ITALIE : UN BUDGET SOCIAL MAIS DE RIGUEUR


 

Les Italiens, on le sait, sont experts en diplomatie et double langage. Quand ils sont socialistes, ils se surpassent. Ainsi Romano PRODI a-t-il présenté un budget qui associerait miraculeusement dépenses sociales et rigueur budgétaire. Derrière cette rhétorique se cache une réalité bien simple : l’Etat Providence italien ouvre largement sa bourse aux pauvres (c’est le côté social) mais demande aux riches de garnir cette bourse avec des impôts accrus  (c’est ce qui s’appelle de la rigueur budgétaire, c’est surtout de la rigueur pour les contribuables !). L’Italie se prépare ainsi à un plongeon économique inéluctable, tandis que ce pays, avec la France et l’Allemagne, rejette toute réforme structurelle et revient même sur les progrès réalisés du temps de BERLUSCONI.

 

Des dépenses sociales

L’accouchement aura été douloureux. Il aura fallu au gouvernement d’union de la gauche dirigé par Romano PRODI  une nuit de tractations et un conseil des ministres d’une durée de dix heures pour adopter le projet de budget italien pour 2007.Ce budget se veut officiellement à la fois social et de rigueur, mais social signifie plus de dépenses et la rigueur concerne surtout les contribuables qui devront se serrer la ceinture.

Il est vrai que le budget est parti d’une situation assez dégradée des finances publiques, avec 4,8% du PIB en déficit budgétaire. Les engagements européennes de l’Italie nécessitaient de rentrer dans les clous et de descendre en dessous des 3%. Le déficit pour 2007 devrait être finalement de 2,8% du PIB. Pour cela il est question d’économies et de recettes nouvelles pour un total de 33,5 milliards d’euros (2% environ du PIB).

Mais le chiffre est trompeur ; il y aura plus de recettes que d’économies. Les rares économies envisagées seront plus que compensées par 18,6 milliards de dépenses « sociales ».

 


 

Car ce budget se veut avant tout social. Romano PRODI a précisé : « Il fallait réduire le fossé entre riches et pauvres, qui est le plus grand d’Europe ». On sait ce que cela veut dire : distribuer des prestations sociales aux plus bas revenus, pour accroître encore l’Etat providence, et ruiner les plus entreprenants, le plus sûr moyen de les décourager ou de les faire fuir à l’étranger, c'est-à-dire de tarir la source de la création de richesses.

 

58 nouveaux impôts : les riches paieront…

L’écart de revenus sera encore réduit par des mesures fiscales. D’un côté, le seuil de non imposition sera  relevé de 7 500 à 8 000 euros de revenus annuel pour les salariés et, pour faire bonne mesure, une prime de 2 400 euros par an sera accordée par enfant à charge jusqu’à trois ans et 2 300 euros jusqu’à dix-huit ans. L’Etat providence se porte bien. Ensuite, jusqu’à 28 000 euros de revenu imposable, le taux d’impôt sera ramené de 33 à 27%.

Tout cela serait fort bien si l’impôt était aussi diminué pour les autres. Or il sera au contraire porté à 43% (plus encore qu’en France dans le budget 2007, c’est tout dire) pour les revenus supérieurs à 75 000 euros contre 100 000 euros auparavant. De plus, la lutte contre l’évasion fiscale sera fortement accrue et le gouvernement espère de cette seule chasse aux contribuables un supplément de recettes de 12 milliards d’euros. Inutile de dire que cela fera fuir les capitaux, alors que le gouvernement BERLUSCONI s’était employé, par des mesures d’amnistie, à les faire rentrer. D’ailleurs cette chasse à l’évasion fiscale ne rapportera sûrement pas grand-chose.

L’opposition de droite s’est « amusée »  à compter l’ampleur de la vague fiscale qui va s’abattre sur l’Italie, et elle a recensé 56 nouveaux impôts. De quoi alimenter les prochaines manifestations de rue qu’elle prévoit d’organiser. D’ailleurs, elle a dénoncé « un budget injuste, soviétique, une attaque des classes moyennes ». Or ce tour de vis fiscal ne suffira pas à régler, tant s’en faut, le problème de la dette publique, qui atteint 107,6% du Pib en 2006 et qui diminuera à peine en 2007 à 106,9% : niveau de toutes façons insupportable qui, comme en France, compromet l’avenir. Comment envisager le futur avec optimisme quand on ne transmet à ses enfants que des dettes. Et quelles dettes !

 

… Mais les pauvres dégusteront

Qu’aurait-il fallu faire ? L’inverse des choix du gouvernement PRODI. Il fallait d’abord réduire drastiquement les dépenses publiques. Mais c’était bien difficile pour les partis de gauche qui d’une part n’avaient fait que critiquer les réductions de dépenses de BERLUSCONI, d’autre part avaient été élus sur un programme démagogique. Il ne fallait donc pas augmenter les dépenses sociales, mais les diminuer, et réduire sensiblement le nombre de fonctionnaires, en privatisant les services publics.

Il fallait impérativement, en parallèle, réduire les impôts et en particulier la progressivité de l’impôt sur le revenu, de façon à développer l’incitation à entreprendre, à créer des richesses, à investir, à épargner, au lieu de « faire payer les riches ». Car il y a toujours un contresens sur la rigueur : la vraie rigueur, c’est la rigueur pour l’Etat et ses dépenses, et pas pour le contribuable déjà bien trop taxé.

Ce qu’il fallait surtout faire, c’était saisir l’opportunité de la période post-électorale pour engager des réformes de structure. On aurait pu y croire un instant, comme nous l’avons expliqué il y a quelques semaines, lorsque PRODI a voulu ouvrir certains secteurs à la concurrence. C’était une mesure structurelle intéressante. Mais, face à la révolte des corporatismes, il a vite reculé dans un certain nombre de professions.

Résultat, comme le souligne Le FIGARO, « aucune mesure d’assainissement structurel n’est prévue ». Et le patronat, qui avait paru un temps séduit par PRODI, a déclaré « rien n’est fait pour renforcer la compétitivité du pays ». Et de dénoncer certaines mesures, comme le transfert forcé des cotisations de retraites gérées par les entreprises à l’Institut national de prévoyance sociale, « une expropriation forcée ».

Il y a un point commun à l’Italie, l’Allemagne et la France : l’économie y est malade de la politique. Les premières victimes sont « les pauvres », ceux qui n’ont de chance d’améliorer leur sort que si une économie libérée et dynamique leur permet d’exprimer leur talent, leur expérience, leur volonté de travailler et d’épargner.

 

 


 

 

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