BUDGET AMERICAIN : L’EFFET LAFFER A JOUE A PLEIN


Laffer, vous connaissez ? Si vous nous lisez depuis longtemps, vous devriez connaître. Mais, de toutes façons on ne peut vous en vouloir d’ignorer ce que Bercy feint d’ignorer. Quand en 1995 il a été question de baisse des impôts (comme CHIRAC l’avait promis) nos inspecteurs des finances ont crié au scandale, en agitant le spectre d’un déficit budgétaire record. On ne croyait pas à « l’effet Laffer » Et on a augmenté la TVA et autres prélèvements...

Les Américains, eux connaissent LAFFER, cet économiste conseiller de REAGAN qui a expliqué quelque chose de très simple : la baisse des taux d’imposition stimule l’offre, donc la croissance, donc le rendement des impôts. Voilà pourquoi le déficit budgétaire se réduit.

S’il en était besoin, ce qui se passe en ce moment à Washington devrait confirmer une fois de plus la pertinence de cette analyse. Les démocrates en sont encore consternés : G.W. BUSH a baissé les impôts, ce qui selon eux devait provoquer un déficit budgétaire accru, or celui-ci s’est établi à son plus bas niveau depuis quatre ans !

 

Le plus faible déficit budgétaire depuis quatre ans

Cela fait maintenant six ans que G.W.BUSH est au pouvoir et l’un des éléments clefs de sa politique économique n’a pas varié : la baisse des impôts. Certes, on aurait pu espérer encore mieux et BUSH n’a pas osé franchir certains pas, comme celui de la flat tax. De plus, en raison de l’opposition d’une partie du Congrès, il n’a pas encore réussi à rendre permanente sa baisse d’impôts. Mais toujours est-il que baisse des impôts il y a eu.

Selon tous les experts keynésiens, cette politique devait entraîner une catastrophe budgétaire : un impôt de 30% rapporte moins qu’un impôt de 40%. Mais les keynésiens ignorent tout de la logique de la croissance, qu’ils cherchent du côté de la dépense (vivent les dépenses publiques), alors qu’elle est du côté de l’initiative des entrepreneurs, des travailleurs et des épargnants, toutes personnes qui n’aiment pas être volées par l’Etat ! 

Ainsi le déficit budgétaire américain est-il revenu, lors de l’année fiscale 2006, qui s’est terminée le 30 septembre, à son plus bas niveau depuis quatre ans. Selon le Trésor américain, il s’est établi à 247,7 milliards de dollars (198 milliards d’euros), soit 22% de moins qu’en 2005. On est surtout très en dessous des prévisions pessimistes de 423 milliards de dollars faites en février 2006 : on en est presque à moitié moins.

 

Le déficit représente 1,9% du PIB, contre 3% en Europe

Il faut remonter à 2002 pour trouver un déficit plus faible (159 milliards). Inutile de dire que G.W BUSH a salué de la Maison Blanche « une réduction spectaculaire » du déficit des finances publiques et il s’est félicité d’avoir rempli avec trois ans d’avance sa promesse de la campagne présidentielle de 2004 de réduire de moitié, en pourcentage du PIB, ce déficit.

Certes, le déficit qui reste peut paraître important, mais il reste modéré à l’échelle des Etats-Unis : il s’établit en effet cette année à 1,9% du PIB, soit bien en dessous de la plupart des déficits européens, qui sont autour des 3%, maximum autorisé par Bruxelles.

Le succès américain s’explique par la  croissance spectaculaire qu’ont connue les Etats-Unis jusqu’à cette année, où elle commence à se ralentir (en particulier avec la fin de la bulle immobilière). L’an dernier nous étions encore certains trimestres sur une pente de 5%. Mais cette croissance, à son tour, a eu pour cause les baisses d’impôt des années précédentes. Celles-ci, comme le dit le président BUSH, ont permis aux Américains de « conserver une proportion plus importante de ce qu’ils gagnent ».

Or ce seul fait suffit à tout changer : quand vous gagnez 100 et qu’il vous en reste désormais 70 après impôts, vous n’avez pas le même comportement que si vous gagnez 100 et qu’il vous en reste seulement 60. Il y a là une formidable incitation à entreprendre, à créer des richesses nouvelles, à investir, à travailler plus, à faire des heures supplémentaires, à reprendre un job, à chercher à progresser dans son travail, à épargner plus, bref à produire plus pour gagner plus. Qui dit hausse de la production dit hausse de la matière imposable, dont du rendement des impôts. Voilà pourquoi un taux d’impôt de 30% finit au bout de quelques années par rapporter davantage qu’un taux d’impôt de 40%.

 

Mais il aurait fallu réduire massivement les dépenses publiques

Voilà pourquoi Le Monde qui, il faut le dire, rapporte assez objectivement ces chiffres, se trompe quand il titre sur quatre colonnes «  le déficit budgétaire américain a fondu grâce à la croissance et malgré les baisses d’impôts » ; il faudrait écrire « le déficit budgétaire américain  a fondu grâce à la croissance obtenue grâce aux baisses d’impôts » et non malgré eux.

Il faut en effet mesurer le chemin parcouru. Alors que les taux d’imposition ont baissé, les recettes fiscales ont progressé cette année de 11,8%, (les recettes de l’impôt sur les sociétés de 27,2%, celles de l’impôt sur le revenu de 12,6%), tandis que les dépenses augmentaient de 7,4% à 2 650 milliards. Si l’on peut faire un reproche au Président BUSH et surtout au Congrès, c’est de ne pas avoir baissé les dépenses publiques : une hausse de 7,4% des dépenses budgétaires, ce n’est pas du tout raisonnable. Si les dépenses avaient seulement été stabilisées, le déficit budgétaire aurait pratiquement disparu. Il aurait fallu faire maigrir l’Etat fédéral, comme REAGAN y était parvenu en son temps.

Des think tanks comme Heritage Foundation reprochent vivement à G.W.BUSH d’avoir laissé filer les dépenses publiques, non seulement à cause de la guerre, mais aussi les dépenses de retraite ou de santé. Et la situation démographique va faire que les retraites pèseront de plus en plus. Il aurait donc fallu, selon Heritage, prendre les devants et diminuer maintenant massivement les dépenses publiques. Les déficits repartiront si les dépenses dérapent à nouveau, a fortiori si la croissance devait se ralentir.

La politique économique américaine a donc ses faiblesses, les finances publiques traînent une dette importante (même si elle est là encore inférieure à celle de la France en pourcentage du PIB) Mais la preuve est faite que, pour l’économie comme pour les finances publiques, il faut réduire les taux d’imposition. Partout et toujours.

 
   


 

 

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