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| Les
grands pays émergents, Chine et Inde en tête, sauveront-ils la croissance mondiale?
Les derniers résultats de ces pays sont stupéfiants par rapport à ceux des pays
occidentaux. Certains l’expliquent par les plans de relance de la demande. Mais
pourquoi ces plans n’entraînent-ils pas les mêmes effets dans les pays développés ?
En réalité, le dynamisme de ces pays ne doit rien à la relance keynésienne, il
a des causes plus profondes. Cependant
des signes de fragilités peuvent se percevoir, surtout en Chine, où l’on enregistre
des tensions inflationnistes et un certain retour à l’économie dirigée.
La croissance est revenue en Inde En
Inde la reprise est d’une rapidité étonnante : au mois d’août, la hausse
de la production industrielle a été de 10,4%. De quoi faire rêver nos pays qui
espèrent 0,2 ou 0,3% de croissance. En début d’année, au plus fort de la crise,
la production industrielle avait un taux de croissance proche de zéro ; huit
mois après, la reprise n’a cessé de s’accélérer pour en arriver à ce chiffre,
supérieur à 10%. La
confiance est revenue et la bourse a bondi de 100% en euros (et de 108% en roupies)
depuis le mois de mars. Une telle reprise boursière ne se fait pas sans raison.
Elle a rattrapé et au delà la chute provoquée par la
crise de 2008. Le président d’une société de gestion, interrogé
par Le Figaro, précise : « La croissance économique est forte, les
banques sont en bonne santé, le pays est peu endetté, la politique monétaire est
conservatrice et les profits des entreprises résistent bien à la crise :
en 2009, ils seront stables ou en légère hausse.». Certains
expliquent cette reprise spectaculaire par le plan de relance que l’Inde, comme
les autres pays, a mis en place il y a plusieurs mois. Mais si la crise a été
surmontée si vite, cela n’a rien à voir avec la relance de la demande. D’ailleurs,
pourquoi celle-ci aurait-elle fonctionné en Inde et n’aurait-elle produit à ce
jour aucun effet vraiment tangible dans les pays développés ? Si la crise
ne semble avoir été en Inde qu’un incident passager, provoqué principalement par
la réduction des exportations vers le reste du monde entré en récession c’est
pour des raisons plus fondamentales.
C’est le fruit des réformes et non de la relance Il
s’agit surtout de la rupture avec le socialisme et la planification qui caractérisaient
naguère ce pays. La libéralisation, la privatisation, l’ouverture extérieure,
le recul de l’Etat, la déréglementation, la priorité donnée au capital humain
ont permis un formidable décollage. Des centaines de millions d’Indiens ont été
sortis de la misère. L’Inde forme 150 000 ingénieurs par an, attirant massivement
les entreprises étrangères. Grâce à son savoir en informatique, l’Inde est devenue
le bureau du monde. Certes,
l’Inde s’est donnée un plan de relance budgétaire qui aurait pu provoquer des
dégâts, mais la rigueur de la politique monétaire a neutralisé les effets négatifs
des dépenses publiques. Ces dépenses ont progressé, mais les investisseurs institutionnels
ont freiné autant qu’ils le pouvaient, contrariant l’ampleur de la relance publique.
Des
obstacles persistent, mais ils sont de nature culturelle, car certains blocages
n’ont pas disparu (les castes sont encore fortement présentes dans les esprits)
et de plus la sécheresse de l’an dernier a ruiné une partie des agriculteurs.
Les paysans se souvent refusés à vendre leurs terres pour des implantations industrielles,
freinant ainsi les investissements.
