FAUT-IL CRAINDRE LA HAUSSE DU PETROLE ?



Les médias sont alarmistes et annoncent un nouveau choc pétrolier. La hausse du pétrole menacerait nos économies et provoquerait de l’inflation en même temps qu’une récession. Certains annoncent une prochaine pénurie. En réalité, la seule chose qu’il faut craindre, pour le pétrole comme pour le reste, c’est la politisation des marchés et les menaces terroristes.

 

La demande est forte

 

Le prix du pétrole est reparti à la hausse. Certes, d’un jour sur l’autre, il joue au yoyo en fonction des dernières informations reçues, mais la tendance est indiscutablement haussière. A Londres, le Brent, qualité de référence pour la mer du Nord, a dépassé les 46 dollars le baril, tandis qu’à New York le light sweet crude a franchi le seuil symbolique -et jamais atteint- de 50 dollars. On est loin des précédents records (42 dollars au moment du second choc pétrolier et de la révolution islamique) et plus loin encore des niveaux de ces dernières années. Mais il faut relativiser cette hausse. En effet, les 42 dollars de 1979, compte tenu de l’inflation, représenteraient environ 100 dollars d’aujourd’hui : il y a de la marge avant d’atteindre, en termes réels, les sommets de la fin des années 70.

Sur un marché, lorsque le prix est libre et non manipulé, ce sont les rapports de l’offre et de la demande qui déterminent ce prix. Or, actuellement, sur les marchés pétroliers, la demande est forte et l’offre réduite, ce qui fait automatiquement monter les prix.

La demande est forte essentiellement en raison de la reprise économique mondiale. 4,6% de croissance du PIB en 2004, ce n’est pas rien et la reprise aux Etats-Unis, en particulier, est consommatrice de pétrole. Mais c’est surtout la folle croissance de la Chine (presque 10% par an) qui fait grimper la demande de pétrole : les importations chinoises ont augmenté de 40% depuis le début de l’année.

 


 

L’offre est perturbée par la politique

 

L’offre, pour sa part, avait diminué de 15 % en deux semaines. Il y a de sérieuses difficultés de ce côté-ci. Certaines sont très conjoncturelles. C’est ainsi que la succession de cyclones très dévastateurs aux Etats-Unis a perturbé les approvisionnements. Mais dès la semaine suivante, tout rentrait dans l’ordre. Là n’est pas l’essentiel. Ce sont d’abord les troubles politico-économiques en Russie qui perturbent l’offre, avec les difficultés de l’entreprise Ioukos, en délicatesse avec le pouvoir. Cette politisation de l’activité pétrolière n’est pas bonne pour les marchés et provoque des tensions totalement artificielles, au moment où la Russie est devenue l’un des principaux exportateurs de pétrole.

Autres problèmes, politico-militaires cette fois : l’Irak, où les attentats perturbent à certains moments les exportations par oléoducs, et l’Arabie saoudite, principal exportateur, également troublé par les actions terroristes. Dans une autre partie du monde, le Nigeria, secoué par des troubles locaux a également réduit sa production. Enfin le temps n’est pas si loin où le Venezuela réduisait voire suspendait ses exportations. Voilà donc qui pèse sur l’offre et donc sur les prix. Mais dans tous les cas évoqués, ce n’est pas la rareté des ressources pétrolières qui est en cause, mais bien plutôt le contexte politique fait de guerres et de terrorisme.

L’aspect rassurant des choses est précisément que nous ne sommes pas en présence d’un déséquilibre structurel du marché, mais bien de phénomènes politiques dont le cours peut s’inverser rapidement. Ce serait par exemple le cas si les Américains gagnaient leur pari sur le retour au calme après les élections en Irak.

Si les désordres politiques devaient durer, le niveau élevé des produits pétroliers inciterait les compagnies à se tourner vers de nouveaux sites (comme on l’a vu il y a quelques années avec la Mer du Nord et le Mexique) et provoquerait parallèlement un développement des sources d’énergie alternatives.

 

Les dangers sont ailleurs : OPEP, TIPP…

 

Il n’en demeure pas moins que depuis vingt cinq ans le « marché » du pétrole est soumis aux pressions permanentes et irresponsables de l’OPEP. Cette organisation des pays exportateurs de pétrole est un cartel politique. L’OPEP a naguère regroupé jusqu’à 85% des exportations de pétrole. A l’époque ses membres fixaient des prix artificiellement élevés et réduisaient leur offre (les fameux quotas pétroliers) pour faire monter les cours. Dans ce cas, s’établissait un faux prix, et même un risque de pénurie ?

Cependant le marché a pris peu à peu sa revanche sur l’OPEP. C’est ainsi que l’on a vu l’offre de pétrole hors OPEP se développer, au point que l’OPEP ne représente plus que 35 à 40% des exportations et n’a plus le même pouvoir manipulateur. En outre, il est difficile de faire régner la discipline au sein d‘un cartel et la tentation est toujours grande pour les membres de produire au-delà de leur quota. Résultat : l’OPEP n’a plus les mêmes moyens de mener le jeu. Le pouvoir de nuisance de l’OPEP n’a pas disparu, mais s’est fortement réduit.

Au total, faut-il alors craindre pour le futur ? Comme on l’a suggéré cela dépend des interférences politiques et du terrorisme. Mais en toute hypothèse l’impact sur les prix sera réduit. Certes, les prix des dérivés pétroliers vont augmenter. Mais les entreprises ne vont pas répercuter cette hausse sur leurs propres prix, tant la concurrence industrielle est forte : elles chercheront plutôt à faire des gains de productivité. La conjoncture actuelle devrait inciter les gouvernements, et en particulier le nôtre, à réduire la fiscalité sur les produits pétroliers, qui atteint parfois des sommets (80% de l’essence à la pompe sont faits de taxes). La conjonction de la productivité et de la réduction des impôts permettrait d’absorber totalement la hausse des prix du pétrole, et d’éviter une flambée générale des prix. Rappelons que, de toutes façons, pour déraper dans l’inflation, il faudrait que les vannes monétaires soient ouvertes, ce qui n’est pas le cas (bien que la masse monétaire dans l’Euroland ait augmenté de quelque 10% en un an). La situation exige de la vigilance, pas du catastrophisme.

Faut-il alors craindre pour la croissance ? Il est vrai qu’en 1974-75, la hausse de la facture pétrolière a réduit la demande pour les autres produits, favorisant la récession. Mais la hausse actuelle est plus étalée dans le temps et les instituts internationaux pensent que son impact sur la croissance devrait être limité.

Au total, faut-il être inquiet ? Tout dépend de la situation politique, de l’évolution du terrorisme et de la volonté de nuire de l’OPEP. Si l’on s’en tient aux facteurs économiques, il n’y a aucun problème sur le marché pétrolier et celui-ci sera capable de lui-même d’organiser la transition si un jour le pétrole devient plus rare. Mais si la politique ou la guerre s’en mêlent, on peut avoir de vraies raisons de s’inquiéter. 

Le 12 Octobre 2004

 


 

 

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