OU VA L’ECONOMIE AMERICAINE ?


G.W.BUSH réélu, c’est, comme le dit Jacques GARELLO dans son éditorial de la semaine dernière, « à nouveau l’espoir ». Mais cet espoir s’applique-t-il à l’économie ? Comme l’ont expliqué à longueur de colonnes tous les médias français, c’est une économie délabrée que BUSH I transmet à BUSH II (et que seul John KERRY aurait pu redresser, bien entendu). Mais, loin des désinformations idéologiques, quelle est la situation réelle de l’économie américaine ? Elle est, sans aucun doute, bien meilleure que celle de l’Europe et de la France en particulier. Ce qui n’exclut pas, comme partout, la nécessité de nouvelles réformes.

 

Une forte croissance

 

Ce qui frappe avant tout, c’est la vigueur de l’expansion américaine. On a beaucoup dit que la croissance s’était ralentie en 2004. Il est vrai qu’elle avait été exceptionnelle en 2003 avec en particulier au troisième trimestre une progression du PIB supérieure à 7%. Mais la croissance de 2004 n’est pas mauvaise non plus. Pour le troisième trimestre 2004, le PIB progresse en termes annuels de 3,7%. Sur les douze derniers mois, la hausse est de près de 4%.

Tous les secteurs sont en expansion. La consommation se porte bien puisqu’elle a augmenté de 4,6% au troisième trimestre : la confiance des ménages est là. Cette croissance de la consommation ne se fait pas dans le vide : la croissance de l’offre l’a précédée. En particulier l’investissement en équipements et en logiciels a progressé de 14,9%, ce qui est considérable, après 14,2% au second trimestre. Faut-il avoir la cruauté de comparer ces chiffres à ceux de la zone euro, alors que Bruxelles comme le FMI viennent d’annoncer que la croissance y serait moins forte que prévu : 2% au mieux en 2005, après 2,1% en 2004.

Mais on a assez dit et répété que la croissance américaine était une croissance sans emplois. Venant de France, le pays développé dans lequel le chômage est le plus élevé (voir notre

conjoncture de la semaine dernière), cette critique ne manque pas de sel ! 337 000 emplois ont été créés en octobre, 139 000 en septembre et 198 000 en août. Qui dit mieux ? Cela représente un rythme supérieur à deux millions de création nette d’emplois en un an. Le taux de chômage n’a cessé de se réduire, depuis deux ans, et il est maintenant de 5,4% de la population active (9,9% en France, faut-il le rappeler).

 

Pourquoi un dollar si faible ?

 

Ces résultats globaux réels sont-ils compatibles avec la faiblesse actuelle du dollar. Avec 1,30 dollar pour un euro, le billet vert a connu sa plus faible cote depuis cinq ans. Ce taux de change pénalise-t-il l’Europe (au point que la Banque Centrale Européenne se propose de soutenir le dollar sur le marché des changes) ? Sans doute les exportations d’Europe vers la zone dollar sont-elles gênées : ceux qui doivent payer en euros sont pénalisés. Les touristes américains en Europe trouvent aussi la facture salée. Les exportations américaines vers l’Europe sont à meilleur coût, au détriment des producteurs européens. Mais, en sens inverse, nous payons la facture pétrolière en dollar, ce qui est bien plus économique pour nous.

 

Ce n’est pourtant pas pour les besoins du commerce international que les autorités américaines ont toléré une telle baisse de leur monnaie. C’est essentiellement sous la pression de Wall Street, car les boursiers aiment bien des taux d’intérêt artificiellement bas, puisque l’argent est la matière première du crédit dont les opérateurs ont besoin. D’autre part, la contre-partie de la masse monétaire américaine est faite de lourdes créances sur le Trésor américain, très endetté à l’égard de prêteurs étrangers (asiatiques essentiellement). Tant que l’Etat américain fonctionnera à crédit, la monnaie américaine ne sera pas très solide.

Il faut donc attendre que les finances publiques soient assainies pour espérer un retour du dollar. L’effort de guerre supporté par le budget n’est pas près de se ralentir. Mais George BUSH a l’intention de réduire sérieusement le budget civil, en allégeant l’administration et en supprimant des programmes coûteux et inefficaces, comme ceux de la protection sociale.

En attendant, Alan GREENSPAN va enrayer le risque d’inflation en relevant les taux d’intérêt : deux relèvements d’un quart de point déjà opérés en deux semaines, et on peut s’attendre à d’autres hausses si nécessaire. Dans le même sens, le prix du pétrole pourrait descendre à des niveaux inférieurs si la conjoncture au Moyen Orient se modifiait sensiblement.

Un pronostic sur le dollar à court terme est donc très incertain à l’heure actuelle, mais il est vraisemblable que la chute du dollar n’a pas de raison de se prolonger. Il serait cependant préférable pour la santé de l’économie américaine que l’on renonce à cette politique monétaire « active » dont les vertus sont moindres que les effets pervers : à quand un taux d’intérêt fixé librement par le marché ? A quand l’assainissement des finances publiques ?

 

Les perspectives sont bonnes

 

Cet optimisme mesuré sur l’avenir du billet vert trouve aussi son aliment dans la solidité des « fondamentaux » de l’économie américaine. L’esprit d’entreprise est fortement mobilisé par les baisses d’impôts importantes réalisées par George W. BUSH I. La flexibilité des entreprises est assurée par une grande mobilité de la main d’oeuvre et une législation donnant une grande souplesse au marché du travail.

Le programme économique de George BUSH II est de nature à rendre l’économie américaine encore plus performante. Les baisses d’impôts vont se poursuivre, et paradoxalement vont atténuer le déficit budgétaire : c’est le fameux effet LAFFER (auquel Bercy « ne croit pas »), puisque les entrepreneurs et les autres sont incités à gagner plus d’argent quand ils savent que cet argent sera pour l’essentiel dans leurs poches au lieu d’aller chez le percepteur, mais gagnant plus d’argent ils payent un montant total d’impôts en valeur absolue supérieur et les rentrées fiscales sont plus importantes.

D’autre part, et c’est le plus important du programme, le système de protection sociale va être complètement refondu. La privatisation quasi-totale de la « Sécurité Sociale » (système de retraites) va apporter une épargne fraîche sur le marché des capitaux et de nouveaux investissements vont pouvoir soutenir la croissance américaine. Au total les perspectives sont bonnes, n’en déplaise aux Cassandre qui spéculent sur la fin du « rêve américain ». 

Le 16 Novembre 2004

 
   


 

 

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