En Chine aussi, la croissance est repartie… Qu’en
est-il de la Chine ? Là encore, les résultats macro-économiques sont spectaculaires
et montrent que la crise semble surmontée à une vitesse impressionnante. Au troisième
trimestre 2008, la variation annuelle du PIB était de 9% ; elle est tombée
à 6,8% au quatrième trimestre et à 6,1% au premier trimestre 2009. Dès le second
trimestre, elle remontait à 7,9% et le taux de croissance du PIB, qui vient d’être
publié pour le troisième trimestre 2009, est de 8,9%. Le PIB progressera sans
doute de 8% cette année : on est loin d’une récession, même s’il y a eu fléchissement
en raison du recul des exportations vers les pays occidentaux. Mieux
encore, la production industrielle vient de progresser en septembre de 13,9% et
les investissements sont en hausse de 33,3% entre janvier et septembre :
de quoi rêver. Beaucoup d‘observateurs et surtout les dirigeants chinois, qui,
comme tous les hommes politiques, veulent faire croire que ce sont eux qui provoquent
la reprise économique, mettent en avant un plan de relance colossal de 400 milliards
d’euros en deux ans pour financer les investissements publics et encourager
la consommation intérieure. Mais pourquoi les Américains, avec un plan de relance
d’une ampleur comparable en pourcentage du PIB sont-ils toujours proches de la
croissance zéro, même si une légère reprise pointe à l’horizon ? La
Chine tire plutôt sa croissance et sa capacité de reprise de la formidable libéralisation
et des réformes profondes qu’elle a lancées. Ouverture internationale (symbolisée
par l’adhésion à l’OMC et à ses règles de libéralisation du commerce) , privatisations,
investissement en capital humain, apparition d’entrepreneurs privés, qu’on laisse
assez libres d’investir et de s’enrichir, libéralisation des prix et des marchés,
y compris du marché du travail : voilà les vraies raisons de la capacité
de réaction de l’économie chinoise.
La Chine en surchauffe ? Pour
autant, tout va-t-il pour le mieux dans le meilleur des mondes ? Non, parce
qu’en Chine, comme dans les pays qui ont pratiqué une relance massive (on le verra
bientôt aux Etats-Unis et ailleurs), les plans de relance keynésiens, qui n’ont
donc pas relancé l’économie réelle, peuvent provoquer des dégâts économiques considérables.
La politique monétaire d’argent à bon marché inquiète et des risques inflationnistes
se profilent à l’horizon. Des bulles spéculatives, dues à ce laxisme monétaire
et budgétaire, se forment ici ou là, à commencer par l’immobilier, ou les marchés
financiers, avant de créer une inflation généralisée. Le
Monde titre sur la menace, en Chine, de « surchauffe économique » :
mais il s’agit en fait d’une surchauffe artificielle provoquée par des plans de
relance aussi inappropriés que gigantesques. On investit, avec de l’argent « public »,
venant lui-même largement de la création monétaire, n’importe comment et n’importe
où, dans des infrastructures inutiles quand elles ne sont pas purement et simplement
crées en double ! Les banques ont été obligées par le gouvernement à financer
n’importe quoi (dans la logique de ce qui s’était passé aux USA avec les subprimes).et
surtout des investissements publics, ou des investissements excessifs créant des
surcapacités artificielles dans certains secteurs. Pire
encore : les pouvoirs publics apportent leur garantie à n’importe quel crédit,
fût-il artificiel : l’essentiel n’est-il pas de
dépenser ? Le président d’une banque
privée chinoise dénonce le freinage, voire le recul de la transition vers une
économie de marché. C’est,
ici comme ailleurs le grand retour de l’Etat : aucune libéralisation du marché
des changes, avec une valeur artificielle de la monnaie chinoise, moins de marchés
libres, plus de contraintes étatiques. Ce sont les groupes d’Etat qui sont encouragés,
quitte à ce qu’ils fassent n’importe quoi. C’est donc le secteur nationalisé qui
est privilégié : si la politique ne change pas, la Chine en paiera un jour
le prix. Pour l’instant, elle vit sur les acquis de la libéralisation antérieure,
mais le retour de l’Etat, ajouté à celui de l’inflation, pourrait compromettre
le résultat obtenu. Interrompre la marche vers le libre marché serait dramatique.
Puissent les Chinois se guérir assez vite du virus keynésien qui a atteint les
hommes politiques du monde entier ! Peut-on
tirer leçon de cet éclairage sur les pays émergents ? Le premier enseignement
c’est qu’une reprise durable ne peut venir que de réformes allant dans le sens
de la liberté économique. Faute de vouloir en venir à ces réformes, des pays développés,
France en tête, connaîtront peut-être une reprise, mais ce ne sera qu’un feu de
paille. Le deuxième enseignement, c’est la malédiction des plans de relance, qui
désorganisent l’économie, déséquilibrent les finances publiques et dégradent la
monnaie. Après plusieurs années de politique de l’argent facile, les plans de
relance sont, comme disait Jacques Rueff, « des plans d’irrigation pendant
le déluge ». Si la Chine et l’Inde résistent à la facilité et reprennent
le chemin de la libéralisation, elles oublieront vite l’épisode de la crise, et
ce sera tant mieux pour l’économie mondiale. Jean-Yves Naudet
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