L’INFLATION MENACE LES PAYS ÉMERGENTS
Rien n’est jamais définitif en matière d’inflation,
mais, pour l’instant, celle-ci semble maîtrisée dans les pays développés, comme
en témoignent les derniers chiffres de l’OCDE. En revanche, la hausse des prix
devient inquiétante dans les pays émergents. Comment expliquer cette différence
de situation? L’emprise politique, le manque de concurrence et surtout
l’accroissement explosif de la masse monétaire sont parmi les facteurs incriminés,
qui ne se retrouvent pas forcément dans les pays développés. Il est décisif pour
ces pays à forte croissance qu’ils maîtrisent leur inflation, s’ils veulent ne
pas compromettre leur développement. Dérapage des prix dans
de nombreux pays émergents Dans les pays développés membres
de l’OCDE, l’inflation semble globalement maîtrisée. Selon les derniers résultats,
la hausse du niveau général des prix est en moyenne à un taux annuel de 2,2% dans
les trente pays membres de l’OCDE, contre 2,6% en 2006. La hausse des prix est
de 2,1% pour l’ensemble du G7 et dans les pays de la zone euro. En France elle
est de 1,5%, de 1,8% au Royaume-Uni. Le Japon enregistre une baisse des prix de
0,2 % ! Certes, il faut rappeler que l’inflation n’est jamais
définitivement vaincue et qu’une politique monétaire maladroite peut en quelques
mois anéantir tous les efforts. A ce titre, il faut surveiller le dérapage de
la masse monétaire aux Etats-Unis (où l’inflation atteint tout de même 2,8%) et
dans la zone euro (les chiffres provisoires indiquent une accélération de l’inflation
à 2,6% à fin octobre). Mais la mondialisation conduit les prix sur le chemin de
la sagesse. Pour l’instant, il n’y a pas encore eu de dérapage trop sensible,
en dépit de la crise des subprimes et du relâchement monétaire qu’elle a entraîné
(notamment aux Etats-Unis). Il n’en va pas de même dans les pays émergents. Laissons
de coté les pays en pleine décomposition et sous influence marxiste, comme le
Zimbabwe, avec 8000% d’inflation. Mais le dérapage est sensible en Russie, avec
9,4% d’inflation (et on attend 10% cette année, d’où les mesures stupides de contrôle
des prix dont nous avons parlé la semaine dernière). En Chine, l’accélération
est sensible, avec 6,2% cette année, contre moins de 2% il y a deux ans. En Afrique du sud, la hausse est passée de 4,9% en 2006
à 7,2% en 2007. Au Vietnam, là elle est de 8,8%. On trouve encore une accélération
forte en Iran, 13,5% fin mars, 16% fin octobre, 20% en fin d’année, ou dans les
pays pétroliers du Golfe (10% en moyenne). L’inflation
détruit une économie Face à cette situation, Le Monde a raison de titrer
« les pays émergents malades de la hausse des prix ». Faut-il s’en inquiéter ?
Florin AFTALION, interrogé par Le Monde (une fois n’est pas coutume, voilà que
le Monde prend l’avis d’un « ultralibéral ») rappelle la formule célèbre :
« Il n’existe pas de moyen plus subtil et plus sûr de renverser les bases
d’une société que de pervertir sa monnaie » et ajoute « L’inflation
détruit une économie ». Il rappelle aussi qu’aucun pays ne peut fixer durablement
les prix, sauf régime absolument totalitaire comme celui des nazis où les contrevenants
étaient eux aussi envoyés dans des camps de concentration. Partout les forces
économiques finissent par l’emporter, « le pouvoir des marchands est plus
grand que celui des dirigeants politiques». Il rappelle aussi que « l’inflation est un moyen
de financement très commode, appréciée par les hommes politiques, dans la mesure
où elle permet à court terme d’accorder des hausses de salaires et des subventions,
de mettre de l’huile dans les rouages. Ce n’est qu’à long terme que les décalages
apparaissent et que les ressources ne sont plus allouées correctement ».
L’inflation est un phénomène qui trouve sa source dans les dérapages du pouvoir
politique. C’est donc de ce côté qu’il faut se tourner pour expliquer l’inflation
dans les pays émergents. Comment la politique
monétaire compromet le « développement durable » Les écologistes ont lancé la mode du « développement
durable ». Mais ce qui compromet à terme le développement des pays émergents,
ce n’est pas le commerce mondial ou le réchauffement de la planète, mais bien
plus sûrement l’accélération de la création monétaire à l’origine de l’inflation.
Comme le rappelait FRIEDMAN, « l’inflation est toujours et partout un phénomène
monétaire ». Les dérapages monétaires s’expliquent d’abord par le
fait que dans les pays concernés la banque centrale est « dans la main du
gouvernement » comme disait NAPOLEON. Autant placer le pot de miel sous la
garde de l’ours ; la monnaie est une chose trop sérieuse pour être confiée
aux hommes politiques. Les pays développés en sont progressivement venus à dégager
les banques centrales de l’emprise des gouvernements - bien que cette indépendance
soit toujours précaire, ce qui a inspiré à Hayek une solution bien meilleure :
la privatisation des monnaies. En second lieu ces pays, Chine en tête, manipulent artificiellement
la valeur de leur monnaie. Avec leurs très forts excédents commerciaux ils devraient
avoir une monnaie très « forte », tout le monde devrait avoir besoin
de yuan. Mais les Chinois préfèrent maintenir leur taux de change à un niveau
élevé en achetant des devises et en dépréciant leur monnaie nationale par des
accroissements permanents de leur masse monétaire intérieure. Ils pratiquent ce
que les pays développés ne font plus aujourd’hui : la « dépréciation
compétitive ». En troisième lieu dans ces pays il y a de nombreux obstacles
à la concurrence. Le Monde rappelle qu’il « faut aussi incriminer le manque
de concurrence dans beaucoup de pays émergents. Lorsque l’emprise politique (partis
communistes chinois ou vietnamien, pasdarans iraniens, silovikis russes, bolivariens
vénézuéliens) s’étend au commerce, à la finance et à l’industrie, le consommateur
subit de plein fouet des prix arbitraires ». Quant à la concurrence des produits
étrangers, elle est limitée par la manipulation des changes et de nombreuses mesures
protectionnistes. En fin de compte c’est bien l’emprise étatique qu’il
faut incriminer : politique monétaire décidée par les gouvernements, dépréciant
volontairement les monnaies, et faussant totalement la concurrence interne et
internationale Voilà pourquoi, dans l’intérêt des pays émergents et
de leur développement, il faut encore plus de concurrence internationale, et surtout
moins d’Etat. Sans cela l’inflation détruira le développement, en orientant le
pays vers les placements spéculatifs, les dépenses publiques, le gaspillage de
l’épargne, la spoliation rapide des entrepreneurs et des classes moyennes. Le 20 novembre 2007 |