LA BOURSE EST-ELLE DEVENUE FOLLE ?


Et si Nicolas Sarkozy avait raison ? On se souvient du discours de Toulon : « L’idée de la toute puissance du marché qui ne devait être contrarié par aucune règle, par aucune intervention politique, était une idée folle. L’idée que les marchés ont toujours raison était une idée folle ». Dans le domaine de la bourse, on peut se demander s’il n’a pas dit vrai : la bourse semble devenue folle, avec la chute des cours, puis maintenant l’alternance de périodes de hausse et de baisse. En réalité la bourse se comporte d’une manière très compréhensible. Il y a des explications rationnelles aux mouvements actuels.

 

La bourse est indispensable pour le financement des entreprises

D’abord, comme Jacques Garello l’a rappelé dans un récent article, le marché n’est pas une personne ; il y a des personnes -chacun de nous- qui opèrent sur le marché qui ne fait que traduire leurs choix. Ni la bourse, ni un autre marché ne peut devenir fou, mais chacun d’entre nous le peut. Le marché est une procédure de libre choix, de coordination et de découverte, dont la raison d’être est l’échange. On peut faire de mauvais choix, mais dire que le marché a tort, c’est dire que de mauvais choix ont été faits. Qui peut en juger ? Les hommes politiques s’en croient capables, alors que leurs choix sont au mieux hasardeux au pire ruineux.

La bourse n’est qu’un marché parmi d’autres, le marché des capitaux à long terme. On y échange de la monnaie contre des titres, et avant tout contre des actions. La bourse n’est pas apparue par hasard, ou parce qu’une autorité politique l’aurait voulu, mais pour répondre à de vrais besoins et tout d’abord celui des entreprises de se financer en recueillant l’épargne de ceux qui ont une capacité de financement. Acheter une action nouvelle, c’est apporter des capitaux propres aux entreprises ; c’est leur permettre d’investir et de se développer.

L’actionnaire est copropriétaire de l’entreprise. L’achat ou la vente d’actions existantes est donc un échange de droits de propriété. C’est ce qui assure la mobilité du capital, ce qui permet (par exemple lors d’une OPA) de changer des équipes dirigeantes peu dynamiques en les remplaçant par d’autres qui pensent pouvoir mieux la gérer. La bourse, confrontant toutes les offres et demandes, fait apparaître un vrai prix, porté à la connaissance de tous, qui donne une information sur la situation de l’entreprise ou sur ce que les opérateurs en pensent.

 

25 000 milliards partis en fumée ?

Depuis quelques mois, partout, les bourses font du yoyo, avec une tendance générale à la baisse. La bourse de Paris a perdu environ 43% de sa valeur depuis le début de l’année, c'est-à-dire que les cours ont reculé de 43%. Depuis début octobre, les principales places financières mondiales ont reculé de 25%, avant de remonter brutalement, mais la tendance générale à la baisse existe depuis plus de dix mois. On a calculé, même si le calcul est forcément un peu imprécis, que l’ensemble des bouses ont vu « partir en fumée » près de 25 000 milliards de dollars, soit presque le double du PIB des Etats-Unis.

Parfois c’est pire, comme la bourse de Moscou, qui a perdu 72% de sa valeur, ou celle de Reykjavik, 94% ! Tout cela n’est-il pas fou ? Certains voudraient fermer les bourses : autant casser le thermomètre ! Mais pourquoi les opérateurs n’ont-ils pas réagi positivement à tous les plans concoctés par le pouvoir, qui, tout en avouant être « en faillite », trouve des centaines de milliards pour soutenir les banques ou les entreprises, en nationalisant une partie de leur capital ? Comment les opérateurs ne peuvent-ils pas être reconnaissants de tout ce que font pour eux les pouvoirs publics ? Enfin les opérateurs ne sont-ils pas fous quand un jour la bourse baisse de près de 10% et qu’elle remonte de 7 ou 9% le lendemain !

Tout cela s’explique très bien. Les opérateurs en bourse, et chacun d’entre nous peut l’être, ne sont pas des philanthropes qui donnent leur argent, ni des hommes d’Etat qui dépensent l’argent des autres. Ils opèrent avec leur argent et sont donc attentifs au rendement (le dividende, part des profits distribuée) et au risque (possibilité de gain ou de perte en capital). Ceux qui vendent des titres ont été ces temps-ci plus nombreux qui ceux qui en achètent, c’est ce qui fait baisser les cours, car les épargnants sont nombreux à penser que l’économie entre en récession, du moins dans les pays développés et que les profits vont reculer (c’est déjà le cas), donc les dividendes, et que la valeur même des entreprises en sera affectée.

 

Dans l’incertitude, garder son sang froid

Si la bourse a baissé, c’est que l’on a perdu confiance dans la solidité de nos économies et de nos banques. Les épargnants ont compris que des erreurs majeures ont été commises dont on est en train de payer le prix. Ils ne savent si l’agitation politique actuelle, les mesures prises, les sommets qui se succèdent, ne vont pas aggraver la situation. Surtout ils se demandent si l’économie est aussi solide qu’il n’y paraît, quand on leur annonce chaque jour que le bâtiment, l’automobile, le transport et la sidérurgie réduisent leur activité.

Mais, en sens inverse, les opérateurs en bourse se disent que les cours sont tombés si bas qu’acheter des actions sous-évaluées est aujourd’hui une bonne affaire. Ils apprennent aussi que certains pays (les émergents) ou certains secteurs (chimie, électronique) ou certaines entreprises (Essilor par exemple) semblent poursuivre leur expansion.

Enfin, et non le moindre, la grande peur d’une récession massive et durable ayant déjà été anticipée dans la baisse des cours, il  n’y a aucune raison de l’enregistrer à nouveau.

Au total, comme la situation est incertaine, cela se traduit par l’incertitude des comportements.

Que va-t-il se passer ? Va-t-on retrouver l’euphorie ?

Personne ne peut le dire, car personne ne sait si la récession va s’aggraver, si les gouvernants vont aller dans le bon ou le mauvais sens. Ce qui est certain, c’est que la récession ne durera pas toujours ; dès que les marchés financiers (qui sont plus clairvoyants que tous les instituts de prévisions) vont anticiper durablement une reprise, avant qu’elle ne se soit traduite dans les chiffres, les cours remonteront. A long terme, la bourse est toujours gagnante, parce que la croissance finit par revenir. Cela nécessite de garder son sang froid (tant qu’on n’a pas vendu, on n’a pas perdu) et cela nécessite surtout que les pouvoirs publics gardent le leur, au lieu de commettre de nouvelles bévues. Une nouvelle flambée de «régulation et supervision » n’arrangerait certainement pas les choses.


Le 12 novembre 2008
 

 


 

 

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