ENFIN, UN BUDGET DE RELANCE !


Nous ne cacherons pas nos inquiétudes : nous avons eu peur que le gouvernement, défavorablement influencé par nos partenaires, ou pire encore par le poids des libéraux dans le nouveau gouvernement allemand, ne se laisse impressionner et se mette à vouloir faire de la rigueur, réduire les déficits, voire même réduire les dépenses publiques, brisant net l’élan de relance qu’il avait su donner à notre économie. Mais Nicolas Sarkozy a de la suite dans les idées ; il a tenu bon : relance il y avait en 2009, relance encore plus forte il y aura en 2010. Il faut savoir tenir un cap. Surtout quand il est mauvais et conduit tout droit à la banqueroute. Trêve de plaisanterie : le projet de budget pour 2010 est encore pire que le budget 2009. 

« Tout faire pour renouer avec la croissance »

La semaine derrière, nous avions tiré le signal d’alarme à propos du mur de la dette ; la semaine d’avant, c’était à propos des déficits de la Sécu ; cette semaine, c’est le projet de loi de finances pour 2010 qui nous inquiète. Non pour vous angoisser, mais parce que cette accumulation de politiques néfastes, au moment où nos partenaires semblent ouvrir les yeux, nous semble compromettre durablement l’avenir. Ce n’est pas du développement durable, mais, grâce à la relance durable, ce sont des déficits et des dettes durables.

Le projet de budget pour 2010 a été adopté le 30 septembre par le Conseil des ministres. Il paraît que c’est un budget qui « accompagne et conforte la sortie de crise », selon les termes même du communiqué du Conseil. Traduction du ministre du budget « Tout faire pour renouer avec la croissance » (faire n’importe quoi aurait été un terme plus exact).

C’est le cas du côté des impôts. Aucune modification du barème, la tranche marginale restant à 40% pour l’impôt sur le revenu, à laquelle il faut ajouter la CSG pour dépasser les 50% (on oublie souvent que le bouclier fiscal signifie ne pas dépasser 50% du revenu total. Sur les tranches les plus élevées de revenu, l’impôt peut dépasser les 50%. Le bouclier signifie simplement qu’il ne faut pas au total dépasser 50% du revenu et non du revenu marginal).

Passons sur les taxes diverses créées ici ou là. La Nouvelle lettre rappelait d’ailleurs que le gouvernement en ajouterait d’autres, via les parlementaires, sous forme d’amendements, comme la taxation des indemnités sur les accidents du travail). N’oublions pas la taxe carbone, dont le principe sera d’augmenter chaque année. Certes, on allégera la taxe professionnelle, mais pour certaines catégories d’entreprises seulement, et on leur en reprendra une partie par la taxe carbone ! Si l’impôt rapporte moins, c’est parce que la récession a réduit la base imposable, mais les taux eux augmentent et les taxes se multiplient : première erreur fatale : ce n’est pas la hausse des taux d’imposition qui créé la croissance, mais leur baisse. Il n’en sera pas question en 2010, au contraire.

 

Aucune diminution réelle des dépenses publiques

Deuxième erreur : les dépenses publiques. Certes, le conseil des ministres insiste : elles n’augmenteront en 2010 « que » de 1,2%. On verra à l’arrivée. L’essentiel, c’est qu’elles augmentent, alors que l’ensemble des dépenses publiques (y compris les dépenses sociales et locales) atteint en France le record du monde et dépasse les 54% du PIB. La question n’est donc pas d’avoir une hausse modérée des dépenses, mais de les réduire drastiquement.

En outre, notre président a beaucoup d’imagination pour inventer, bien après le vote du budget, des dépenses nouvelles (encore récemment pour les jeunes ou pour les aides aux paysans en colère ou pour tout autre corporation qui crie un peu fort).

Certes, on explique que le gouvernement tient le cap en ne remplaçant qu’un fonctionnaire sur deux partant en retraite : 33 749 emplois de moins. Une goutte d’eau dans l’océan des fonctionnaires. On oublie d’ajouter que les collectivités locales, elles, créent plus d’emplois que l’Etat n’en supprime. Bilan : le nombre d’agents publics continue à progresser. Etrange manière de contrôler les dépenses publiques. Car cela n’a pas de sens d’étudier seul le budget de l’Etat : il faut tenir compte de tous les comptes publics : les budgets des collectivités locales explosent (voyez vos impôts locaux, avec souvent des hausses supérieures à 10%) tandis que la Sécu, comme nous l’avons montré il y a deux semaines, est partie totalement à la dérive : le gouvernement lui-même annonce plus de 30 milliards de déficit en 2010 pour la seule Sécu, alors qu’on sait que le gros des problèmes des retraites est encore devant nous.

