L’ASIE AU COEUR DU LIBRE-ECHANGE
On n’a sans doute pas assez prêté attention
à la réunion à Vientiane du dixième sommet des pays de l’ASEAN (Asie du
Sud-est). En compagnie de la Chine et de quelques autres, ces pays ont
décidé de signer un accord de libre-échange et de faire tomber toutes
les barrières tarifaires à l’horizon 2010. Or cet événement n’est pas
isolé. Quelques jours plus tôt, les pays de l’APEC,
bordant les deux cotés du Pacifique, avançaient dans la même direction.
Et de son coté, toute l’Amérique envisage une zone de libre échange des
deux Amériques. Partout, et surtout en Asie, le libre-échange devient
la règle pour les deux tiers du monde. Et le troisième tiers ?
Accord de libre-échange entre la Chine et l’ASEAN
L’événement le plus récent, c’est la
réunion à Vientiane des dix pays de l’ASEAN (Asie du Sud-est) : Birmanie,
Brunei, Cambodge, Indonésie, Laos, Malaisie, Philippines, Singapour, Thaïlande,
Vietnam. Ces pays ne se sont pas réunis seuls, mais avec la Chine, la
Corée du Sud, le Japon. Même l’Inde, la Nouvelle-Zélande,
l’Australie se sont jointes à ce projet. De quoi s’agit-il ? De créer
une zone de libre-échange, à l’horizon 2010, qui serait la plus vaste
et la plus peuplée du monde. Rien que cela. Et en premier lieu entre la
Chine et l’ASEAN.
Quel chemin parcouru depuis le temps
ou l’on croyait et l’on enseignait que seule la fermeture des frontières
allait permettre aux pays pauvres de décoller ! L’expérience est
passée par là et le bon sens économique aussi. Partout, les pays repliés
sur eux-mêmes se sont enfoncés dans la misère et la pauvreté : il
suffit, hélas, de regarder l’Afrique. En comparaison, les pays qui se
sont ouverts -et en premier ceux d’Asie du Sud-est- ont connu un développement
spectaculaire.
Est-ce surprenant quand on connaît
les vertus de l’ouverture ? Elles ne consistent pas, comme on le
dit trop souvent, à faire jouer la spécialisation mais à communiquer le
savoir et à faire jouer les complémentarités. Comment se développer sans
importer les connaissances que l’on n’a pas, les produits que l’on ne
fabrique pas soi-même et dont on a besoin ? Comment se passer du
marché mondial quand le sien est trop exigu ? Le commerce, on le
sait bien aujourd’hui, c’est la meilleur forme d’aide ; c’est la
seule réponse, avec l’investissement en capital humain, au défi du développement.
Chaque pays d’Asie veut libéraliser les échanges
Mais il ne suffit pas de le savoir.
Encore moins, comme on le dit parfois, d’organiser les échanges, mais
tout simplement de les libéraliser. C’est pour cela que les grandes négociations
internationales (dans le cadre du GATT puis de l’OMC),
en dépit de leurs faiblesses, ont été utiles lorsqu’elles ont été dans
le sens de la libéralisation. Et c’est pour cela que les accords, même
régionaux, de libre-échange vont dans la bonne direction.
C’est ce qu’ont compris et veulent
mettre en pratique les pays de l’ASEAN qui se sont réunis la semaine dernière.
Ils ont donc proposé à la Chine, qui s’est empressée d’accepter, d’étendre
à ce pays l’accord de libre-échange qu’ils envisagent entre eux dix. Ils
savent que c’est bon pour eux, comme ce sera bon pour la Chine. Mais au
dernier jour de la rencontre de Vientiane, bien d’autres pays se sont
précipités pour bénéficier de cette opportunité. On a ainsi vu le Japon,
la Corée du Sud, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et même l’Inde,
qui sort peu à peu de son socialisme et de son protectionnisme, se précipiter
pour être parties prenantes à l’accord.
Les Chinois veulent l’accord de libre-échange
pour 2010. Les Japonais pour 2012. La Corée du sud veut diminuer ses tarifs
douaniers avec l’ASEAN de 80% d’ici 2009. Même l’Inde
vient de signer un accord pour faciliter les échanges commerciaux. C’est
à qui ira le plus vite et le plus loin dans la liberté des échanges. Les
Japonais disent avoir été très stimulés par l’attitude très libre-échangiste
de la Chine. Personne ne veut rester en arrière, puisque la liberté des
échanges bénéficie toujours aux deux parties, à partir du moment où l’échange
est volontaire. Il y a alors deux gagnants à l’échange libre, comme dans
tout jeu à somme positive. C’est ce qu’ont compris tous ces pays.
D’autres accords de libre-échange
Or, ce qui nous a frappés, c’est que
ce qui vient de se passer en Asie du Sud-est n’est pas un phénomène isolé.
Peu de temps auparavant, on avait assisté à une réunion de l’APEC
(Coopération économique Asie-Pacifique), qui
réunit tous les pays autour du Pacifique, du Chili au Mexique, en passant
par les Etats-Unis, la Russie, la Chine, le Japon, ou l’Australie et bien
d’autres. Certes, l’objectif de l’APEC est aussi
politique et BUSH y a obtenu des
soutiens dans sa lutte anti-terroriste. Mais il n’a pas perdu de vue qu’à
l’origine l’APEC avait été créée pour envisager une zone de libre-échange
pour tous ces pays bordant le Pacifique. Ce n’est pas rien et irait encore
plus loin que le projet de l’ASEAN. Mais, bien entendu, certains pays
comme la Russie freinent et l’accord asiatique ira sans doute plus vite
que celui de l’APEC.
N’oublions pas non plus les efforts
concernant le continent américain. On connaît l’accord de libre-échange
nord-américain (ALENA), qui existe depuis dix ans et qui a été le premier
à associer un pays en voie de développement (le Mexique) à deux pays riches
(Canada et Etats-Unis), prouvant que l’on avait tout avantage à commercer
même entre pays de niveaux de développement différent. On connaît les
différents accords unissant les pays d’Amérique latine (comme le Mercosur).
Et les Américains poussent depuis des années à la création d’une zone
de libre-échange des Amériques, unissant tous les pays du Nord comme du
Sud (à l’exception de Cuba).
Partout, le monde bouge. Sauf, hélas,
en Afrique. L’Europe pour sa part est libre-échangiste à l’intérieur de
ses frontières, mais bien frileuse vis à vis de l’extérieur, en particulier
dans le domaine agricole. Or demain, les pays qui vont se développer le
plus vite seront les pays les plus ouverts sur l’échange international.
Pour l’instant, l’Asie a une longueur d’avance. L’Amérique ne se défend
pas mal. Si l’Europe veut rester dans la course, elle aussi doit ouvrir
ses frontières. Car c’est la liberté des échanges qui apporte la prospérité.
Le 14 décembre
2004
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