LA CHINE BIENTOT EN RECESSION ?


La cause est entendue : la crise financière s’est étendue à l’activité économique, et tous les pays sont touchés par la récession. Les pays émergents eux-mêmes sont atteints et, à en croire la presse, la Chine ne va pas tarder à entrer à son tour en récession.

La réalité est bien différente et s’il est vrai que les pays occidentaux auront une croissance quasi-nulle, pour des raisons souvent étrangères aux turbulences financières, il n’en va pas de même pour les pays émergents en général et la Chine en particulier. Pour l’instant, seul un léger ralentissement est annoncé, l’économie chinoise reste solide et un recul plus fort de l’économie mondiale peut être ainsi évité.

 

La croissance « tombe » à 9,9%

Nous avons regardé, écouté et lu les médias : la récession est partout et « s’ils ne mourraient pas tous, tous étaient frappés ». Lisons les grands titres de la presse réputée sérieuse. Les Echos : « L’économie chinoise subit les conséquences de la crise mondiale ». Le Monde (à la une) : « La Chine est touchée à son tour ». Le Figaro-économie : « Le ralentissement chinois inquiète ». Il est clair que le ralentissement mondial a quelque répercussion sur l’économie chinoise. Mais en regardant les chiffres de plus près, on est loin de la récession, et la Chine va jouer de plus en plus le rôle de locomotive mondiale.

La croissance aurait-elle disparu ? En 2007, elle était spectaculaire, avec une progression de 11,8% du PIB. Depuis quelques mois, le rythme se ralentit effectivement. Pour la première fois depuis quelques années, la progression annuelle (douze mois se terminant en septembre) est tombée en dessous du chiffre symbolique des 10%, à 9,9% exactement. Pour l’ensemble de 2008, il est question de 9,7% et même de 9,3% en 2009. La production industrielle, qui progressait encore en début d’année au rythme incroyable de 16,3%, a maintenant un rythme de croissance de 11,4%.

 

Le recul est donc sensible, avec deux points de moins de PIB en 2008 par rapport à 2007. Mais, à ce niveau là, cela fait moins de 20% de croissance en moins : c’est comme si un pays occidental était passé de 3% à 2,4%. A 9,7%, il y a encore de la marge avant la récession, qui implique deux trimestres de croissance négative. On en est loin. Au temps heureux des trente glorieuses, la croissance en Occident était au mieux de 5% par an (deux fois moins qu’en Chine), ce qui a suffi à bouleverser le mode et le niveau de vie de chacun. Avec 9,9 ou 9,7% de croissance, la Chine reste non seulement championne du monde actuelle, mais aussi l’une des championnes de toute l’histoire économique.

 

Investissements et exportations soutiennent la croissance

Rappelons que le FMI annonce pour 2008 aux Etats-Unis 1,6% de croissance et 0,1% en 2009, dans la zone euro, 1,3% et 0,2%, au Royaume-Uni 1,0% et -0,1%, en France 0,8% et 0,2%. Tout en observant la prudence la plus élémentaire vis-à-vis des projections macro-économiques, voilà qui relativise la mauvaise performance chinoise. Il n’y a d’ailleurs pas que la Chine et le FMI montre que l’Inde (7,9% en 2008 et 6,9% en 2009) ou la Russie (7% et 5,5%) résistent assez bien. Même l’Afrique, que l’on considère souvent comme sinistrée, aura 5,9% de croissance en 2008 et 6,0% en 2009. Ce n’est pas la récession généralisée et la croissance du PIB mondial devrait être de 3,9% en 2008 et 3,0% en 2009 : elle sera donc entièrement portée en 2009 par les pays de l’ex-tiers-monde.

Pour revenir à la Chine, les autres indicateurs sont également encourageants. Le plus important porte sur les investissements en capital fixe, car ce sont eux qui préparent l’avenir et la croissance future. Or ceux-ci, depuis cinq ans, sont systématiquement en dessus des 25% du PIB, et même se situent à 27% en 2008. Avec de tels niveaux d’investissements (plus du quart de la production), il n’est pas possible que la croissance chinoise s’effondre.

Certes, on fait valoir qu’avec la récession occidentale, les exportations chinoises se ralentissent, puisque nos pays achètent moins à la Chine. Mais les exportations restent un moteur essentiel de la croissance chinoise et il ne faut pas oublier que la Chine commerce beaucoup avec les autres pays émergents. Résultat : les réserves de change continuent à progresser ; elles étaient fin septembre de 1 905 milliards de dollars, contre 1000 il y a deux ans et 500 il y a quatre ans. La Chine a donc une belle force de frappe financière (y compris avec ses fonds souverains) que la crise financière n’a pas détruite. En outre, l’inflation, menaçante il y a peu, a diminué pour retomber à 4,6%, contre 8,7% il y a six mois.

 

Le véritable danger : le protectionnisme

Bien sûr, il y a certaines difficultés ici ou là. Le Monde souligne qu’en Chine « les faillites se multiplient du fait du ralentissement économique ». Mais une économie en forte croissance n’échappe pas à des réajustements : les goûts changent vite, certaines entreprises n’ont pas la flexibilité voulue, la concurrence est exigente, etc.

Cela ne signifie pas que la Chine (comme les autres pays émergents) ne soit pas sensible aux difficultés de l’économie mondiale. Mais la mondialisation ne signifie pas la contagion des crises, elle permet au contraire de maintenir la dynamique économique. Sans la mondialisation et sans les pays émergents, notre situation aurait été infiniment plus grave. Ceux qui font des comparaisons hâtives avec 1929 devraient y réfléchir : la contagion a été alors un sous-produit du protectionnisme. Aujourd’hui la tentation des occidentaux est de profiter de la crise pour éliminer la concurrence des pays émergents, ou pour les associer à une révision complète des règles du libre échange. Ce serait alors à coup sûr la ruine généralisée, et les relations politiques se tendraient dangereusement.

En conclusion, n’oublions pas pour autant que la Chine a aussi ses fragilités ; une économie de marché, avec ce qu’elle implique de liberté de choix et de liberté de circulation de l’information, ne peut éternellement prospérer dans un Etat totalitaire. Le mélange du marché libre et d’interventions étatiques fortes, avec des entreprises nationalisées, un système bancaire sous contrôle, des fonds souverains appartenant à l’Etat, n’est pas porteur à long terme. Il faudra un jour accepter l’environnement institutionnel et politique qui va de pair avec le marché. Pour le bien de la planète toute entière, et pour celui du peuple chinois, il serait souhaitable que la Chine choisisse la liberté, et continue à jouer un rôle économique moteur.


Le 4 novembre 2008
 

 


 

 

Imprimer cette page