VERS UNE NOUVELLE LIBERALISATION DU COMMERCE ?


Les débats sur la relance masquent l’essentiel et occultent les questions fondamentales, celles qui engagent l’avenir. L’une des plus importantes concerne la libéralisation du commerce international. En 1929, le protectionnisme avait été un des facteurs déclenchant de la crise et la fermeture totale des frontières dans les années trente avait considérablement aggravé la crise. En 2010, si l’économie redémarre, ce ne sera pas grâce aux plans de relance, mais grâce à la mondialisation. La question de la libéralisation du commerce est donc centrale et les négociations en cours au sein de l’OMC, comme l’attitude d’Obama, pèseront plus que toutes les politiques conjoncturelles.


La mondialisation empêche la crise d’être plus profonde

Pourquoi la crise ne s’est-elle pas propagée à tous les pays et n’est-elle pas plus grave ? Pourquoi sommes-nous en récession et pas en dépression ? En grande partie grâce à la mondialisation et aux échanges internationaux. C’est le commerce, non l’aide, qui a fait émerger les nouveaux pays industrialisés, de la Chine à l’Inde en passant par le Brésil. C’est la libéralisation au sein de l’Union européenne qui a provoqué sa prospérité et non les politiques communes. Ce sont les libéralisations du GATT, puis de l’OMC, qui ont permis la croissance de ces dernières décennies. C’est la mondialisation et l’ouverture des frontières qui empêche la crise d’être plus profonde. C’est une nouvelle libéralisation qui permettra de sortir plus vite de la crise et provoquera la reprise.

Or il se trouve que depuis des années, les projets de nouvelle libéralisation sont en panne. C’est au sein de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) que se passent les grandes négociations commerciales. Certes, nous connaissons toutes les faiblesses de ces grandes organisations internationales bureaucratiques et dévoreuses de crédits. En outre, elles sont dirigées par des socialistes : pour l’OMC, il s’agit d’un Français, Pascal Lamy, que nous avons récemment critiqué, pour avoir réclamé une « régulation contraignante ». Mais il n’empêche que pour l’instant l’OMC a été dans la bonne direction sur le plan strict qui est le sien, celui de la libéralisation du commerce.


Le cycle de Doha en panne

Les négociations actuellement en panne font partie de ce que l’on appelle le cycle de Doha. Pourquoi ont-elles échoué depuis des années ? Parce qu’on avait fait le plus facile (la libéralisation des produits industriels) et laissé de côté ce qui fâchait (l’agriculture). De nombreux pays émergents (dont le Brésil) ont refusé de baisser leurs barrières face aux produits industriels d’Occident, tant que nous refusions d’en finir avec notre protectionnisme agricole. La PAC en Europe, les subventions du coton aux USA, le riz subventionné à plus de 700% au Japon sont aux yeux des pays en développement l’expression de l’égoïsme des pays riches. Mais c’est aussi un mauvais calcul car ce sont les consommateurs européens et américains qui sont pénalisés.

Ce qu’il faut comprendre, c’est que les pays en développement nous reprochent notre protectionnisme et non notre soi-disant libéralisme. C’est parce que l’Occident (France en tête, tant le lobby agricole y est puissant) refuse d’ouvrir son agriculture que l’accord ne s’est pas fait. Résultat : en contrepartie de ce refus occidental, les pays en développement n’ont pas assez ouvert leur marché à nos produits manufacturés. Il est donc urgent de relancer les négociations de libéralisation et la crise actuelle rend cette urgence encore plus grande. Voilà pourquoi Pascal Lamy vient de suggérer une reprise des négociations, avant même que la nouvelle administration américaine ne se mette en place. M. Lamy considère qu’il a reçu mandat lors de la réunion du G20 de parvenir à un accord préliminaire à la conclusion du cycle de Doha. Il ne cache pas qu’il veut prendre de vitesse la future administration US, de peur qu’un Congrès désormais dominé par les démocrates soit plus protectionniste.


Sortir de la crise grâce à une nouvelle libéralisation des changes

Mais il n’y a pas que l’obstacle américain, et on sent d’ailleurs Obama hésitant : sa campagne a eu des relents protectionnistes. Il a semblé depuis mettre de l’eau dans son vin : c’est ainsi que les Canadiens ont eu peur qu’il remette en cause l’ALENA (Accord de libre échange nord-américain), jusqu’au moment où l’ambassadeur sortant US au Canada a affirmé que ce n’était « qu’une rhétorique de campagne ». Mais le Congrès se montrera peut-être moins ouvert que lui à la libéralisation. Au-delà des Etats-Unis, la dimension sectorielle de la crise (par exemple dans l’automobile) peut faire craindre un retour du protectionnisme (pour « sauver l’industrie nationale »). Les tentations du « patriotisme économique » ne sont pas loin non plus. L’OPEP, à sa façon, en réduisant artificiellement sa production, donc son offre de pétrole, entretient ce mauvais climat : réduire son offre, c’est une autre forme de protectionnisme, c’est en tous cas un obstacle aux échanges. Il y a aussi les blocages dans certains secteurs sensibles, comme la culture : la France de Jacques Chirac n’a-t-elle pas contribué à l’échec des négociations en voulant imposer son « exception culturelle »? Il y a aussi l’inconnue de l’Union européenne, assez divisée sur ce sujet, surtout à propos de l’agriculture ; et la France est en tête des pays qui freinent : l’Elysée n’a-t-il pas traité de laxiste le négociateur européen !

En sens contraire, il y a des évolutions positives. Beaucoup de pays de l’ex-tiers-monde ont compris que leur salut viendrait du développement des échanges internationaux. Il faudrait être aveuglé par l’idéologie pour ne pas voir que sans liberté des échanges, la Corée du sud ou la Chine seraient encore dans la misère. Il y a aussi les déclarations fermes de l’APEC (tous les pays du pourtour Pacifique) dont nous avons rendu compte il y a peu, qui se sont réunis après le G20 pour expliquer qu’on sortirait avant tout de la crise en libéralisant le commerce.

Nous ne savons pas ce qui va se passer dans les semaines à venir concernant ces négociations de l’OMC, car elles sont dans les mains des hommes politiques et ceux-ci sont imprévisibles, surtout avec la crise actuelle, qui les a mal inspirés à ce jour. Mais ce que nous savons, avec la certitude de la science économique, c’est que jamais les plans de relance ne nous sortiront de la crise, tandis qu’une libéralisation accrue des échanges internationaux est l’une des conditions d’un retour à la croissance. Hélas, pour l’instant, de l’aveu même de Pascal Lamy, les négociations sont plutôt mal parties.

 

 

Jean Yves Naudet

Le 23 décembre 2008
 

         
 


 

 

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