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La
situation de l’Allemagne est fondamentale pour nous : c‘est le plus
puissant pays de l’Union européenne et notre premier partenaire commercial.
Après la victoire d’Angela Merkel et de ses alliés libéraux, Jacques Garello
avait souligné l’importance de ce qui se passait outre Rhin : « Les
Allemands au secours des Français » (éditorial du 3 octobre). Avant
la formation du nouveau gouvernement, la reprise commençait en raison
des réformes antérieures. Le nouveau « contrat de coalition »
est bâti autour des baisses d’impôts. Pari dangereux pour les finances
publiques ? Bad Godesberg est
passé par là Rappelons tout d’abord
que la situation politique est différente de celle de la France. La CDU-CSU
est certes traversée de courants divers. Mais globalement (il suffit de
voir les votes au parlement européen), elle est plus libérale que notre
UMP. Quant au SPD, il est clairement social-démocrate depuis qu’il a rompu
totalement avec le marxisme lors du célèbre congrès de Bad Godesberg en
1959. Chez nous, le PS-sans parler de ses partenaires- est traversé de
courants divers dont certains en sont restés au marxisme pur et dur, tandis
que d’autres appartiennent à la social-démocratie molle. Enfin les libéraux
(FDP) constituent un vrai parti en Allemagne, et le vrai vainqueur (en
termes de progression) du dernier scrutin. En France, le parti libéral
n’existe plus depuis la dissolution de Démocratie Libérale (2002) Jacques Garello
soulignait aussi que la lutte des classes ne fait
pas recette en Allemagne, les syndicats sont portés aux négociations et
dénués de toute idéologie marxisante. Chez nous, la CGT et d’autres mènent
un combat politique et cherchent tout, sauf une véritable négociation
sociale. L’histoire a également appris aux Allemands les dangers de l’inflation,
qui a amené Hitler au pouvoir dans les années 30. Enfin la République
Allemande n’est pas jacobine, mais « Fédérale » : avec
des länder puissants et autonomes, la décentralisation est un bienfait
dont sont privés les Français. Tout
cela contribue à expliquer qu’en général l’Allemagne se porte mieux que
la France. Quand le franc et le mark étaient en concurrence, c’était notre
monnaie qui se dévaluait sans cesse. Quand
est venu le temps des réformes sous la pression de la mondialisation,
l’Allemagne a su s’adapter. C’est le gouvernement socialiste du chancelier
Schröder qui a lancé certaines réformes radicales. Il a donné plus de
liberté et de flexibilité au marché du travail (lois Hartz),
il a privatisé largement les chemins de fer, la poste, la culture, il
a allégé la fiscalité et modifié le régime des retraites pour le dégager
des pièges de la répartition. S’il est à la recherche d’un programme,
le PS français pourrait emprunter celui du SPD allemand. Ce n’est pas
de l’ultra-libéralisme, mais c’est de la bonne
« économie sociale de marché ». Les réformes ont porté leurs fruits Paradoxalement, après
le gouvernement socialiste, la grande coalition CDU-SPD menée par Angela Merkel a davantage regardé
vers la gauche. Elle a subi la pression du nouveau parti d’extrême gauche
construit autour de l’ancien PC et de dissidents du SPD. Angela Merkel,
sans tomber dans l’interventionnisme systématique, a été, surtout avec
la crise, sensible aux arguments des partisans de la relance et des dépenses
publiques. Elle a aussi dù faire beaucoup de concessions
à ses alliés du SPD, sensiblement moins libéraux que les précédents dirigeants
du même parti. Cependant, on a consommé de la relance avec modération.
Cette année, le déficit public allemand dépasse
à peine les 3% du Pib, alors que nous sommes bien au-delà de 8%. En bonne
logique keynésienne, la croissance aurait dû redémarrer en flèche en France,
grâce à de tels soutiens de la demande, et stagner en Allemagne . Or, avant même les élections, donc sans intégrer
la nouvelle politique, on annonçait une croissance de 1,2% en 2010, bien
supérieure à celle de la France. Cette
croissance a été essentiellement entraînée par les exportations allemandes,
qui ont su profiter d’une certaine reprise du commerce mondial. C’est
que les entreprises allemandes sont très compétitives. Elles ne subissent
pas, comme en France, le poids de charges sociales et fiscales pénalisantes,
ni les handicaps d’une réglementation et d’une administration paralysantes.
