CROISSANCE ZERO


Jusqu’au mois dernier, le gouvernement s’accrochait à ses prévisions de croissance qui sous-tendaient le projet de budget pour 2009 : 1 à 1,5% de hausse du PIB. Nous avions alors mis en doute ses prévisions, parlant de « la France en panne ». Mais les conjoncturistes envisageaient encore 0,8% de croissance en 2009. Les choses ont été très vite et nous ont, hélas, donné raison : ce sera, selon la Commission européenne, 0% et même, pour le FMI, une récession de 0,5%. Seule consolation : les autres ne vont pas mieux. Mais ils sont mieux armés pour rebondir le moment venu, car la récession ne durera pas éternellement.

 

On passe de 1% à 0% de croissance

 

Nous n’avons jamais beaucoup cru aux  analyses  de prévisions conjoncturelles, car l’exercice est souvent de peu d’intérêt, les prévisions sont sans cesse démenties et une dispute sur un ou deux dixièmes de point n’a aucune importance. Ce qui compte, ce sont les éléments de fond, la capacité d’une économie à s’adapter et à rebondir, la flexibilité et la mobilité, le dynamisme des entrepreneurs, la qualité des institutions et des incitations, notamment fiscales. Mais nous sommes sensibles aux mouvements de fond, et nous avions considéré que les structures de l’économie française (administratives, fiscales, sociales, réglementaires) la condamneraient au déclin.

Cette fois, l’évolution des prévisions est si radicale que nous ne pouvons rester indifférents. Déjà, à l’occasion de la présentation du budget 2009, le gouvernement avait prévu une croissance du PIB comprise entre 1% et 1,5%. Puis, face à la crise qui se développait, il a choisi le bas de la fourchette, soit 1% et s’y est accroché contre toute évidence. La publication coup sur coup de deux prévisions majeures a obligé le gouvernement à réagir.


C’était d’abord la Commission européenne, la veille d’une rencontre des ministres des 27, qui avait tiré le signal d’alarme. En 2008 la croissance serait au mieux de 0,9%, le premier trimestre ayant sauvé la situation. Mais celle-ci se dégrade de trimestre en trimestre et la Commission annonce pour 2009 une croissance zéro, ce qui ne s’était pas vu depuis des années. Nous pouvons seulement nous consoler en nous disant que nous ne sommes pas seuls et que l’Allemagne serait aussi à 0% en 2009 ; l’Angleterre à -1%, l’Italie à 0%, l’Espagne à -0,2% : on hésite encore entre stagnation et récession. La zone euro est à +0,1%.

 

Et de 0% à – 0,5%

 

Deux jours plus tard, le FMI entrait à son tour dans la danse, alors qu’il avait déjà publié des prévisions, en baisse, début octobre ; un mois après, nouvelle révision à la baisse, cette fois franchement inquiétante : recul du PIB français en 2009 de 0,5%, de 0,7% aux Etats-Unis, de 0,5% dans la zone euro, de 0,8% en Allemagne, de 0,6% en Italie, de 0,2% au Japon, de 1,3% au Royaume-Uni : tous ces chiffres sont négatifs, ce qui signifie une récession, ce qui n’était arrivé que deux fois depuis la guerre. Bien sûr, ce n’est pas 1929; 0,5% de chute en moyenne, c’est grave, mais pas au point de rappeler la grande dépression.

Du coup, après avoir bafouillé quelques jours, le gouvernement français ne pouvait faire autrement que de réviser ses prévisions à la baisse. En attendant les chiffres de l’INSEE, le ministre de l’économie a parlé pour 2009 d’une croissance comprise entre 0,2% et 0,5%. Ce n’est pas encore l’épreuve de vérité, puisqu’on sera un point en dessous, mais c’est une reculade spectaculaire. Pourquoi le gouvernement a-t-il reconnu une part de vérité ? Parce que ces prévisions conditionnent le budget 2009, les recettes fiscales, donc le déficit public.

Le gouvernement a donc annoncé qu’il allait revoir sa copie budgétaire, alors que le Parlement est encore en train de voter ce budget désormais caduc, puisque irréaliste. Du coup, selon le gouvernement, le déficit public de la France devrait être de 2,9% cette année et de 3,1% en 2009. Nous voilà hors des clous des traités européens, et on est loin du retour à l’équilibre promis à Bruxelles avant la fin de la législature.

 

Les déficits publics s’envolent et les traités européens avec

 

C’est sur ce point que la Commission européenne a marqué son désaccord avec le gouvernement français. Selon elle, le déficit public de la France serait dès 2008 de 3%, en 2009 de 3,5%, en 2010 de 3,8%, loin de l’équilibre promis pour l’année suivante. Certes, nous ne sommes pas les seuls, mais l’Allemagne sera à l’équilibre en 2008 et son déficit ne sera que de 0,2% en 2009; nous pourrons nous consoler avec les 7,2% de déficit de l’Irlande en 2010 et les 6,5% de l’Angleterre ! Voilà le traité de Maastricht enterré. Mais le déficit public moyen dans la zone euro ne sera que de 1,8%, nous en sommes au double.

Qu’est-ce que cela signifie pour la France ? Plus de déficit, cela veut dire une dette croissante, qui se rapproche des 70% du PIB, loin des 60% maximum autorisés ; cela veut dire des intérêts de plus en plus élevés, qui vont plomber les budgets futurs et cela se terminera, comme toujours, par des impôts, lorsqu’il faudra bien rembourser les emprunts actuels. Or, comme nous l’avons montré il y a peu, les prélèvements obligatoires français sont déjà au dessus des autres pays ; il sera donc impossible d’accroître encore les impôts, sauf à tuer définitivement nos entreprises et notre économie. Il faut en revenir à Turgot s’adressant à Louis XVI : « Point de banqueroute, point d’impôts nouveaux, point d’emprunts ; il faut ramener la dépense en dessous de la recette ».

Le malheur des autres nous console-t-il ? Non, car si nous sommes tous touchés par la récession, nous avons plus d’impôts que les autres, plus de dépenses publiques, plus de dette publique, notre Etat est déjà omniprésent et le président veut accroître encore son rôle ; nos entreprises sont paralysés par les réglementations et on veut réguler encore plus ; nous sommes toujours aussi colbertistes, ayant peur de la concurrence et du vent du grand large. Bien sûr, l’économie mondiale repartira et les pays émergents serviront de moteur ; mais la France ne suivra pas, car elle n’aura pas réformé son économie, ni son Etat, ni ses finances publiques, ni sa fiscalité. Seuls les pays qui ont su réformer sortiront rapidement de la crise. Nous, nous passons du colbertisme à l’étatisme sauvage. Voilà pourquoi, quand les autres auront sorti la tête de l’eau, nous serons toujours au fond, attachés par les boulets de l’Etat.


Le 18 novembre 2008
 

 


 

 

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