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| Au cours des derniers jours, deux événements
concernant la concurrence sont passés un peu inaperçus, en raison du brouillard
médiatique créé par la crise financière. Pourtant ces questions de concurrence
sont plus importantes que toutes les politiques conjoncturelles proposées. Le
premier événement concerne l’amende record infligée à Saint-Gobain, le second
le remplacement du Conseil de la concurrence par une Autorité de la concurrence.
Malheureusement ces deux décisions vont dans la mauvaise direction et montrent
que les politiques n’ont rien compris à la concurrence. Et une mauvaise politique
de concurrence peut tuer la concurrence. Une amende record contre Saint-Gobain Le premier événement concerne la politique
de concurrence au niveau européen. La commission européenne vient d’infliger une
amende de 1,4 milliard d’euros à quatre producteurs de verre plat destiné à l’automobile,
dont 896 millions pour la seule entreprise Saint-Gobain : un record. Certes,
on avait déjà connu des amendes lourdes infligées par la commission, comme 480
millions en 2007 à Thyssen Krupp, 462 millions en 2001 à Hoffman-La Roche ou encore
397 millions en 2007 à Siemens. Mais là on atteint un nouveau record. Pourquoi cette condamnation exceptionnelle ?
Pour entente. L’amende a d’ailleurs été majorée de 60% par rapport au montant
initialement prévu, pour récidive. Saint-Gobain a engagé un recours suspensif,
mais la décision finale fait peu de doutes. Neelie Kroes, commissaire européen
à la concurrence, qui nous avait habitués à plus de lucidité, est ravie de son
coup. Et cela d’autant plus que l’argent sera versé au budget communautaire, dévoreur
de crédits. Elle souligne que le cartel a duré cinq ans, sur un marché important,
celui des vitres et pare-brises pour véhicules neufs ou pour pièces d’occasion. Passons sur l’origine de la dénonciation
(« Une information anonyme en provenance de l’extérieur »), qui rappelle
de fâcheuses méthodes. Les entreprises sont accusées d’entente et de partage des
marchés, lors de mystérieuses rencontres, paraît-il, dans des aéroports. James
Bond n’est pas loin. Des informations confidentielles auraient été échangées.
Cela montre, de la part de Une conception néo-classique de la concurrence Mais surtout cela reflète une conception
très particulière de la concurrence, due aux analyses néo-classiques de la concurrence
pure et parfaite : la concurrence serait avant tout une question de nombre
d’entreprises : plus il y aurait d’entreprises, plus la concurrence serait
forte. Une entente, mais aussi une concentration, diminuant le nombre d’acteurs
indépendants, serait donc une atteinte forte à la concurrence. Mais cette théorie,
à laquelle aucun économiste sérieux ne croit, contrairement aux autorités politiques,
n’a aucun sens. Il y a effectivement des atteintes
graves à la concurrence, mais elles ne peuvent venir que de la fermeture des marchés.
C’est la fermeture aux frontières (le protectionnisme) sous forme de droits de
douane ou autre, et elle ne peut venir que de l’Etat. C’est la fermeture des professions
(professions fermées, des taxis aux pharmaciens en passant par les notaires),
dénoncée dans le rapport Attali, vite enterré, et elle ne peut exister qu’avec
la complicité des pouvoirs publics, qui en général donnent leur bénédiction ou
sont à l’origine de la fermeture (comme la loi de 1937 sur les taxis parisiens).
C’est le cas des monopoles publics, les fameux services publics (comme nous en
avons connu longtemps de la poste au téléphone, en passant par le train ou l’électricité
et le gaz), qui n’existent que parce que la loi vient réprimer toute atteinte
au monopole : on l’a vu longtemps avec les radios libres qui étaient saisies
pour atteinte au monopole. Quand le monopole concerne l’Etat, il est exempt du
péché originel. Vers une haute Autorité de la concurrence Le second événement concerne la transformation
du Conseil de la concurrence. C’est la suite d’une longue histoire, qui avait
commencé en 1953 avec la création d’une Commission des ententes et des positions
dominantes, et qui s’est poursuivie par une Commission, puis un Conseil de la
concurrence. Au départ, ces institutions étaient de simples annexes du ministre
de l’économie, le ministre prononçant les sanctions, et donc des commissions purement
administratives. Mais surtout elles reposaient aussi sur la même conception néo-classique
de la concurrence que celle qui s’est développée plus tard au niveau européen. Lors du vote de la loi du 4 août 2008
de modernisation de l’économie, le gouvernement avait promis de remplacer le Conseil
actuel par une Autorité de la concurrence et c’est cela qui a été présenté lors
d’un récent conseil des ministres. Cela a pris la forme d’une ordonnance, parue
au JO, ce qui marque un nouveau recul des droits du parlement. Contrairement au
Conseil de la concurrence (1986), dont l’autorité était partagée avec le ministre,
la nouvelle Autorité sera une autorité administrative, plus autonome, ce qui est
en soi un progrès. Mais le ministre veillera au grain et aura « un pouvoir
de réformation » « pour des motifs d’intérêt général ». On sait
ce que cela veut dire. Certes, il y aura aussi des possibilités de recours contre
les décisions de l‘autorité et la phase d’enquête sera séparée de la phase de
décision. Mais là n’est pas l’essentiel. D’abord,
pourquoi un « tribunal » particulier ? Les juridictions courantes
ne suffisent-elles pas, si la loi a été transgressée ? Pourquoi le ministre
garde-t-il un pouvoir sur les décisions de concurrence d’une « portée locale » ?
Et surtout, si la conception de la concurrence qui est en arrière plan (concentration
et ententes) ne change pas, tout cela ne servira qu’à détruire un peu plus la
concurrence au nom de la politique de concurrence (on l’a vu avec les condamnations
de Microsoft). En réalité, cela sert surtout à détourner l’attention des vraies
atteintes à la concurrence, celles que fait l’Etat lui-même. Et là on peut être
tranquille : l’Etat ne risque pas de se condamner lui-même pour atteinte
à la concurrence. C’est pourtant là que se situe l’essentiel de la question.
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