Dans ces conditions, la hausse du chômage devrait être maîtrisée, en dépit
de la perte de nombreux emplois industriels, notamment dans l’industrie
automobile : le licenciement de 10.000 salariés d’Opel va aggraver
la situation. Le « choc fiscal » C’est dans ce climat
qu’intervient la mise en place du nouveau gouvernement, avec un « contrat
de coalition » entre la CDU-CSU d’une part et les libéraux du FDP
d’autre part. Les négociations ont été longues et les libéraux ont obtenu
de nombreux postes, l’économie est confiée à Rainer Brüderie, surnommé
« mister PME » car il ne cesse de défendre les entrepreneurs
et de rejeter toute intervention étatique. Au-delà des négociations, les
libéraux seront incontournables au Parlement, car sans eux la Chancelière
n’a pas de majorité. Parmi les victoires déjà
acquises par les libéraux, il y a ce que Le Monde appelle « le
choc fiscal ». En effet le contrat de coalition prévoit une réduction
d’impôts de 24 milliards par an d’ici à 2011 ; soit plus que la limite
que s’était fixée la chancelière pour la négociation. En
particulier, l’impôt sur les sociétés et les droits de succession vont
baisser (dans certaines conditions, les héritiers d’entreprises familiales
auront jusqu’à 80% de baisse des droits de succession). Il y aura aussi
des allègements fiscaux pour les familles nombreuses (et non pas, comme
en France, des allocations financées par l’impôt). Certains parlent d’une
relance, et font croire que la chancelière se serait ralliée à la doctrine
Sarkozy / Obama. Mais sa « relance »
n’a rien de keynésien : il ne s’agit pas d’augmenter les dépenses
publiques, mais bien au contraire de rendre l’argent aux entreprises et
ménages allemands pour qu’ils investissent et épargnent. C’est une « politique
de l’offre », et non une relance de la demande. D’ailleurs, après
les allègements fiscaux déjà décidés, le contrat de coalition prévoit
en 2011 une réforme profonde de l’impôt sur le revenu, avec une réduction
du nombre de tranches (sans doute deux) et une baisse des taux
presque une flat tax. Nous
ne sommes pas naïfs. La coalition nouvelle n’est pas le gouvernement Thatcher
ou ne mènera pas la politique Reagan. Contrairement aux vœux des libéraux,
les dépenses publiques ne seront pas drastiquement réduites. On trouve
au contraire des éléments qualifiés de « sociaux », comme l’aide
aux bénéficiaires des revenus minimums. La CDU a également refusé un nouvel
assouplissement du marché du travail. Enfin,
contrairement au souhait du FPD, on n’a pas supprimé la fameuse cogestion
(qui place des représentants syndicaux dans les conseils de surveillance
des grandes entreprises). Les baisses d’impôts réduisent les déficits On
a beaucoup entendu dire dit que les politiques allemande et française
venaient de converger : le consensus se ferait autour des déficits
budgétaires. Rappelons d’abord qu’en 2009 il aura été en France le triple
de ce qu’il a été en Allemagne (respectivement 9 et 3 % du PIB). Ensuite
il y a les déficits subis, conjoncturels et réduits et les déficits voulus,
structurels et profonds. Depuis des années, l’Allemagne se situe autour
de la limite de 3% indiquée par le Pacte de Stabilité de l’Union. La Constitution
allemande a été modifiée pour fixer à 0,35 % du PIB le maximum du déficit
tolérable à partir de 2016. En France, le retour à l’équilibre budgétaire
a été sans cesse reporté : à 2010, puis 2011, puis 2012, et plus
personne n’y croit aujourd’hui. Faute de recettes fiscales de nature à
couvrir la croissance permanente des dépenses publiques, l’Etat français
emprunte chaque jour un milliard d’euros sur le marché financier international
(pourtant si décrié). Le
mérite de la relance allemande est que la baisse des impôts réduit les
déficits en accroissant les rentrées fiscales : donnant moins de
leur argent à l’Etat entreprises et ménages sont décidés à gagner davantage,
et peuvent travailler, investir et épargner avec plus d’entrain :
ce sont les recettes de la reprise, et la « matière fiscale »
grossit. Les gens payent plus d’impôts en valeur absolue, mais moins d’impôts
en valeur relative. Cette logique est connue sous le nom d’ « effet
Laffer » (inspirateur de la baisse des
impôts de Reagan) . Voilà comment les déficits
allemands se réduiront, tandis que les nôtres, gonflés par les dépenses
publiques, ne cesseront d’augmenter, et la dette avec. Où va l’Allemagne ?
Certainement dans la bonne direction ! Pourquoi notre président ne
se rapprocherait-il pas de la chancelière, au lieu d’attendre en vain
qu’elle se rapproche de lui ? Jean-Yves Naudet
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