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« UNE BAISSE DURABLE DU CHOMAGE »
10% de chômeurs en France On arrive au fameux « chômage à deux chiffres ».
Selon le ministère de l’emploi, du travail et de la cohésion sociale,
il y avait fin septembre 2 446 200 demandeurs d’emplois. Le
recul est de 0,3% par rapport au mois d’août (6 900 chômeurs de
moins), mais sur un an le chômage a continué de progresser (+ 0,5%). Pourtant cela ne concerne que la catégorie
1, à savoir des personnes immédiatement disponibles, cherchant un emploi
à temps plein, à durée indéterminée, et ayant travaillé moins de 78
heures dans le mois. Si l’on rajoute (et c’est un minimum) ceux qui
ont eu une activité occasionnelle ou réduite de plus de 78 heures dans
le mois, le chômage est plus élevé d’environ 450 000, ce qui est
considérable, et il progresse de 0,1% en septembre par rapport à août
et de 2,2% en un an. Enfin, si l’on tient compte de toutes les autres
catégories (recherche d’un travail à temps partiel, ou à durée déterminée),
on augmente le nombre de chômeurs de plusieurs centaines de milliers
et on dépasse largement les 3 millions. Ce qui est également significatif,
c’est le chômage au sens du BIT (Bureau international du travail), qui
permet les comparaisons internationales. Il s’établit désormais en France
à 9,9% de la population active, soit pratiquement la barre symbolique
des 10% de chômeurs. Or il faut savoir que dans l’ensemble de l’OCDE,
ce taux s’établit en moyenne à 6,9%. Il est de 5,4% aux Etats-Unis,
de 4,8% au Japon ou de 4,7% au Royaume-Uni : nous sommes donc à
plus du double. Aucun grand pays ne fait plus mal que nous, pas même
l’Allemagne. En dynamique les chiffres sont tout
aussi inquiétants. Le chômage des jeunes de moins de 25 ans est encore
en hausse de 1,2% (et de 1,8% en un an), il touche pratiquement un jeune
actif sur 4. Rien de tel en Allemagne où le nombre de jeunes chômeurs
(en pourcentage des actifs) ne dépasse pas celui des adultes, en raison
d’un système éducatif mieux adapté. Un chômage de longue durée En outre, le chômage français est largement
structurel, comme le montre la proportion élevée de chômeurs de longue
durée, et une proportion en hausse, puisqu’en septembre le nombre de
chômeurs inscrits depuis au moins un an a augmenté de 1,3 %, et celui
des chômeurs inscrits depuis deux à trois ans de 2,3%. Faut-il rappeler
qu’aux Etats-Unis on est en général au chômage pour quelques semaines
seulement, ce qui en change totalement la nature économique et le coût
humain : le chômage est simplement la marque d’une grande flexibilité
de l’emploi. Chez nous, celui qui perd son emploi doit s’attendre à
rester durablement au chômage. Cela nous interroge pour le moins sur
la grande rigidité de notre marché du travail et sur notre système d’indemnisation
du chômage, qui favorise le chômage de longue durée. Si l’on regarde maintenant du coté
des sorties du chômage, il n’y a pas de quoi se rassurer. En effet,
les sorties du chômage pour la reprise d’un emploi ont diminué de 2,4%.
Cela signifie que si l’on sort du chômage, ce n’est pas nécessairement
pour trouver immédiatement un emploi, mais cela peut être pour un stage
ou encore parce que l’on a renoncé à chercher un emploi. Sortie du chômage
ne signifie pas toujours emploi retrouvé. Face à ce tableau catastrophique, qu’ont
fait les pouvoirs publics ? Ils s’étaient enfin résolus à explorer
la piste de l’assouplissement des conditions de licenciement, notamment
en admettant le maintien de la compétitivité comme l’un des motifs légaux
de licenciement. Allait-on prendre le chemin de la flexibilité ? Le chemin de la flexibilité Car les entreprises ne licencient pas
pour leur plaisir. Elles ne se séparent de leur personnel que lorsque
toutes les autres solutions ont été épuisées. Ce n’est pas affaire de
philanthropie, mais de réduction des coûts d’embauche et de formation.
Le personnel « kleenex » est celui qui est le plus cher. Pour
autant une entreprise ne peut supporter durablement la charge d’un effectif
trop important pour la productivité réalisée. Si l’on peut facilement
licencier en cas de crise, on pourra aussi facilement embaucher en cas
de reprise et de développement. Voilà ce que le gouvernement semblait
avoir compris. Mais, à la grande fureur du MEDEF, il vient de renoncer
à cette réforme : les règles de licenciements ne seront pas assouplies.
C’est un mauvais coup porté à l’emploi. Va-t-on continuer dans cet aveuglement ?
Le ministre délégué aux relations du
travail, Gérard LARCHER, vient d’emmener une délégation de syndicalistes
français voir ce qui se passait au Danemark où le chômage est faible,
à peine supérieur à 5%. Qu’ont-ils vu ? Un système dit de « flexsécurité ». Il est caractérisé par une liberté absolue
donnée aux employeurs pour embaucher et débaucher, avec une totale flexibilité.
Il n’y a pas de salaire minimum, ni de durée légale du travail. L’Etat ne se mêle pas des négociations. Mais il y a aussi des
garanties sociales élevées en cas de chômage et donc une forte protection
des salariés. On peut discuter du modèle, car cette protection excessive
empêche la flexibilité de jouer à plein. Mais le seul fait d’avoir assoupli
les conditions de licenciement a permis aux Danois de diviser leur chômage
par deux ! Mais il n’y a pas que l’exemple danois.
Partout où le marché du travail a été rendu flexible, partout où le
salaire a joué un véritable rôle régulateur (sans salaire minimum) et
partout où les charges ont été réduites (20% de charges sociales en
Angleterre), le chômage a diminué. Comme nous n’avons rien voulu faire
de tout cela, gageons que le pari de M. RAFFARIN sera perdu et qu’il
n’y aura pas de baisse sensible du chômage en France. Hélas. Le 9 Novembre 2004
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