LA « DEGRADATION » DE L’INDUSTRIE FRANCAISE


 

 

C’est une étude particulièrement pessimiste sur l’industrie française que vient de publier le cabinet de conseil MC KINSEY. La compétitivité de l’industrie française s’est fortement dégradée, et a entraîné la perte de plus de 700 000 emplois en dix ans. Il n’y a donc pas qu’Airbus et EADS à être malades. Même s’il est normal que l’industrie décline en part relative au profit du tertiaire, la désindustrialisation de la France se fait dans les pires conditions. En témoigne d’ailleurs la dégradation de notre commerce extérieur et de nos parts de marché national et mondial. Que se passe-t-il donc ?

 

720 000 emplois perdus en dix ans

Le rapport du cabinet MC KINSEY sur l’industrie française est sans complaisance. La dégradation de la compétitivité de l’industrie française aurait entraîné la perte ou la non création, au cours des dix dernières années, de plus de 700 000 emplois. Ce rapport tire la sonnette d’alarme et précise que « l’érosion des gains de productivité, amorcée en 1995, s’accélère depuis 2000 ». « L’industrie française a-t-elle un avenir ? » se demande Le Figaro à la suite du rapport.

Ce sont en particulier les PME, qui sont d’habitude le secteur le plus créateur d’emplois, comme on le voit partout dans le monde, qui manquent de dynamisme. Résultat : la part de marché à l’exportation des seuls produits manufacturés a diminué en France de 16% entre 1995 et 2004. Pendant ce temps, la part de marché des autres pays exportateurs diminuait moins ou augmentait : - 8% aux Etats-Unis, - 5% en Allemagne (trois fois moins de recul qu’en France), + 25% en Russie, + 53% en Inde, + 152% en Chine : nous ne sommes manifestement pas dans la course de la nouvelle mondialisation.

 


 

Selon ce cabinet, sans cette perte de compétitivité, ce sont 720 000 emplois directs qui auraient pu être créés ou conservés. De plus, notre relatif protectionnisme (accentué par « le patriotisme économique » à la française) a fait que la part des importations de pays à bas coût dans le total des importations françaises n’est que de 11%, contre 24% en Allemagne : une fois les frontières vraiment ouvertes -et elles s’ouvrent un peu plus chaque jour- « la situation pourrait encore se dégrader sous la pression des pays à bas coût ». Ajoutons en dix ans le recul des marges (- 12%) et l’effondrement des investissements (- 27%).

 

Nos exportations reculent

Or pendant le même temps, un autre rapport, celui du forum économique de Davos, le Global Competitiveness Report 2006-2007, souligne la perte d’attractivité de la France. Nous régressons de six places en une année, passant de la 12° à la 18° place. La Suisse est en tête, suivie de la Finlande, de la Suède, du Danemark, de Singapour, des Etats-Unis, du Japon, de l’Allemagne, des Pays-bas, du Royaume-Uni ou de Hong-Kong. Islande, Autriche, Canada ou même Israël sont mieux placés que nous.

Certes, on peut contester tel ou tel indicateur. Mais quand ils vont tous dans le même sens, c’est bien qu’il y a quelque chose qui ne va pas. Le Forum de Davos mélange des données micro et macro économiques pour indiquer aux investisseurs les pays dans lesquels l’environnement est le plus propice aux affaires. On tient compte des déficits publics ou de l’endettement comme du système éducatif. La fiscalité excessive est particulièrement mise en cause dans le cas de la France. La rigidité du marché du travail est un autre élément qui nous pénalise fortement et les auteurs du rapport de Davos ont été traumatisés par le rejet du CPE. La bureaucratie et les tracasseries administratives sont critiquées.

Un autre indicateur de la dégradation de la compétitivité de notre industrie se trouve dans les résultats du commerce extérieur. En août, le déficit du commerce extérieur a été de 3,53 milliards en un seul mois, un véritable record. Sur les douze derniers mois, le déficit est le plus élevé de toute notre histoire, à près de 28 milliards d’euros. Non seulement les importations progressent très vite, sous l’impact de la hausse de la consommation, mais encore nos exportations se sont repliées. En particulier, les exportations industrielles ont reculé de près de un milliard d’euros ; presque tous les secteurs industriels sont concernés. Tout cela constitue un nouvel indice de la dégradation de notre compétitivité industrielle. Les parts de marché à l’exportation sont passées de 6,1% à 5,1% des exportations mondiales en dix ans.

 

Grande industrie (Airbus) et PME : mêmes erreurs de l’Etat

Bien entendu, on répondra qu’il est normal que l’industrie recule, comme l’avait fait en son temps l’agriculture. Et il est vrai que la consommation se déplace, avec la hausse du revenu, et qu’après avoir consommé des produits agricoles, puis des produits industriels, on se tourne vers les services. Ce secteur est aussi noble et productif que l’industrie. Il est vrai que partout dans les pays développés, c’est le tertiaire qui crée les emplois les plus nombreux. Mais ici ce qui est inquiétant, c’est que pour la seule industrie la France recule par rapport aux autres pays, que sa compétitivité diminue selon tous les indicateurs : une spécificité française.

Tous les experts convergent : « L’industrie française n’a en rien réglé son manque de compétitivité » selon Alexandre LAW de l’Institut Xerfi. « La France souffre d’un problème structurel de compétitivité extérieure » selon Nicolas BOUZOU du cabinet Asterès. Ces analyses rencontrent celle de PHELPS, dernier prix Nobel en date : les grandes firmes françaises ont une mauvaise gouvernance, elles ne sont pas surveillées par la Bourse (et l’Etat est trop souvent actionnaire). Et PHELPS de citer notamment les problèmes d’Airbus.

Quant aux PME, l’IFRAP (Institut Français de Recherche sur les Administrations Publiques) propose un slogan saisissant : 17 contre 24. En France seulement 17 millions de PME nouvelles et dynamiques (les « gazelles ») ont été créées, contre 24 millions en Angleterre. Chez nous c’est le chômage et la stagnation, de l’autre côté de la Manche c’est la prospérité. L’IFRAP soumet à votre signature une pétition à adresser aux pouvoirs publics et aux candidats : que cesse enfin le harcèlement des entrepreneurs, ils sont seuls à pouvoir négocier en douceur les transitions et les adaptations qu’elles exigent. (www.ifrap.org)

 

 


 

 

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