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CHOMAGE : LE MAL FRANÇAIS
Les chiffres du chômage pour le mois
de septembre étaient attendus. Le gouvernement espérait une accalmie.
Mais la marée du chômage poursuit sa montée inéluctable. La France est,
sur ce terrain, en tête de tous les pays développés. Faut-il s’en étonner ?
D’un côté la croissance économique se traîne, tandis que de l’autre rien
n’a vraiment été fait pour favoriser l’emploi, en dehors des éternelles
recettes du traitement social du chômage.
Une hausse de 6,9% en un an
Les statistiques publiées par le ministère
du travail sont impitoyables : tous les indicateurs du marché de
l’emploi sont au rouge. C’est tout d’abord le nombre de chômeurs qui progresse
encore. La hausse est de 1% en septembre, après une progression de 0,5%
en août. Cela représente une augmentation de 25 300 chômeurs de plus
en un seul mois. Sur une année, la dégradation est encore plus sensible :
le nombre de chômeurs est en hausse de 6,9%.
Nous voilà donc avec un total de 2 435 700
demandeurs d’emplois. Encore ne s’agit-il que de la définition la plus
étroite du chômage, que l’on appelle la catégorie 1. Sont exclus de cette
statistique ceux qui ont eu une activité minimale au cours du mois (plus
de 78 heures), mais aussi ceux qui cherchent un emploi à temps partiel,
et encore ceux qui cherchent un emploi à durée déterminée, ou encore ceux
qui ne sont pas immédiatement disponibles. Or chacune de ces catégories
représente plusieurs centaines de milliers de personnes.
Si l’on tenait compte de tous ces demandeurs
d’emplois, qui sont effectivement des chômeurs, le nombre de chômeurs
serait très supérieur à 3 millions. C’est dire l’ampleur du désastre.
Un désastre masqué en partie par le traitement statistique du chômage,
pratiqué par les gouvernements successifs. On a déjà retiré du nombre
de chômeurs de nombreuses catégories, allant des érémistes aux stagiaires
ou aux préretraités, qui ne sont que du chômage camouflé, sans parler
bien entendu de ceux, qui, face à la situation du marché du travail, ne
s’inscrivent même pas à l’ANPE.
Un taux de chômage de 9,7%
Une autre statistique courante, parce
qu’elle permet des comparaisons internationales, est celle du taux de
chômage en pourcentage de la population active. Il est alors calculé selon
les définitions du Bureau International du Travail (BIT). Ce taux de chômage
a encore progressé en septembre, passant de 9,6% à 9,7%. Nous avons eu
l’occasion, les semaines précédentes, de montrer que ce taux de chômage
est de 3,1% en Angleterre selon les méthodes de calcul anglaises ou de
5% selon les méthodes du BIT : de toute façon, nous sommes loin du
compte. Aux Etats-Unis, alors que la situation de l’emploi s’était pourtant
dégradée, on trouve 6% de chômeurs. Même le Japon, qui a connu une faible
croissance et de nombreuses difficultés économiques, en est à 5,1%. Quant
à l’Allemagne, qui est avec la France l’autre malade de l’Europe, le taux
se situe un peu en dessous du notre à 9,4%, mais il ne faut pas oublier
que les Allemands ont absorbé l’Allemagne de l’Est à l’économie totalement
sinistrée par cinquante ans de communisme.
Si l’on regarde maintenant la structure
du chômage, la situation n’est pas meilleure. Elle s’est beaucoup dégradée
pour les jeunes de moins de 25 ans. La hausse du nombre de chômeurs de
cette catégorie est de 5,1% en septembre. De nombreux commentateurs ont
fait remarquer que c’était normal puisque les jeunes ayant terminé leurs
études rentrent sur le marché du travail. Cet argument est faux, puisque
les données sont toujours corrigées des variations saisonnières et donc
que ce phénomène est déjà pris en compte. D’ailleurs, la hausse du chômage des
jeunes est de 8,2% en un an, ce qui confirme la dégradation. On voit ici
les nouvelles limites du traitement social du chômage : les emplois
jeunes ont servi à masquer un temps le chômage, mais à la sortie les jeunes
se retrouvent sans emplois, et cela n’a rien changé au mouvement de fond.
Le chômage des plus de 50 ans progresse
lui aussi de 3,0% en un an, alors que les mesures en faveur des retraites
prévoient que l’on travaillera plus longtemps : encore faudra-t-il
trouver des emplois. La hausse du chômage est plus sensible pour les hommes
(+ 8,3% en un an) que pour les femmes (+ 5,4%). Enfin, on s’est félicité
parce que le chômage de longue durée (plus d’un an) était en recul en
un mois de 0,8%. Mais c’est oublier qu’il progresse de 8,0% en un an :
la structure du chômage s’aggrave donc et il devient structurel plus que
conjoncturel.
Libérer le marché du travail
Faut-il s’étonner de cette situation ?
Nous l’avions annoncé depuis des mois et à vrai dire nous n’y avons pas
grand mérite : tous les organismes de prévision allaient dans le
même sens, INSEE compris. Et l’on s’attend à voir la barre symbolique
des 10% de chômeurs franchie à la fin de l’année 2003. On peut évidemment
rapprocher cette évolution de la situation conjoncturelle de l’économie,
non pas que l’emploi soit lié mécaniquement à la production, mais parce
qu’il est clair que l’on créé plus facilement des emplois en période de
croissance qu’en période de récession. Or, presque au moment où la France
annonçait que la croissance du PIB serait en 2003 de l’ordre de 0,2%,
on apprenait que les Etats-Unis venaient de connaître au cours du troisième
trimestre une croissance du PIB de 7,2%. Nous n’aurons pas la cruauté
d’insister sur cette comparaison, tant elle parle d’elle-même. Nous nous
contenterons de remarquer que les USA ont baissé les impôts massivement
et que la France en a à peine baissé certains et augmenté d’autres d’autant.
Mais l’essentiel vient du marché du
travail. Aucune réforme structurelle n’a été entreprise. Le marché est
complètement paralysé par les contraintes qui pèsent sur les entreprises,
sur les salariés et sur les salaires, rendus rigides par les multiples
réglementations. Le poids des cotisations sociales joue en outre à l’évidence
contre l’emploi. Ce qu’il faut, c’est recréer un véritable marché du travail,
avec une offre, une demande et un prix libres. Autrement dit, libérer
le marché du travail pour faire reculer le chômage. Il n’est pas sûr qu’on
en prenne le chemin. Voilà pourquoi le chômage va poursuivre inéluctablement
sa progression.
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