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| Après
les folies de 2009, avec les relances monétaires et budgétaires, les déficits
publics délirants et les « politiques monétaires non conventionnelles »,
ne sommes-nous pas en train de revenir au réel ? De la part des gouvernements,
la réponse est non et chacun poursuit ou amplifie la relance par les dépenses
publiques et les déficits (sauf quelques cas comme l’Allemagne qui baisse les
impôts). Mais du coté des banques centrales pour la politique monétaire et du
côté de Bruxelles pour la politique budgétaire les choses bougent et l’on revient
à un certain réalisme. Pour combien de temps ?
Abandon par la FED des politiques « non conventionnelles »
Regardons
d’abord du coté de la politique monétaire. Depuis des années, la Banque de Réserve
fédérale des Etats Unis (la FED) n’a cessé de pratiquer des politiques de relance,
abaissant artificiellement les taux d’intérêt pour pousser les banques à prêter
n’importe quoi à n‘importe qui, et à n’importe quel taux. Cette politique a été
magnifiquement illustrée par l’affaire des subprimes, avec des prêts immobiliers
à des personnes insolvables, mais dont la FED se portait
garant. Ces prêts risqués ont été disséminés dans le monde entier par leur titrisation,
et les banques acheteuses ont manqué de la plus élémentaire prudence, sachant
qu’elles pouvaient compter sur les banques centrales, « prêteurs en dernier
ressort ». Quand
la crise a été là, on est allé plus loin : la FED a mis en place les « politiques
monétaires non conventionnelles ». Depuis mars elle a racheté directement
des emprunts d’Etat, ce qui revenait à créer de la monnaie en achetant de la dette
publique, pour financer le déficit budgétaire. Voilà bien longtemps qu’on avait
rompu dans le monde entier avec cette mauvaise habitude consistant à financer
les dépenses publiques par le recours à « la planche à billets ». Ce
retour à l’incurie était gravissime, à terme il ne pouvait déboucher que sur l’inflation.
L’émission de monnaie, normalement liée à l’octroi de crédits aux entreprises,
finançant des investissements porteurs d’avenir, se faisait désormais en contrepartie
de dépenses de fonctionnement tout à fait artificielles, destinées à relancer
la demande, dans une pure logique keynésienne. Fort
heureusement un tournant décisif a été pris fin octobre : la FED a mis fin
à cette politique, en se retirant du marché de la dette américaine, en cessant
d’acheter des emprunts d’Etat. Il fait dire que les dégâts créés en six mois ont
été énormes : la Fed avait déjà racheté 200 milliards
rien qu’en titres du trésor de maturité comprise entre 2 et 10 ans. (Pour le second
trimestre 2009, 44% des émissions d’emprunts d’Etat des Etats-Unis ont été rachetées
par la FED). Il est vrai que la Fed n’en a pas totalement
terminé avec ces folies, puisqu’elle continue à acheter des billets de trésorerie
à plus court terme, mais on semble revenir à plus de raison. Depuis
que la FED s’est retirée du marché les taux d’intérêt à long terme remontent :
l’inflation se profile à l’horizon, et le billet vert est en souffrance !
La BCE veut diminuer ses soutiens à l’économie La
Banque Centrale Européenne (BCE) a toujours été plus prudente, sans doute parce
que plus indépendante des gouvernements ou des autorités européennes. Globalement,
elle a maintenu le cap de la stabilité monétaire jusqu’à l’automne dernier (même
si on peut discuter des techniques utilisées et de l’objectif fixé à 2% d’inflation). Mais
serait-elle à son tour prise par la folie keynésienne ? Elle a baissé sensiblement
et artificiellement ses taux d’intérêt (même si elle est restée au dessus des
taux américains) et elle a abondamment alimenté le marché en liquidités. Certes,
elle n’a pas directement prêté aux Etats en déficits - contrairement aux souhaits
de beaucoup de gouvernements, France en tête - mais elle a massivement acheté
des titres qu’elle n’avait pas l’habitude d’acheter, au risque d’un dérapage monétaire
ultérieur, donc d’une inflation. Mais
récemment la BCE semble revenir à plus de sagesse et entend mettre fin aux « politiques
monétaires de crise ». Certes, pour l’instant, il n’y a pas de vrai resserrement
de la création monétaire : la hausse des taux d’intérêt de la BCE est pour
plus tard. Mais on veut cesser de prendre des mesures exceptionnelles. Le président
de la Bundesbank a traduit cette intention en déclarant que les banques devaient
« se préparer au retrait progressif des médicaments que leur administrent
les banques centrales ». La BCE parle d’un « retrait graduel »
des soutiens à l’économie. Dans certains pays en Europe (la Norvège), et hors
d’Europe (Israël ou Australie) les banques centrales relèvent les taux d’intérêt.
