EUROLAND : LA SORTIE EN DETTE ?


Qui en fin de compte paiera les milliards d’euros engagés par les Etats de l’Euroland pour éponger les créances douteuses des financiers imprudents et irresponsables ? Avant de s’inquiéter de la récession mondiale les bourses avaient réagi positivement à l’accord européen sur la sortie de crise. Cet accord s’est fait sur un principe : les Etats interviendront sur les marchés financiers. Mais les modalités de cette intervention n’ont pas fait l’unanimité. D’un côté les Français souhaitaient assouplir voire suspendre les critères de Maastricht, de l’autre Messieurs Junker et Barroso n’ont pas accepté « la sortie en dette ».

Voici donc la France une fois de plus décalée par rapport à la majorité de ses partenaires.  Le choix de nos dirigeants a été confirmé au cours des jours suivants. Le Premier Ministre a indiqué que seul le déficit budgétaire était de nature à financer les nouveaux engagements de l’Etat, et bien que le budget voté ait été volontairement maquillé (avec une hypothèse de croissance insoutenable) le résultat inéluctable en 2009 sera bien au-delà de 3% du PIB : nous voilà prévenus.

Or, parmi les critères de Maastricht, deux sur cinq devraient nous dissuader de choisir cette politique : la limitation du déficit budgétaire à 3%, et le montant de la dette publique qui ne devrait pas excéder 60% du PIB. Nous avons déjà percé ce plafond, et tout déficit entraînant dette supplémentaire, autant dire que la France s’assied sur les critères de Maastricht. Nos partenaires ne nous en donnent pas l’autorisation. Leur attachement aux critères de Maastricht semble pour l’instant inébranlable, et pour cause : ces critères doivent écarter les Etats membres de l’Euroland de la tentation d’une relance par des politiques budgétaires et monétaires qui ont fait, par le passé, la preuve de leur inefficacité et surtout de leur nocivité.


Certains critères sont–ils encore valides ?

Au départ, lors du traité de Maastricht, et dans la perspective de la future monnaie unique, cinq critères avaient été fixés, pour sélectionner ceux qui seraient jugés dignes de participer à l’euro. On avait d’ailleurs fermé les yeux sur bien des dérapages, car il y aurait eu peu d’élus ! Plus tard, ces critères ont été repris pour le pacte de stabilité en Europe, toujours en vigueur, et s’applique donc à tous les pays de l’Euroland.

Certains de ces critères sont obsolètes depuis la mise en place de l’euro : le maintien de la parité de chaque monnaie dans une marge de fluctuation (élargie à 15%), ou le niveau des taux d’intérêt (fixé désormais par la BCE), ou même le taux d’inflation qui dépend avant tout de la quantité de monnaie en circulation (fixé également par la BCE), mais peuvent cependant diverger d’un pays à l’autre si la flexibilité n’est pas au rendez-vous (absence de concurrence, rigidités sociales, secteur public).

 

Assouplir la règle du déficit ?

Restent donc les deux critères qui concernent le déficit public et la dette publique. Le premier critère, celui du déficit public, choisit un chiffre de 3% qui n’a aucune justification scientifique et la plupart des économistes le jugent beaucoup trop élevé. On se souvient qu’au moment de la révision constitutionnelle un amendement prévoyant l’interdiction des déficits budgétaires avait été écarté. Toute autre situation suppose soit que l’on augmente les impôts pour « assainir les finances publiques », soit que l’on fasse vivre le pays à crédit, avec les dépenses d’intérêt qui accroissent encore l’endettement, et finissent ultérieurement par des impôts pour rembourser les emprunts. On sait qu’aujourd’hui le « service de la dette » est le deuxième poste des dépenses de l’Etat (après l’Education Nationale, il représente 16% du budget). Il est de plus fondamentalement malsain de reporter sur les générations futures le résultat de l’incurie actuelle. Voilà pourquoi l’Europe en avait pris conscience et Bruxelles avait demandé à chacun de rétablir l’équilibre en 2009, ce qu’a fait une majorité de pays.

 

Le vrai but : une relance keynésienne et une hausse des dépenses de l’Etat

Qui souhaite alors un assouplissement de ce critère ? Les pays, comme la France, qui refusent les réformes de fond et sont incapables de réduire, puis de supprimer le déficit. Puis encore les pays qui veulent relancer l’économie, et veulent éviter la récession en pratiquant une politique keynésienne de relance par les dépenses publiques et les déficits. C’est un non-sens scientifique total, mais une large partie de la classe politique a été élevée dans la religion keynésienne et dans l’idée que plus l’Etat dépense, surtout à crédit, mieux se porte l’économie. Enfin, il y a désormais –et ce sont souvent les mêmes- ceux qui veulent sauver à tout prix leurs établissements bancaires et autres de la faillite, grâce aux apports de liquidités et aux participations de l’Etat. Pour tous ceux-là, le critère des 3% apparaît comme un carcan insupportable pour mener à bien leur politique.

Quant au critère qui concerne la dette publique (cumulée donc, résultat de tous les déficits annuels successifs), assouplir le critère permettrait de continuer à s’endetter pour financer les déficits nouveaux. Ce critère est donc lié au précédent et supprimer les déficits permettrait peu à peu de réduire la dette; accroître les déficits augmenterait mécaniquement celle-ci. La encore, le critère des 60% n’a aucune justification scientifique ; mais ce qui est sûr, c’est que l’assouplir, c’est aller dans la mauvaise direction.

Le débat sur l’assouplissement des critères de Maastricht, qui, en eux-mêmes sont discutables, masque mal en réalité les véritables questions : veut-on revenir au keynésianisme en utilisant des déficits accrus pour combattre la récession, alors qu’il a échoué partout, et veut-on recourir à l’Etat, via les finances publiques, pour régler la crise financière ? Tel est le véritable enjeu. Si l’on s’en tient à la réunion des 27 membres de l’Union Européenne (et pas seulement des pays de l’Euroland) qui s’est tenue mercredi dernier à Bruxelles, il existe une forte opposition à un « plan de relance » européen. La République Tchèque et son président Vaclav KLAUS, qui succèdera à Nicolas SARKOZY en janvier prochain, ne veulent pas d’un retour aux errements keynésiens.

Le 21 octobre 2008
 

 


 

 

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