien d’étonnant à voir la Chine se faire le meilleur avocat du libre échange. Elle s’implante en Afrique où elle investit massivement, grâce à quoi ce continent a plus de chances de se développer qu’avec toutes les aides publiques qui lui ont été apportées, contribuant plus au développement que toutes les aides publiques vers ce continent. L’Inde elle-même, autre futur géant, pays en émergence rapide, mais qui ne fait pas partie de l’APEC, pense la même chose et mise, elle, sur le libre commerce des services. Si les autres pays du monde suivent, tant mieux, sinon, ce sera sans eux. Avec 50% des échanges mondiaux, on ne s’embarrasse pas des traînards.


La vérité économique percerait-elle enfin ? Tous ces pays ont compris que le développement et la croissance viennent non pas de l’aide des gouvernements, ni des ressources naturelles, mais du commerce mondial, « la meilleure forme d’aide » disait le Président Clinton, qui ne passait pourtant pas pour un ultralibéral.


Les conclusions de l’APEC s’imposent aussi aux Américains, qui continuent dans certains domaines de protéger leurs producteurs, avec des clauses « buy american » et des politiques monétaires de dévaluation du dollar. De la sorte, le cycle de négociations de Doha organisé par l’OMC devra s’accélérer sous la pression de l’APEC.


La seule et grande question qui se pose maintenant est la coexistence du libre échange mondial et le « retour de l’Etat » dans lequel les Etats-Unis et l’Europe se sont illustrés depuis la crise, et qui prend en Chine la forme des atteintes permanentes à la liberté politique, et notamment à la liberté religieuse. Assisterons-nous à une dynamique des libertés ? La concurrence mondialisée signifie aussi une réduction des secteurs publics, des charges fiscales et sociales, moins de réglementations, plus de droit à l’innovation, donc plus d’éducation et de formation : tous facteurs de liberté.  

L’Europe face à un choix crucial


Certes, certains pays européens peuvent entendre le langage de la mondialisation et de la liberté. L’Europe a des atouts à faire valoir. Elle a un capital humain, son PIB n’est pas négligeable, sa part dans le commerce mondial non plus. Mais elle risque d’être exclue, comme le laisse penser Obama quand il affirme que « la relation entre la Chine et les Etats-Unis va définir le XXI° siècle ». Elle le sera si d’une part elle ne tient pas compte de la montée de la zone Pacifique, si d’autre part elle oublie ses responsabilités dans la situation actuelle.


Si l’Europe de l’Est a à peu près compris les exigences de la mondialisation (par exemple en adoptant la flat tax, pour encourager l’offre), la vieille Europe préfère se regarder le nombril, discuter à l’infini de ses institutions politiques, qui ne font que freiner sa croissance, se disputer ou se répartir les places et revenir aux vieilles erreurs du passé. Combien de pays France en tête, ont-ils poursuivi la course folle des dépenses, des protections sociales ruineuses, des politiques communes paralysantes ? Le protectionnisme agricole et culturel des Européens est pour beaucoup dans le déclin relatif de l’Europe par rapport à la zone Pacifique.


Si l’Europe veut continuer à intéresser les Etats-Unis et à commercer avec eux, si elle veut attirer vers elle les pays émergents, si elle veut que les pays les plus pauvres se tournent vers elle pour entamer leur développement, elle doit abandonner les vieilles recettes du passé, en finir avec ce protectionnisme, notamment agricole, qui freine son développement, cesser de croire que le salut économique vient de l’Etat, en finir avec les régulations absurdes, accepter la concurrence, y compris pour ses universités. Il est vrai que le monde a changé. La question est de savoir si nous voulons nous transformer en musée nostalgique ou si nous voulons jouer à plein le jeu, exigeant, de la mondialisation. La tournée asiatique d’Obama a lancé un avertissement solennel aux Européens, ils doivent l’entendre.

Jean-Yves Naudet

Le 1er décembre 2009

         
 
  


 

 

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