Les mentalités évoluent !
Les déficits budgétaires ont continué à exploser… Qu’en
est-il de la politique budgétaire ? Pour l’instant, rares sont les gouvernements
qui ont ralenti leurs politiques de relance. En France, le budget 2010 poursuit
la hausse des dépenses publiques, tandis que le déficit passera de 8,2% à 8,5%
du PIB. Et le gouvernement s‘accroche à son projet de grand emprunt public, qui
aggravera encore le déficit et la dette. Il en va de même aux Etats-Unis où certains
hommes politiques poussent même Obama à « relancer la relance » en creusant
encore le déficit, pourtant supérieur à 12% du PIB, ce qui est sans équivalent
dans l’histoire. Certes, ici ou là, on commence à réduire les dépenses publiques
(les salaires des fonctionnaires ont été diminués en Irlande), mais ces rares
pays courageux se comptent sur les doigts d’une main. Quant à l’Allemagne, elle
a fait choix d’une réduction des impôts, ce qui n’aurait pas dû la dispenser de
réduire les dépenses publiques. Le
retour à la sagesse semble venir de la Commission européenne, qui avait été silencieuse
pendant les plans de relance, et les avait même plutôt encouragés. Il est vrai
que l’on était avant les élections européennes et que M. Barroso cherchait à être
ami avec tout le monde pour garder son poste. Maintenant Bruxelles se réveille,
avant même que le premier Président européen entre en fonction, peut-être pour
le mettre devant le fait accompli. On ne doit pas oublier que les commissaires
actuels sont encore ceux de l’ancienne équipe. Retour
au pacte de
stabilité Ainsi
la commission semble-t-elle se souvenir qu’il existe des traités européens, signés
par les 27, qui prévoient un pacte de stabilité en Europe. L’un des éléments importants
du pacte est la limitation du déficit budgétaire à 3% du PIB. Mieux encore :
avant la crise, les Européens avaient tendance à considérer que 3% est un maximum,
l’objectif fixé étant d’arriver à l’équilibre budgétaire en 2009, ce que l’Allemagne
avait réalisé, au prix de gros efforts, dès 2008. La France avait déjà traîné
les pieds et demandé un moratoire… Avec
les plans de relance, il semblerait que tout le monde ait été frappé d’amnésie,
et les déficits ont atteint deux, trois ou quatre fois ce maximum (8,5% du PIB
en France). Mais voilà que Bruxelles retrouve la mémoire et réclame le retour
à un déficit maximal de 3%. Ce sera pour 2012, mais face aux cris de certains
pays, France en tête, on a fixé dans certains cas (comme le France) ce retour
à 3% de déficit pour 2013. Notre dernière lettre (n°2015) rappelait que Paris
ne veut pas entendre parler du calendrier bruxellois, ni 2012, ni 2013, date « fort
peu réaliste » pour C Lagarde. Peut-être 2014 dit François Fillon. Mais avec
la politique actuelle, le gouvernement annonce que nous serons encore à 5% en
2013, estimation extrêmement optimiste, car dans les déficits publics, il y a
le budget, mais aussi l’assurance-maladie et les retraites : on sait où on
va dans ce domaine. Donc nous voilà partis pour un bras de fer avec Bruxelles,
avec une mise en demeure pour demain et des sanctions pour après-demain. Pendant
ce temps, la réponse de l’Allemagne à Bruxelles est arrivée : « Réduire
les déficits entre 2011 et 2013 correspond exactement à nos idées »
déclare le nouveau ministre des finances. En
dehors de l’irréductible village de Gaulois, on peut en conclusion observer un
retour partiel à la sagesse monétaire et budgétaire, mais aussi mesurer la fragilité
de ce retour : il s’agit de balbutiements. Une nouvelle récession nous plongerait
peut-être dans les mêmes erreurs. Pour retourner à la rigueur, il n’y a que deux
moyens immédiats : pour la politique budgétaire interdire et les déficits
et leur financement par l’emprunt, inscrire l’équilibre budgétaire dans la constitution ;
pour la politique monétaire protéger l’indépendance des banques centrales tout
en fixant (constitutionnellement) des règles strictes d’émission de la monnaie.
Mais à long terme, on s’en remettra avec plus de sécurité d’une part à la réduction
de la taille des Etats et donc des dépenses publiques, d’autre part à la concurrence
entre monnaies émises par des banques libres, privées et responsables. Jean-Yves Naudet
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