LA France EN FAILLITE


L’expression était de François Fillon, il y a un an ; elle est plus que jamais d’actualité. Car il est bien beau de choisir le keynésianisme, il faut aussi en payer le prix. La relance, cela plaît beaucoup, car cela consiste en apparence à dépenser sans que personne ne paye ; mais « il n’y a pas de repas gratuit » et le déficit doit être financé par l’emprunt. Ces emprunts nouveaux s’ajoutent à la dette antérieure déjà explosive. Comme toujours, cela se terminera par des impôts ou par une banqueroute généralisée. Cet enchaînement est celui de l’irresponsabilité et de la politique à courte vue, inscrites dans le cœur même du keynésianisme.

 

La banqueroute, comme en 1789

François Fillon s’était fait rappeler à l’ordre, l’an dernier, quand il avait dit qu’il dirigeait un Etat en faillite. Depuis, la situation n’a fait qu’empirer, et elle le fera plus encore avec les politiques de relance actuelle. Que nous ne soyons pas les seuls dans ce cas n’est pas une consolation : lorsqu’il y a une épidémie, être plus nombreux ne garantit pas la guérison. Désormais, les Français eux-mêmes ouvrent les yeux et un récent sondage publié dans les Echos et réalisé par Opinion Way pour France info apporte une réponse claire. A la question « La France peut-elle faire faillite ? », 54% des personnes interrogées répondent oui.

L’histoire nous apporte ici des précédents dramatiques, dont le plus évident est celui du XVIII° siècle. La France était de plus en plus endettée, à la fin du règne de Louis XIV, puis sous celui de Louis XV (guerres, privilèges de la Cour). Turgot avait été nommé par Louis XVI en 1774 en partie pour remédier à cette situation dramatique des finances publiques. Il avait déclaré au roi qu’il fallait écarter trois fausses pistes : la banqueroute (la faillite donc), la hausse des impôts, l’emprunt. Et qu’il n’y avait donc qu’une seule solution : « Réduire la dépense au niveau de la recette ». Deux ans plus tard, il a été limogé (« la disgrâce de Turgot ») sous la pression de tous ceux dont les privilèges étaient menacés.

 

Ses successeurs, Necker en tête, puis tous les autres, ont repris la politique de hausse des dépenses, en les finançant par des emprunts de plus en plus coûteux. Il a donc fallu un jour envisager une explosion des impôts pour éviter la banqueroute. Pour cela, le roi a convoqué les Etats Généraux, dont l’un des premiers soucis sera de rembourser la dette publique, sous-estimée par un rapport de Necker. Mirabeau avait une recette simple : faire payer les mille familles les plus riches. Hélas, tous ces calculs étaient faux, et les révolutionnaires, pour rembourser la dette mais aussi pour financer la guerre, vont imaginer de vendre les « biens nationaux », et vont émettre des assignats (ancêtres des crédits hypothécaires qui ont conduit à la crise des subprimes) gagés sur le produit hypothétique de ces ventes. Il sera émis des assignats pour une valeur environ 80 fois supérieure à celle des biens nationaux !

Cela conduira la France à la plus grande inflation et faillite de son histoire, et permettra de faire fonctionner la guillotine à haut régime : c’est pour des « crimes économiques » que la plupart des personnes perdront la tête, accusées de « spéculation » ou « d’agiotage ».

 

35 ans de déficit accumulés

Mais sommes-nous en 1789 ? Le dernier budget français en équilibre remonte à 1974. Il y a donc 35 ans que nous sommes en déficit des finances publiques, 35 ans que nous empruntons pour financer nos dépenses courantes. Ce qui veut dire qu’on emprunte aussi pour rembourser les emprunts antérieurs. Pour une entreprise privée, cela s’appelle de la cavalerie et cela conduit le dirigeant en prison. L’homme politique, lui, s’en fait une gloire et pense ainsi sauver l’économie. Cela a une première conséquence : la seule charge des intérêts annuels plombe désormais le budget et auto entretient le déficit, car elle est devenue le second poste du budget de l’Etat, juste derrière l’éducation, et elle absorbe à elle seule tout l’impôt sur le revenu.

Ensuite, la dette cumulée atteint des proportions invraisemblables (officiellement 67% du PIB, réellement le double) Nous avons souvent cité ces chiffres simples : plus de 1200 milliards de dette officielle, soit 20 000 euros à rembourser par personne, bébés ou vieillards inclus. Un beau cadeau de naissance à mettre dans les berceaux.

 

Le budget sera rééquilibré en…2014

Tout cela est bien connu, pourquoi y revenir ? Parce que la politique actuelle de relance, dans de nombreux pays, France en tête, va considérablement aggraver cette situation déjà explosive. Même Le Monde, pourtant peu suspect de libéralisme, doit le reconnaître : « Relance : les capitaux nécessaires aux plans de relance et de sauvetage bancaire seront levés sur les marchés. Les Etats vont devoir emprunter massivement ». Les déficits, particulièrement en France, vont exploser sous l’effet du plan de relance. Les organisations internationales annoncent un déficit français de 3,8% du PIB, avant même le plan de relance. Or Nicolas Sarkozy a lui-même annoncé que son plan ferait grossir le déficit de 0,8%. La frontière des 3% n’est plus qu’un souvenir (on sera entre 4 et 5%) et la France ne parle plus de son retour à l’équilibre, promis pour 2009, puis 2011, puis 2012, enfin renvoyé à 2014 !

Ajoutons quelques informations éclairantes. D’abord, tous ces politiques qui ne parlent que de souveraineté nationale ou de patriotisme économique, dans une économie mondialisée, se gardent bien de relever que la dette publique française est détenue à 62% par des étrangers. Sans le financement extérieur, on ne pourrait financer qu’un tiers des besoins de capitaux publics. Fermons les frontières et la banqueroute sera immédiate. Ensuite, on savait déjà qu’en 2009, l’Etat avait prévu d’émettre au moins 135 milliards d’emprunts et cela sans compter le plan de relance. Déjà, hors relance, 16% de plus qu’en 2008. On mesure le dérapage. En outre, comme les investisseurs ne veulent pas prendre de risques, pour un emprunt à dix ans, l’Etat français doit offrir un intérêt de 0,40% de plus que l’Etat allemand : on mesure ainsi déjà la crise de confiance qui pointe. Enfin, l’Etat emprunte à cinq ans, dix ans, mais aussi désormais à 50 ans. Un jeune de 20 ans aujourd’hui peut se dire qu’il aura encore à rembourser la dette de 2008 lorsqu’il aura 70 ans : pas vraiment de quoi engendrer la confiance et l’optimisme. Pas très moral non plus.

Il faut donc renverser la tendance : la leçon de Turgot vaut encore aujourd’hui : il n’y a qu’une solution : réduire les dépenses publiques. Tout le reste n’est qu’illusion et fuite en avant.

 

Jean Yves Naudet

Le 16 décembre 2008
 

         
 


 

 

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