 

Un déficit explosif

Troisième erreur : le déficit public. Nous en avons parlé il y a huit jours, mais il nous faut revenir au moins sur un joli tour de passe-passe. A en croire le gouvernement, le déficit du budget pour 2009 est de 141 milliards ; celui pour 2010 sera de 116 milliards. Le gouvernement se félicite de réduire ainsi le déficit de 25 milliards. Mais il faut comparer ce qui est comparable. Ou bien on parle du budget initial, présenté par le gouvernement et voté à l’automne. Dans ce cas, le déficit voté fin 2008 pour 2009 était de 56 milliards ; celui qui sera voté fin 2009 pour 2010 sera de 116 milliards : c’est plus du double : admirable rigueur.

Ou bien on compare le résultat final en fin d’année, après tous les événements qui affectent recettes et dépenses. Ainsi pour 2009, le déficit est passé de 56 milliards à 141 du début à la fin de l’année. Qu’en sera-t-il pour 2010 ? On part sur 116 milliards, à partir de l’hypothèse d’une croissance positive. Et si la reprise n’est pas là ? Que deviendra le déficit ? S’il connaît la même dérive qu’en 2009, le résultat ne sera pas beau à voir. Mais on oublie que le déficit public ce n’est pas seulement celui du budget de l’Etat, c’est aussi celui des comptes sociaux et autres organismes. Et là, le gouvernement annonce dès le départ que le déficit public 2009 est de 8,2% du PIB et celui de 2010 devrait être de 8,5%. Même lui reconnaît une aggravation, sans même parler des possibles dérives en cours de route.

Inutile d’aller plus loin : plus de dépenses publiques, plus de déficits, et donc plus d’emprunts et de dettes publiques, cela s’appelle un budget de relance. Le budget 2010 est un budget de relance, dans la pure logique keynésienne de la relance par la demande globale, via dépenses publiques et déficit. C’était déjà le cas en 2009 ? Circonstance aggravante. A vrai dire, c’est le cas depuis 1974, dernier budget français en équilibre. Et à chaque relance, cela se termine par de nouveaux impôts pour essayer-vainement- de combler une partie du déficit. Quand à la croissance, elle n’est jamais au rendez-vous de la relance, au contraire, la reprise naturelle de l’économie est freinée par les plans de relance.

 

Nos partenaires mettent fin à la relance

Mais tous nos partenaires font pareil ? Erreur. D’abord, personne n’est en déficit continu depuis 35 ans. Personne n’atteint ce niveau de dépenses publiques. Et presque personne ce niveau de fiscalité. Ensuite, nos partenaires semblent, après avoir été anesthésiés par la crise et avoir tous ensemble rêvé du remède miracle de la relance keynésienne, se réveiller enfin. Même Obama, qui joue les champions des déficits, vient de dire que sa réforme du système de santé ne devait pas accroître les dépenses publiques.

Mais que dire de l’Allemagne ? Certes, J. Garello a montré qu’elle n’est pas une championne de l’ultralibéralisme. Mais elle a eu la sagesse de maintenir les déficits publics à 3,7% du PIB. Avec la pression des libéraux, elle n’ira sûrement pas dans le sens d’une relance keynésienne, car ils pousseront à une réduction des dépenses publiques. Pendant ce temps, le gouvernement néerlandais annonce qu’il veut réduire de 20% les dépenses publiques ! Pour eux (et les travaillistes sont au gouvernement) le redressement passe par la rigueur pour l’Etat et non par la relance. En Grande-Bretagne, c’est la surenchère, à l’approche des élections générales, entre conservateurs et travaillistes, pour savoir non qui dépensera le plus, mais qui dépensera le moins : la campagne se fait sur le thème de l’assainissement des finances publiques. « Nous ne devons pas vivre au dessus de nos moyens » dit le ministre travailliste des finances. Dès le printemps, le gouvernement irlandais a réduit les dépenses. Les socialistes portugais, les élections étant passées, vont aller dans le même sens. En Suède, le salut est vu dans la baisse des impôts, ce que fera aussi l’Allemagne, parallèlement à la baisse des dépenses. Même le socialiste espagnol Zapatero, qui commet l’erreur d’augmenter parallèlement les impôts, ne parle plus que de réduire les déficits et a taillé dans les dépenses publiques.

Certes, tout cela n’est qu’un début de prise de conscience et tous avaient, comme nous, commis le péché originel de la relance. Mais si « errare humanum est, perseverare diabolicum ». Et nous, nous persévérons dans l’erreur.

Jean-Yves Naudet

Le 13 octobre 2009

         
 
  


 

 

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