BAISSE DU CHOMAGE : CE QUI NE SE VOIT PAS


Ce qui se voit : une baisse du chiffre officiel des chômeurs. Ce qui ne se voit pas : la réelle stagnation des emplois. Il est fait grand bruit autour de la nouvelle baisse du chômage en août, pour le cinquième mois consécutif. 21 500 chômeurs de moins en un mois. Le plan de cohésion sociale porterait ses fruits. Les contrats BORLOO auraient créé des emplois. Nous observerions une réelle inversion de tendance. Dominique de VILLEPIN résume la situation : le gouvernement « marque des points » pour vaincre le chômage.

Oui, mais voilà : nous sommes toujours champions de l’OCDE pour le chômage, près d’un jeune sur quatre est sans emploi, et surtout aucune création nette d’emploi ne pointe à l’horizon. Dans ces conditions, il vaudrait mieux accepter la cruelle réalité : la France n’a pas vaincu le chômage.

 

Un taux de chômage de 9,9%

Premier indicateur important en matière de chômage : le taux de chômage, exprimé en pourcentage de la population active. Celui-là n’a pas été souvent cité dans les commentaires. Et pour cause : il est resté toujours aussi élevé en août, à 9,9%. Pour faire des comparaisons internationales significatives, il faut se reporter aux statistiques de l’OCDE. Pour l’ensemble des pays membres, le taux de chômage s’établit en moyenne à 6,5% : nous sommes donc à 50% au dessus ; il n’y a pas de quoi pavoiser !

Dans l’Europe des 15, ce taux est plus élevé que dans l’OCDE, à 7,9%. Mais nous sommes toujours à deux points au dessus. Quant à la zone euro, qui est la plus touchée par le chômage, elle est à 8,6% : nous sommes à 1,3 points au dessus. Qu’en est-il des grands pays ?

En Allemagne, toujours selon l’OCDE, le taux de chômage est très élevé, à 9,3%. Mais c’est toujours en dessous de nous. En Grande-Bretagne, il est de 4,7% : moins de la moitié du notre. Aux Etats-Unis, il est à 5,0%. Et au Japon, que l’on dit pourtant touché par la crise, il est à 4,4%. La France est donc, sans aucune ambiguïté, le pays de l’OCDE le plus touché par le chômage, en dépit des « bonnes » statistiques du mois d’août.

Voyons ensuite le nombre de chômeurs : il s’élève fin août à 2 401 800, en recul de 21 500: la baisse du chômage est donc de 0,9% en un mois et de 1,8% en un an. Rien de spectaculaire. Car si l’on parle de recul sur cinq mois consécutifs, ce recul était bien insignifiant en avril et mai (-0,1%). Mais tout cela ne représente que la catégorie 1 de l’ANPE, c'est-à-dire des personnes sans emplois, immédiatement disponibles, recherchant un emploi à plein temps et à durée indéterminée, et ayant travaillé moins de 78 heures dans le mois.

 

Près d’un quart des jeunes actifs au chômage

Il y a peu, on comptait dans cette catégorie les personnes ayant travaillé plus de 78 heures dans le mois. Désormais elles sont exclues de cette catégorie 1 et constituent une catégorie à part (la 6). Or cela représente plus de 400 000 personnes. Autrement dit, sans ce nettoyage statistique, nous en serions à plus de 2 800 000 chômeurs ! Si l’on ajoutait les personnes qui cherchent un emploi à temps partiel ou un emploi à durée déterminée, qui sont plusieurs centaines de milliers, on dépasserait nettement les trois millions de chômeurs. Il n’y a donc pas de quoi se glorifier, et ce d’autant moins que les fichiers ont été « nettoyés » : le nombre de radiations par l’ANPE a été en un seul mois de 33.651 emplois, sans compter ceux qui ont été rayés pour absence au contrôle. Ont-ils trouvé un emploi ou renoncé à en chercher un dans une période aussi peu favorable ? On n’en sait rien.

Il n’y a pas non plus de quoi crier victoire si l’on regarde la structure du chômage. Certes, le nombre de jeunes de moins de 25 ans au chômage a diminué de 1,2%. Mais il n’en reste pas moins que le taux de chômage est de 23,1% dans cette tranche d’âge : n’y a-t-il pas de quoi désespérer la jeunesse ? N’est-on pas en droit de s’interroger sur la qualité de la formation en France ? A titre de comparaison, en Allemagne, il n’y a pas plus de jeunes que d’adultes au chômage. Il n’y a donc pas de sur-chômage des jeunes, par exemple en raison de la formation par alternance. De plus, en France, le niveau excessif du SMIC, charges sociales comprises, vient se retourner contre les jeunes peu formés et les exclut du marché du travail : c’est une constatation encore formulée par l’OCDE à notre égard il y a peu. Mais le sujet est tabou en France. Il ne faut pas toucher au SMIC. La seule solution intelligente pour les jeunes a été le contrat de première embauche, premier pas timide vers la fluidité du marché du travail ; on sait que la manifestation du mardi 4 octobre avait cette mesure pour cible.

 

Ce qui se voit et ce qui ne se voit pas

On peut aussi se demander si, comme le prétend le gouvernement, il y a un lien entre ce léger recul du chômage et le plan de cohésion sociale ou plan BORLOO. Pour nous ce plan n’est qu’une forme de traitement social du chômage, pour ne pas dire de traitement statistique du chômage, puisqu’il ne s’agit pas de vrais emplois, mais d’emplois artificiels, aidés par les pouvoirs publics.

Qui aura le courage de dire que le coût de ce plan (7,1 milliards d’euros) a détruit des emplois dans d’autres secteurs, en raison du poids des prélèvements nouveaux qu’il impose ?  Il y a un siècle et demi que l’on sait cela et BASTIAT l’expliquait fort bien avec son « ce qui se voit et ce qui ne se voit pas » : ce qui se voit ce sont les emplois publics ou parapublics crées ; ce qui ne se voit pas, ce sont les emplois privés détruits. Mais nos ministres n’ont pas lu BASTIAT…

En dépit du soutien financier de l’Etat, ou à cause de ce soutien, les créations d’emplois ont stagné en France au premier semestre 2005, avec en particulier seulement 5 000 créations de nouveaux postes au second trimestre. Le chômage diminue donc sur le plan statistique, mais on ne créé pas d’emplois : c’est bien la preuve qu’il ne s’agit que d’une illusion statistique ou d’un traitement social par ailleurs ruineux.

Il n’y aura de véritable diminution du chômage que s’il y a création d’emplois nouveaux. Pour cela, il faudrait en finir avec les politiques malthusiennes (35 heures, préretraites), redonner au marché du travail sa flexibilité, en particulier en matière de licenciement, et réduire le coût du travail. Nous n’en prenons pas le chemin. Il y aura donc sans doute quelques autres cocoricos statistiques, mais hélas ils ne représenteront pas la réalité du marché du travail français.

Le 11 Octobre 2005

 


 

 

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