LA CHINE PRETE POUR LA RELANCE


Il y a un mois, nous posions la question : « La Chine bientôt en récession ? ». Un mois plus tard, il nous faut y revenir, car la Chine, face au léger recul de sa croissance, a mis au point un plan de relance typiquement keynésien de 454 milliards d’euros. A l'occasion des sommets mondiaux, les dirigeants chinois auraient-ils été influencés par leurs nouveaux amis occidentaux, récemment convertis à l’étatisme ? En tout cas, le keynésianisme est le plus sûr moyen pour accentuer la crise que l’on prétend combattre. S'ils persévéraient dans cette voie, les Chinois feraient le mauvais choix : de quoi inquiéter le monde entier.

 

Ne pas tomber en dessous de 8% de croissance

 

Les choix du gouvernement chinois ont en effet un poids décisif. La Chine est le pays le plus peuplé de la planète et va ravir la seconde place aux Américains dans les exportations mondiales et la troisième aux Allemands dans la production mondiale. Cette promotion est bien la preuve que les pays peuplés et pauvres au départ peuvent progresser et devenir rapidement des pays émergents. D'autre part, les orientations économiques constituent dans ce pays un enjeu politique majeur, puisqu'il y a un équilibre précaire entre une économie de marché et un système de parti unique : de quel côté la balance va-t-elle pencher ?

Mais voici que la Chine est touchée, comme d’autres, mais moins que d’autres, par le ralentissement économique mondial. Le taux de croissance, qui était de l’ordre de 11%, vient de passer en rythme annuel en dessous des 10% (9,9%) et les prévisions du FMI sont de 9,7% pour 2008 et de 9,3% pour 2009 : le recul est réel, mais parler de récession comme le font certains, est ridicule.  Pourtant  les  Chinois  se  sont  persuadés,  ce  que  répètent  à  l’envi  les  grands médias occidentaux, que si la croissance descend en dessous de 8%, la situation sociale sera explosive et le chômage progressera, l’économie industrielle ne pouvant absorber, avec moins de 8% de croissance du PIB, les millions de paysans quittant les campagnes pour les villes.

Cette thèse ne repose sur rien de certain, mais les dirigeants chinois craignent malgré tout que le ralentissement actuel soit dangereux pour leur "stabilité" politique. Comme beaucoup d'entre eux ont étudié en Occident, où le discours universitaire dominant est largement keynésien, ils ne voient de salut que dans un plan massif de relance.

 

Une politique monétaire active de baisse du taux d’intérêt

 

Le plan est impressionnant : 455 milliards d’euros, soit 4000 milliards de yuans. Cela représente 7% du PIB chaque année au cours des deux années à venir, ce qui est considérable. Le cabinet du premier ministre chinois en précise l’esprit : « La Chine a décidé d’adopter une politique budgétaire active et de relâcher modérément sa politique monétaire, afin d’encourager une croissance économique soutenue, en renforçant la demande intérieure » : on ne saurait trouver meilleure définition d’un plan keynésien.

Déjà, la Chine avait diminué trois fois en trois semaines les principaux taux d’intervention de la banque centrale chinoise et ce recul devrait se poursuivre. Sur ce point, c’est l’application stricte de la thèse keynésienne suivant laquelle l’investissement productif dépend du taux d’intérêt et qu’il suffit de baisser celui-ci, en créant de la monnaie, rendant le crédit moins cher et plus abondant, pour relancer l’investissement, composante de la demande globale.

On sait ce qu’il en est advenu aux Etats-Unis où cette politique de laxisme monétaire est à l’origine de la crise des subprimes. Utiliser ce qui a provoqué la maladie pour la soigner est original. Une politique monétaire active n’a jamais provoqué que de l’inflation et de toute façon on voit mal comment l’investissement pourrait encore progresser, alors qu’il atteint 40% du PIB. En tous cas, ce n’est pas quelques dixièmes de points d’intérêt en moins qui changeront la donne. Notre analyse, c’est que cette partie du plan relancera l’inflation, à un moment où les tensions inflationnistes n’ont pas totalement disparu.

 

Une politique budgétaire pour relancer la demande publique et privée

 

L’essentiel du plan concerne bien sûr le budget. Des centaines de milliards de dépenses supplémentaires sont prévus, essentiellement pour les investissements publics, les infrastructures ferrées, routières, portuaires, mais aussi la modernisation du réseau électrique, la logement, voire la protection de l’environnement. Que certaines de ces dépenses puissent être utiles en elles-mêmes est une question différente de savoir si elles vont relancer l’économie. Mais les dirigeants chinois ont aussi cédé aux pressions du monde entier qui leur recommandait de relancer leur consommation intérieure, autre composante de la demande globale, et même leur protection sociale, car son absence conduirait à une forte épargne (comme si on pouvait se plaindre d’une forte épargne). Mais, mutisme chinois oblige, on ne sait rien de la part de chaque dépense.

Le paradoxe, c'est que la Chine détient les réserves en dollars les plus importantes du monde. Elle ne les a jamais utilisées, de peur d'avoir à réévaluer le yuan – et les Chinois pensent que la sous-évaluation du yuan est une arme pour exporter davantage (les prix exprimés en monnaie chinoise étant ainsi abaissés). Une baisse des taux d'intérêt va donc accentuer encore le caractère artificiel du taux de change.

Tout ce que les Chinois vont perdre avec leur plan c'est le bénéfice de dix ans de redressement de leurs finances publiques. Ils étaient revenus à l’équilibre budgétaire en 2007; ils reviendront à un déficit majeur. Personne ne s’inquiète du financement de ces dépenses publiques. Or, cela se traduit par une hausse d’impôts ou par des emprunts accrus, réduisant ainsi le niveau d’activité dans le secteur privé.

Finalement, les Chinois se préparent à remplacer les exportations et les investissements productifs, vrais moteurs de la croissance, par la consommation intérieure et les dépenses publiques, qui détruisent la croissance au lieu de la soutenir.

Ce plan ne servira à rien ; plus vraisemblablement, il aboutira, comme tous les plans keynésiens de relance, à plus d’inflation et, finalement, à moins de croissance. Les Chinois n’ont pas été très avisés d’écouter ceux qui avaient échoué dans leurs propres pays.


Le 25 novembre 2008
 

         
 


 

 

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